Big Beat Records - WIKA 46 - United Kingdom - 1986
Premier album en studio
après quatre années de silence contraint, pour des Cramps qui ont trouvé asile
sur un label britannique.
Pour la première fois, le
groupe ne propose que des compositions originales, à l’exclusion de ces
reprises obscures qui sont, au fil des années, devenues leur marque de
fabrique. "A Date With Elvis" sera donc moins fangeux (si le son est
plus clair qu’à l’accoutumée, on n’est toutefois pas chez Toto), plus joyeux
également (jusque dans la parodie de l’hébétude hippie, déclinée dans un
"Kizmiaz", plus tintinnabulant et mélodique que nature).
Pour le reste, l’album se
nourrit de deux principaux thèmes : la révérence aux pionniers du rock (on y
cite abondamment des vers d’Elvis Presley ou Jerry Lee Lewis) pour une
collection de chansons dédiées à la mémoire de Ricky Nelson, et la
stratification d’atmosphères pour la plupart empruntées à l’univers du
rockabilly, et où prédomine une guitare réverbérée, qui démontre amplement que
Poison Ivy, le soir à la veillée, a plutôt pratiqué l’écoute attentive des
œuvres complètes de Duane Eddy, que le point de croix).
La deuxième thématique
(tournant à l’idée fixe), reste le sexe, et tout ce qui gravite autour. Les
Cramps n’hésitent en effet pas à poser quelques questions essentielles ("
What’s Inside a Girl ?" - on m’a dit que, dedans, c’était dingue -, ou
"How Far Can Too Far Go ?"). Quant à "Can Your Pussy Do the
Dog?", tube absolu, endiablé, et incontournable, de la sélection, il
donne, effectivement, envie d’hurler à la lune, et quelques chœurs féminins
sont là pour nous y encourager. Un album à savourer l’oreille collée contre le
trou de la serrure. (Christian
Larrède).
A tort, la première
incarnation du Pourpre Profond, connue sous l’étiquette Mark I, est souvent
sous-estimée, et les trois albums qu’elle a gravés, méconnus. Pourtant, si le
groupe, alors formé autour de l’ossature Ritchie Blackmore / Jon Lord / Ian
Paice, complétée par le chanteur Rod Evans et le bassiste Nick Simper, cherche
alors encore sa voie entre psychédélisme ambiant et Beatlesmania, il est déjà
détenteur d’un sacré potentiel qui ne demande qu’à être exploité, apprivoisé.
Ce que beaucoup ignorent
aussi, c’est que le Mark I a rencontré immédiatement un certain succès,
notamment grâce au single “ Hush ” et notamment aux Etats-Unis. C’est justement
suite aux ventes encourageantes du premier album, Shades Of Deep Purple aux
pays de l’Oncle Sam que la maison de disque EMI et ses producteurs incitent le
combo a retourné rapidement en studio afin d’avoir une nouvelle galette sous le
bras lorsqu’il foulera le nouveau continent pour une tournée programmée durant
l’automne 68. Trois mois ( ! !) à peine après avoir enregistré Shades…, la
bande à Blackmore se retrouve pour mettre sur bande une seconde offrande, The
Book Of Taliesyn, qui témoigne d’incontestables progrès par rapport à son aîné.
Si le style est toujours le
même, mais la musique se parent désormais d’atours symphoniques et baroques,
pour un résultat coloré et bariolé. Cette fois, les musiciens ont privilégié
les créations personnelles et on ne retrouve au menu que trois reprises (sur
sept titres, c’est encore beaucoup !), souvent transcendées par le brio
d’instrumentistes de génie. Le “ Kentucky Woman ” de Neil Diamond est zébré par
l’orgue de Jon Lord qui cavale de partout ; la cover de Beatles, “ We Can Work
It Out ”, est précédée d’une intro superbe ; tandis que le monstreux “ River
Deep, Montain High ” de Ike et Tina Turner, se voit enrichi d’une première
partie grandiose et baroque, durant laquelle on pent reconnaître le thème de “
Ainsi parlait Zarathoustra ”. Le moustachu y fait merveille. D’une manière
générale, il est l’homme de ce disque, comme le démontre également le très beau
“ Anthem ”, qui résonne des notes égrenées par son orgue liturgique ; davantage
qu’un Ritchie, toujours en quête de son identité et du Son qui fera plus tard
sa renommée. Néanmoins, son jeu sur “ Shield ”, sans doute la meilleure
composition du lot, porte déjà les germes de son évolution future. Son solo
orientalisant annonce presque ceux qu’il délivrera avec Rainbow. On peut penser
par exemple à “ Stargazer ” ou à “ Eyes Of Fire ”. Son style est encore
embryonnaire mais la filiation est évidente. De même le véloce “ Wring That
Neck ”, connu aussi son le nom de “ Hard Road ”, est le théâtre d’interventions
acérées de l’homme en noir, écho ravageur aux claviers volubiles de Lord.
