mercredi 25 juin 2014

Oasis - Be Here Now




OASIS - BE HERE NOW (1997)
Big Brother ‎- RKIDLP008X - (United Kingdom)



Oasis fait désormais partie des grands suite au succès de « What’s The Story ?… » sorti en 1995 avec son fameux tube « Wonderwall ». Le groupe a pourtant ensuite vécu durant deux années au rythme des tumultes générés par les frères Gallagher, Liam et Noel. Provocateurs dans l’âme et définitivement rivaux, ils se font remarquer plus d’une fois pour des dérapages en tout genres. Bref, lorsque sort « Be Here Now », on a toutes les raisons d’être inquiet. Et pourtant, il ne faut pas longtemps pour dissiper nos craintes.

En effet, dès l’ouverture du disque personnifiée par l’excellent « D’You Know What I Mean » qui rappelle par son intro « Astronomy Domine » de Pink Floyd, on est conquis par la verve et l’énergie dégagées. En servant un savant mélange de guitares électriques et acoustiques, Oasis fait ce qu’il sait faire : de la britpop comme on l’aime ! Ce n’est peut-être pas très original mais l’attrait mélodique surpasse le reste. Suit le plus violent « My Big Mouth » qui démarre dans un vacarme assourdissant et s’enchaîne dans un bordel organisé plutôt bien senti. On revient à un son plus calme et plus caractéristique d’Oasis avec « Magic Pie » qui s’impose comme une ballade indispensable tout comme « Fade In Out » où l’accent country est du meilleur effet. Dans un registre plus classique, on retiendra « I Hope, I Think, I Know » qui est très efficace et mené de main de maître tandis que « Be Here Now » maintient le cap dans la même direction. Tout n’est cependant pas aussi mémorable et quelques titres ne tirent pas leur épingle du jeu : c’est le cas de « The Girl In The Dirty Shirt », titre moins fluide et de « It’s Gettin’ Better (Man !!!) », embourbé dans un déluge sonore peu accueillant.

On ne glosera pas plus longtemps sur ces petits incidents de parcours qui sont d’ailleurs contrebalancés par des petites merveilles comme « Don’t Go Away », qui est une magnifique ballade, sobre et émouvante, avec ses guitares larmoyantes et la voix nostalgique de Liam Gallagher. Les deux parties de « All Around The World » (l’une est accompagnée par les paroles et l’autre est instrumentale) sont du même acabit et leur écoute se révèle très agréable même si la seconde partie, qui clôt le disque, se termine dans une cacophonie infecte. Enfin, on sera totalement conquis par « Stand By Me », titre exceptionnel, sans doute le meilleur de cet album, où l’influence des Beatles est ici évidente.

Finalement, « Be Here Now » est devenu comme son prédécesseur un must dans la discographie des Mancuniens (les frères Gallagher sont fans du club de football de Manchester City) et possède tous les atouts qui font la qualité d’un disque d’Oasis : fraîcheur et spontanéité, malgré une production parfois approximative. (Cyril - FP).



TRACKLIST:

A1D'You Know What I Mean?7:42
A2My Big Mouth5:02
A3Magic Pie7:19
B1Stand By Me5:56
B2I Hope, I Think, I Know4:22
B3The Girl In The Dirty Shirt5:49
C1Fade In-Out6:52
C2Don't Go Away4:48
C3Be Here Now5:13
D1All Around The World9:20
D2It's Gettin' Better (Man!!)7:00
D3All Around The World (Reprise)2:08






Led Zeppelin - Houses Of The Holy



LED ZEPPELIN - HOUSES OF THE HOLY (1972)
 Atlantic ‎- K50014 - (United Kingdom)



En 1972, le Dirigeable est une baudruche énorme. Le quatrième album, avec en son sein des lingots d’or sonores comme le déjà légendaire « Stairway to Heaven », les a portés en haut, tout en haut des charts, de la renommée, de la fortune, des scènes planétaires, et des excès en tout genres – qui sont inclus dans le package ‘rock star’.

Loin de se reposer, les 4 musiciens rentrent en studio au printemps 1972, quelques mois seulement après la sortie du IV. Cette époque est folle : d'où que l'on regarde, personne ne baisse le pied. BOWIE, PINK FLOYD, ALICE COOPER, Lou REED, KING CRIMSON, etc etc etc (des dizaines !)... tout le monde sort des oeuvres dont on parle encore aujourd'hui, et qu'on ECOUTE encore aujourd'hui.

Le groupe de plomb dégage la force et l’assurance de ceux qui n’ont plus rien à prouver. L’autre atout de LED ZEPPELIN est qu’il s’agit d’un vrai gang, qui ne dépend pas de l’humeur ou des lubies d’un leader à l’ego boursouflé : PAGE est le guitariste, compositeur et producteur, certes, mais JONES ajoute beaucoup à certaines compositions et s’avère être un arrangeur très doué, PLANT écrit et place ses parties de chant avec une grande maturité, et BONHAM reste totalement irremplaçable - absolument personne ne peut sonner comme lui, il est dépositaire d’une grande partie du son de plomb. D'autant qu'il compose aussi.

Cette assurance leur permet de continuer leur exploration libre du rock lourd, du folk, de la ballade, du funk, et même… du reggae. Davantage d’attention a été accordée à la production, PAGE a eu la main plus leste sur le multi-pistes. Ce cinquième album respire moins le blues que les précédents, et propose une palette encore plus large de morceaux, ce qui en fait un disque moins apprécié par les accros des premiers albums, mais il n'en est pas moins passionnant. Ne contenant pas de single décisif à la « Stairway » (même si ce titre n'est jamais sorti en single), Houses of the Holy est un excellent album où aucun morceau ne tente de faire de l’ombre aux autres. Chaque écoute est un buffet garni pour nos tympans, avides de cette puissance tellurique mais qui aiment qu'on titille leur sensibilité esthétique.

Le groupe navigue ainsi entre la fantastique superposition des couches de guitares pagiennes de « The Song Remains The Same » (jeu : trouverez-vous le nombre total de guitares ?), les arrangements romantico-nostalgiques de « The Rain Song » (effectivement parfaite pour laisser aller sa mélancolie un jour de pluie, en méditant sur les saisons de l’amour, près de 8 minutes de majesté empreinte du Mellotron de JONES et de l’open-tuning de PAGE), sans oublier les fondamentaux rock. Les amateurs de riffs maousses sont servis avec « Dancing Days », serré, puissant, un morceau en béton armé qui sera encore meilleur – si c’est possible – sur le live How the West Was Won. « Over the Hills and Far Away », très efficace aussi, s’incruste durablement dans nos oreilles par sa géniale intro folk. « The Ocean » possède également un riff terrible et des changements de rythme surprenants. La petite incursion d’une mélodie a capella, en cours de morceau, est bien amenée et montre à quel point les Anglais sont sûrs de leur art.

Tellement sûrs d’eux qu’ils mettent le pied sur d’autres terrains. « D'yer Mak'er » est presque une blague : un reggae chez le ZEP’ ! Ce titre est d’ailleurs la prononciation phonétique de ‘Jamaica’ en anglais. Voyez comme l’humeur est potache. Je ne suis pas fan de reggae à la base, donc je m’ébaubis moins sur ces quelques minutes, mais je me marre à chaque fois en écoutant BONHAM taper comme… comme Bonzo, quoi, complètement à l’opposé du son reggae, exactement comme Animal dans le Muppet Show qui finit toujours par tout péter même quand on lui demande de jouer doucement… Ce n’est donc pas vraiment un reggae, et c’est tant mieux. Un clin d’œil amusant, tout comme « The Crunge », une improvisation studio qui s’est transformée en un hommage au funk de James BROWN. Là aussi, loin d’imiter le style du Godfather of Soul, le groupe se réapproprie les codes du genre pour en faire un morceau étonnant, à la signature rythmique originale. L’humour anglais n’est jamais très loin, finalement.

Cet album ne possède pas de single évident, disais-je, mais je pense ne pas me tromper en vous disant que la planète rock place unanimement « No Quarter » largement au-dessus des autres. Ce pur chef-d’œuvre onirique, sombre, hypnotique, et lourd bien sûr, est le bébé de John Paul JONES, dont les claviers vous suivront toute votre vie, dès la première écoute. Le charleston de BONHAM accompagne à merveille les méandres de ces sons inquiétants sur lesquels PAGE va poser un solo géant – comme d’habe. 7 minutes cosmiques.