Des trois essais capturé par
le mark I, The Book Of Taliesyn, s’impose peut-être comme le plus abouti. En
outre, par son ambiance médiévale, qu’illustre parfaitement la pochette,
démontre que la passion (obsession, diront certaines mauvaises langues !) que
nourrit aujourd’hui Ritchie Blackmore ne lui est pas venu soudainement, telle
une vision divine ; au contraire, il porte cette fascination pour les temps
moyenâgeux et renaissance depuis toujours. Il est bon de la rappeler…
(Stargazer).
Les années 90 auront vu une
recrudescence de la montée en force de la musique rock alternative, que ce soit
le Grunge, le Néo Métal ou le Punk. C’est ce dernier courant qui nous intéresse
ici, et s’il est vrai que le groupe de Kurt Cobain remportait tous les
suffrages en débuts de décennie, d’autres formations ont connu un succès
international. Si c’est le cas avec Green Day, il faut bien avouer que rien ne
laisser présager, même pas pour eux, l’impact que leur troisième album allait
avoir sur le monde musical comme sur leur carrière. SiKerplunk, leur deuxième
LP, avait trouvé son public et avait réussi à générer une belle quantité de
vente pour le style, ce n’était pas pour autant que le groupe se destiné à la
carrière qu’on leur connaît. Mais ce fut le tremplin nécessaire qui leur permit
de quitter le milieu underground pour se frotter au circuit mainstream. Bien
évidement ça ne fit pas que du bien à leur image mais il faut savoir prendre
des risques pour aller plus loin.
Fraîchement signé sur le
label Reprise, le groupe enregistre, en trois semaines, l’album qui les
propulsera au rang de valeur sur du Punk. Quand je disais que rien n’était
prémédité, il n’y a qu’à se reporter à la pochette de cet album pour s’en
convaincre. Ce dessin très désordonné et portant fièrement le nom de Dookie
(dont je vous passerai ici la traduction, la couverture de l’album étant assez
explicite à ce sujet), pas forcément très vendeur ! Mais c’est bien la musique
qui réussi à générer le succès de l’album. Le turbulent trio ne semble suivre
qu’une seule règle à savoir faire simple et efficace, et ça leur réussi bien.
La meilleure illustration de cet état d’esprit est bien évidemment le hit
Basket Case, chanson que tout le monde connaît tant elle a était matraqué sur
tous les médias. Mais c’est avant tout la qualité de cette chanson qui en a
fait un hit, car derrière la simplicité et l’imagerie volontairement décalée de
cette chanson on trouve surtout une efficacité sans faille et une mélodie tout
de suite mémorisable. Et, pour notre plus grand plaisir, l’intégralité de
l’album est de cette trempe, du morceau d’ouverture (le bien nommé Burnout)
jusqu’au morceau acoustique caché (All By Myslef), les californiens nous
abreuvent de titres rigolards et entraînants. Cela pourrait justifier le succès
du groupe mais il y a un point qu’il ne faut absolument pas négliger dans ce
domaine : les textes. Car là où le groupe a aussi bien réussi son coup, c’est
en faisant se sorte de devenir la voix des questionnements et manies de ses
fans. Mais au lieu d’aborder ces sujets de façon négative comme la scène
grunge, il a eu l’excellente idée d’y injecter une grosse dose d’humour.
Ce disque est important car
si il a permis de lancer Green Day dans les hautes sphères, il a surtout permis
de remettre le punk sur l’avant de la scène. Comme pour la scène Thrash des
années 80, la scène punk des années 90 compte ses groupes emblématiques sans
lesquels beaucoup de formations n’auraient pas vu le jour. C’est donc au côté
des Rancid, Bad Religion, No Fx et Offspring que le groupe a œuvré pour
remettre en avant le genre.
14 ans après sa sortie,
Dookie est toujours aussi frais et efficace qu’à ses débuts. Ce savant mélange
de mélodies et d’énergie fait encore des merveilles aujourd’hui. Gentiment punk
et furieusement punk, la musique du trio ne manque ni de mordant ni d’attrait.
Ce disque est un vrai bain de jouvence qui permet de se ramener à son
adolescence pendant quelques minutes ce qui n’est pas désagréable. Pour tous
les amateurs de ce courant musicale c’est une acquisition obligatoire. (KIOwN).