Un immense guitariste toujours au sommet dans tous les styles, le meilleur hurleur de rock du monde, le batteur le plus mammouthesque de la Création – et pourtant plus fin qu’on ne le croit –, un bassiste arrangeur très intelligent, de la puissance, des mélodies splendides, de la variation, une pochette magnifique… Houses of the Holy souffre d'être coincé entre deux impressionants colosses(le IV et Physical Graffiti), et c'est ce qui l'empêche d'atteindre les 5 étoiles tant recherchées (PAGE va sans doute m'appeler pour me passer un savon), mais ne vous y trompez pas. Ce disque est à la mesure des colonnes volcaniques d'Irlande du Nord sur la couverture : géant. (ATN - FP).



TRACKLIST:

A1The Song Remains The Same5:24
A2The Rain Song6:32
A3Over The Hills And Far Away4:06
A4The Crunge3:52
B1Dancing Days3:40
B2D'yer Mak'er4:18
B3No Quarter6:52
B4The Ocean4:16





mercredi 18 juin 2014

Sparks - Terminal Jive



SPARKS - TERMINAL JIVE (1980)
Virgin - V2137 - (United Kingdom)

Apres un album disco critiqué par la presse mais bien accueilli par le public, Sparks, signe ensuite cet excellent opus qui contient le tube "When I'm With you". 750 000 45 tours vendus en France, et il reste leur plus grosse ventes tout pays confondu. Les autres titres sont du même type: énergique, laissant une belle part aux synthés de Ron Mael, tout en continuant d'exploiter la tessitude exceptionelle de Russell Mael. On a peut-être perdu une partie de l'originalité et de l'excentricité des premiers albums, mais l'humour reste toujours présent.
Un des albums les plus agréables a écouter ...


TRACKLIST:

A1When I'm With You5:45
A2Just Because You Love Me4:36
A3Rock'n'Roll People In A Disco World4:47
A4When I'm With You (Instrumental)3:45
B1Young Girls4:49
B2Noisy Boys3:55
B3Stereo4:01
B4The Greatest Show On Earth4:17





dimanche 15 juin 2014

Pulp - Different Class



PULP - DIFFERENT CLASS (1995)
Music On Vinyl ‎- MOVLP404 - (United Kingdom)

L'album le plus connu et le plus vendu de Pulp. Après le succès de His'n'Hers, la bande à Jarvis poursuit et améliore la formule magique (quitte à l'épuiser).Transcendé par la production de Chris Thomas (le producteur des Sex Pistols), Different Class est le digne successeur de His'n'Hers. Moins kitsch, plus "moderne", mais tout aussi magique. Il pourra sembler un peu trop semblable à son prédécesseur pour les non fans, mais il ne faut pas s'y tromper, Different Class est un album qui fonctionne par lui-même. Et c'est celui qui transforma Pulp en phénomène de société en Angleterre et permis enfin à Jarvis Cocker de devenir la Star qu'il devait être. Cet album (le premier que j'ai acheté) est génial et c'est un euphémisme.

        Mis-Shapes est une déclaration de guerre sans concession de la part des "common people" ("we want your house, we want your life" "we use the one thing we got more : that's our minds"). Un monument énergique et délicieux. Pencil Skirt est encore une chanson de revanche où Jarvis y parle d'adultère sans complexe (le thème revient sans cesse dans ses textes). Common People est LA chanson culte et fantastique (qui se vendit mieux que le nouveau Michael Jackson de l'époque, à la grande surprise du groupe qui se retrouvait numéro 2 du top anglais du jour au lendemain). La perfection du Pulp cartoonesque, un Monument que je visite toujours avec autant de plaisir ("you'll never live like common people, oh yeah !"). I Spy est la perfection du Jarvis cynique et cruel, fascinant. Disco 2000 (dont le thème ressemble beaucoup à celui de la plus belle chanson des Clash, Lost In the Supermarket... est un délice incroyable. Les paroles sont magiques et nostalgiques. La musique est un monument pop rarement égalé dans les 90's.