Paru en 2004, c'est donc
avec plus d'un an de retard que sort en nos contrées le premier album de THE
BIRTHDAY MASSACRE. Et il aurait été plutôt dommage de passer à côté car ces
cinq canadiens cultivent ici l'art de la mélodie insouciante tartinée de grosses
guitares avec un certain bonheur. A la manière d'un ORGY, THE BIRTHDAY MASSACRE
marie en effet le métal à toutes ces ambiances typées eighties qui font le
bonheur de certains et en révulsent d'autres. Mais au lieu d'actualiser ces
sonorités, le groupe a ressorti de vieilles machines au son 8 bits ou 16 bits
(vous savez ces sons tirés des Gameboy!) qui ont fait le succès de la synthpop
de KRAFTWERK pour sonner kitschoune à mort. Alors au final c'est comment
moussaillon? Et bien c'est grand, très grand mon capitaine!
Sans se prendre la tête, le
groupe pond 13 petites bombes popisantes au charme naïf qui ne laisseront pas
indifférents les fans de la grande époque de la new-wave. Tout le travail
mélodique repose sur les sonorités de synthés acidulées et sur la voix de
Chibi, chanteuse au timbre de petite fille qui fait merveille au sein de ce
petit voyage musical. Mais attention car la naïveté apparente de l'album n'est
en fait qu'un prétexte pour tisser tout un univers qui s'avère au fur et à
mesure beaucoup plus sombre que prévu, schéma qui n'est pas sans rappeler
certains contes chers à notre enfance.
Tout l'album n'est en fait
qu'un antagonisme géant. A la douceur sucrée de certaines parties planantes
s'opposent des riffs de guitares tranchants à souhait démontrant que le but du
groupe n'est pas de tomber dans la mièvrerie gratuite ("Videokid").
Aux mélodies gnan gnan viennent se greffer des parties menaçantes (l'opposition
saisissante du chant entre les couplets et les refrains de "Blue").
Même le visuel du groupe est trompeur avec ces couleurs chaudes et cette
ambiance cartoonesque qui cachent en fait un message bien plus glauque qu'on
l'aurait pensé en y regardant de plus près (pauvre petit lapinou...)
Mais ce qui marque surtout
cet album c'est l'apparente facilité avec laquelle le groupe pond des hits:
"Lovers End", "Happy Birthday", "Playdead",
"Blue", "Videokid", "The Dream" (à la ritournelle
introductive de guitare digne de THE CURE) entre autres vous rentrent
directement dans la tête et s'avèrent d'une efficacité redoutable. Le groupe
s'est par ailleurs forgé une identité assez unique en son genre où musique et
imagerie (jusqu'à l'accoutrement ultra-léché des 5 gusses!) vont de paire et où
la qualité musicale n'est pas mise de côté.
C'est donc un excellent
boulot qui nous est proposé ici et c'est un album que je conseille vivement en
guise de rafraîchissement! Seule la production un peu faiblarde et pas assez
claire à mon goût vient gâcher mon plaisir! Mais malgré tout, avec
"Violet", THE BIRTHDAY MASSACRE possède une carte de visite en béton!
Faisant du neuf avec du vieux et ce avec grande classe, le groupe s'assure ici
un avenir prometteur. A surveiller de très près... (Foofur).
2015 s’annonce
exceptionnelle côté musique. Preuve en est, la sortie tant attendue de The Pale
Emperor, le dixième album de Marilyn Manson.
Cet album est tout
simplement un chef d’œuvre. Il peut dés à présent rentrer dans le panthéon des
meilleurs albums sortis ces dernières années. The Pale Emperor, c’est d’abord
la rencontre de deux génies de la musique que sont Marilyn Manson et Tyler
Bates (nouveau guitariste du groupe de Manson). Sachant que Tyler Bates n’est
autre que le compositeur des meilleures BO de ces dernières années (The
Guardians Of The Galaxy, c’est lui). Il est également le compositeur atittré de
cinéastes tels que Zack Snyder (300, Watchmen) ou encore Rob Zombie. C’est dire
l’entourage 3 étoiles du bonhomme.
Cet album est un hommage à
la culture folk, blues et rock, ainsi qu’un hymne d’amour à cette musique qui a
tant contribué à la culture Nord-Américaine. Les 10 chansons ne suffisent pas à
étancher notre soif auditive. The Pale Emperor est construit à la manière d’un
film (l’influence de Tyler Bates, peut être) : à chaque titre son ambiance bien
particulière qu’accompagne la voix très théatrâle de Manson. On retrouve cet
esprit « cinéma » dans The Mephistopheles of Los Angeles où la guitare nous
guide dans un Los Angeles brûlant dans lequel Manson nous surprend au détour
d’une ruelle. On s’y croirait.
Warship My Wreck est LE
morceau qui montre la nouvelle influence de Tyler Bates. Sans grande surprise,
cette chanson aurait sa place dans un film dramatique.
Slave Only Dreams To Be King
rappelle néanmoins les premières influences de l’artiste. Une batterie tribale
nous rappelle étrangement les percussions des premiers albums.
Petite pause avec The Devil
Beneath My Feet qui nous offre quelques minutes plus calmes au milieu de
l’album avec des petits moments de grâce venus on ne sait trop d’où. Le rythme soutenu et la mélodie nous
rappellent le rock anglais des années 80.
Vient Cupid Carries A Gun,
une chanson presque amusante. On imaginerait presque Marilyn Manson déambuler
sous le soleil californien en faisant tout et n’importe quoi (mais si, avec un
peu d’imagination). Le titre alterne guitare folk, sèche et électrique : un des plus beaux moments de l’album.
Vous l’aurez compris, avec
The Pale Emperor, Marilyn Manson semble avoir atteint le point culminant de sa
carrière. C’est visiblement l’album de la maturité, mais surtout celui de la
rencontre entre deux grands hommes. Peu de défauts, beaucoup de qualités ainsi
qu’une grande diversité musicale : du folk, du blues, du rock ! On en regrette
presque le fait de ne pas avoir baigné dans la culture américaine afin de mieux
appréhender ces styles musicaux outre-atlantiques. Nous sommes à peine le 13
janvier et l’on commence déjà à remplir notre liste des coups de coeur de 2015.
L’année commence bien. (The Web
Tape).
Warner
Bros. Records - 9362-49564-6 - Europe - 2011
A combien de reprises les
RED HOT CHILI PEPPERS ont-ils trahi leurs fans ? La première fois, ce devait
être en 1989, lorsqu’avec "Mother’s Milk" ils ont odieusement
délaissé les terres funky de leurs débuts pour incorporer du Metal à leur son et
opérer ainsi un abominable virage fusion. L’horreur… Ce fut le premier crachat
à la figure de ceux qui, obstinément, les avaient suivis et soutenus pendant
cinq longues années. Six ans plus tard, ces enfoirés récidivaient avec
"One Hot Minute" et décevaient tous ceux qui attendaient un deuxième
"Blood Sugar Sex Magik". Cet épisode honteux est resté gravé dans les
mémoires. Et nul n’a oublié l’infâme tournant pop amorcé en 1999 avec ce
"Californication" qui résonne encore à l’oreille de beaucoup comme un
effroyable couteau planté dans le dos par les plus terribles Judas que
l’histoire ait connus. Et les années qui suivirent furent encore pires…
N’en jetez plus. Décidément,
les RHCP sont bel et bien le groupe qui aura le plus martyrisé ses fans au
cours de ses trente années d’existence… Si seulement ils s’en étaient tenus au
bon vieux Funk déglingué de "Freaky Styley" au lieu de se renier de
façon aussi méprisable ! Au moins auraient-ils disparu dignement quelque part
entre 1985 et 1990. Ils auraient eu la décence de tomber dans l’oubli faute
d’avoir su se renouveler mais avec l’infinie fierté de ceux qui, accrochés
jusqu’au bout à leur intégrité, sombrent avec honneur et panache. Personne,
aujourd’hui, ne se souviendrait d’eux. Et nous aurions ainsi échappé à la succession
d’albums misérables et inécoutables que ces piètres musiciens ont eu le culot
de jeter à la face du monde au fil des ans. Mais au lieu de ça, ils ont
abandonné toute forme de décence et d’amour-propre en piétinant régulièrement
leur public innocent.
Quelle lâcheté, quelle
infamie… Lever ainsi un doigt arrogant devant ceux qui, finalement, ne leur
demandaient qu’une simple et unique chose : ne pas changer, ne pas évoluer…
Sortir tous les deux ans le même album, avec les mêmes chansons. Était-ce si
compliqué ? Sans compter que les RHCP, ces vilains garçons, ont commis
l’irréparable en s’attirant une nouvelle cohorte de fans à chacune de leurs
évolutions ! Comme s’ils avaient voulu humilier un peu plus ceux qu’ils
abandonnaient en cours de route… A-t-on connu pareil affront dans l’histoire du
Rock ? Le groupe n’est pas seul au panthéon nauséabond des traîtres.
Souvenez-vous de BOWIE, cette ordure qui violentait son public à chaque nouveau
disque… Souvenez-vous des BEATLES, ces abjectes créatures qui ne cessaient de
tourmenter leurs admirateurs… Heureusement qu’il existe des bons gars bien
rassurants comme ceux d’AC/DC qui, eux, au moins, ont compris que la seule
démarche honnête consistait à jouer sans cesse la même musique.
Décidément, les RHCP sont
d’ignobles criminels. Et dire que certains leur laissent encore le bénéfice du
doute ! Dire que certains apprécient encore leurs albums ! Ceux-là devraient
être punis et soumis aux pires châtiments pour oser ainsi, par leur geste fou –
acheter et écouter un disque de ce groupe –, faire croire que cette musique-là
mérite autre chose que la poubelle la plus obscure. Et il faut les entendre
pour le croire : "I’m With You" serait un disque « agréable », « pop
» et « ensoleillé » (mais qui veut du soleil, de nos jours, bon sang ?). On
pourrait selon eux y entendre quelques petites douceurs entraînantes et
mélancoliques sans prétention, à la façon de cet "Annie Wants A Baby"
où affleurent des guitares limpides, ou de ce "Monarchy Of Roses"
rehaussé par des chœurs et une basse aux accents disco. Ils vous parlent du
rythme trépidant de "Factory Of Faith" ou de l’ambiance triste et
poignante de "Did I Let You Know" sans comprendre l’outrage dont ils
se rendent ainsi coupables.
Pire que tout, non contents
d’avoir osé apprécier le disque à sa sortie, ils affirment tout de go, sans
plus de précautions – sans s’apercevoir que ce n’est qu’une pièce de plus à
verser à leur dossier déjà épais – que cet horrible "I’m With You" se
bonifie avec le temps ! Que cet album, symbole de toutes les trahisons et de
tous les renoncements, tient la distance au lieu de s’effacer des mémoires
comme il le devrait pourtant ! Mais qui les croira ? Qui accordera le moindre
crédit à des élucubrations qui ne peuvent être issues que du cerveau le plus dérangé,
le plus rétif à ce qui fait l’essence de l’art. Car qu’est-ce que l’art, si ce
n’est la répétition, le clonage, la reproduction à l’identique de ce qui existe
déjà ? Le changement est le mal. L’évolution, c’est la damnation. L’homme
n’acquiert sa dignité qu’en refusant toute transformation ou renouvellement,
mêmes infimes. Le salut, nous le savons tous, est dans la rigidité.
L'immobilisme est une vertu. Tout ce qui bouge doit mourir. (Metal Nightfall).
Depuis le splendide Turn on
the Bright Lights, il ne s’est pas passé grand chose chez la Paul Banks
Company. Ou très peu. On se rappelle des larmes qui ont coulé lorsque leur
deuxième album Antics a résonné pour la première fois dans les enceintes de la chaine
hi-fi de papa… Et la suite est du même tonneau. Par politesse, on ne parlera
pas des escapades solo de Banks.
Alors imaginez la surprise
chez ces gens quand All The Rage Back Home, le premier single d’El Pintor, a
déboulé cet été. Paul Banks s’est remis à écrire des chansons! Paul Banks
chante comme jamais! Et cette ligne de basse…. Que se passe t-il ? Interpol
s’apprête juste à sortir le disque que tout le monde attend depuis la millième
écoute de Turn on the Bright Lights.
Et non All The Rage Back Home
n’est pas le single qui cache le désert. Étrangement placé au début du disque,
on pouvait s’attendre au pire. Que se passe t-il après ? Banks a t’il cramé
toutes ses cartouches dans ce morceau ? Car mine de rien All The Rage Back Home
replace Interpol à sa place initiale.
Les deux morceaux qui
suivent (My Desire & Anywhere) montrent un Interpol en pleine forme. Tous
les ingrédients sont présents : Kessler et ses sirènes hurlantes, la batterie
sèche de Fogarino et cette urgence urbaine. Ça nous change de la recette à la
béchamel-chantilly deBarricade ou de Success, seuls morceaux comestibles du
naufrage que représente le précédent album. Et encore, le risque d’indigestion
n’était pas à prendre à la légère.
S’assumant désormais en vrai
trio et en évitant de chercher des bassistes de luxe, le groupe tient la corde
toute la durée du disque. Everything is wrong excitera tous les amoureux de
Stellaet la conclusion qu’est Twice As Hard est sensationnelle. Tous les
obstacles sont franchis…
Malins, Banks et ses copains
sont allés recruter le très récurrent Alan Moulder pour le mixage du disque. Le
résultat est la hauteur des chansons écrites par le groupe. Interpol sonne
comme jamais. Diable que c’est bon.
Le retour (sombre) en grâce
de cette rentrée. Ou de l’année. De la décennie ?