        Live Bed Show avec ses paroles désabusées enchaîne à la perfection. Something Changed, l'une des plus belles chansons de Pulp, est aussi l'une des plus belles chansons d'amour de tous les temps, simple et divine, émouvante et légère, magique tout simplement. Sorted For E's And Wizz parle de drogue avec humour sur une musique originale et entêtante. F.E.E.L.L.I.N.G.C.A.L.L.E.D.L.O.V.E. est une prise de risques passionnante où la voix de Jarvis fait des miracles dans le but de faire partager cet étrange "feeling". Underwear est un monument "poppy" amusant et ironique d'une grande perfection mélodique. Monday Morning n'est pas loin de la noirceur d'antan. Sur une rythmique ska-pop Jarvis décuple l'énergie de son groupe. Bar Italia est une ballade finale totalement magnifique. La fête est finie et avec le recul on réalise combien cette chanson sensible annonçait This Is Hardcore et le dur retour à la réalité. (Ed Wood).



TRACKLIST:
A1Mis-shapes
A2Pencil Skirt
A3Common People
A4I Spy
A5Disco 2000
A6Live Bed Show
B1Something Changed
B2Sorted For E's & Wizz
B3Feeling Called Love
B4Underwear
B5Monday Morning
B6Bar Italia





Oasis - Definitely Maybe




OASIS - DEFINITELY MAYBE (1994)
Big Brother ‎- RKIDLP70 - (United Kingdom)


Definitely Maybe est sans conteste l'album définitif de la britpop, aussi bien que l'un des disques phare des années 90. Les médias spécialisés anglais, que l'on sait aussi prompts à l'enthousiasme qu'à un emportement excessif et parfois irrationnel, ont propulsé cette galette au rang de chef d'oeuvre inattaquable et quasi-intouchable du rock britannique. En 2006, NME l'a placé numéro un au classement des meilleurs albums anglais sur les cinquante dernières années, et le sondage réalisé en 2008 pour HMV et Q Magazine l'a intronisé meilleur album de tous les temps. Retour obligé sur un disque phénomène, à l'heure ou Dig Out Your Soul pointe le bout de son nez et va tâcher une fois encore (en vain ?) d'égaler ce glorieux modèle.

Dans le rock comme dans d'autres domaines, le talent ne suffit pas toujours à ouvrir les portes du succès, et ce sont souvent les plus forts en gueule, les plus obstinés et les plus culottés qui emportent l'adhésion au détriment des autres prétendants à la gloire.  Or, Noel Gallagher est bien de cette race de gagneurs : il possède tous les traits de caractère pré-cités à un degré prodigieux, avec en prime une propension à l'arrogance que seul son frangin est à même de lui envier. Lui, le mancunien prolo fauché, le cancre au niveau scolaire peu reluisant, l'ex-roadie groupie des Inspiral Carpets, le fanatique des Beatles, des Who et des Kinks, l'adorateur du jeu de guitare de Johnny Marr, est persuadé que sa musique, celle qu'il rumine en solitaire depuis plusieurs années, est la meilleure du monde. Quand il assiste à un concert donné par le groupe de son frère Liam en 1991, il voit immédiatement dans ces quatre énergumènes le terreau idéal pour faire germer les hits qu'il garde en gestation. C'est donc sans aucun ménagement qu'il prend son frangin et ses potes à partie : s'ils acceptent de l'incorporer dans leur formation et de lui laisser les mains libres pour le songwriting et les solo de guitare, il leur garantit de les amener aux sommets des charts britanniques et de faire de The Rain, fraîchement rebaptisé Oasis, le meilleur groupe de rock d'Angleterre. Rien que ça. Mais si de telles inepties n'engagent que ceux qui y croient, nul doute que l'orgueil démesuré de l'aîné de la fratrie Gallagher a été au moins aussi déterminant que son génie musical pour amener le combo de Manchester au plus haut niveau.

Très vite, la formule fonctionne à merveille et l'association de Noel et de Liam se révèle d'une efficacité redoutable, le premier troussant des mélodies simples mais accrocheuses, et le second les balançant à la tronche du public avec une verve et un charisme peu communs. Sur scène, Oasis balaye tout sur son passage, réinventant un rock concret et populaire en pillant sans vergogne ses glorieux ancêtres des années 60. Avec n'importe quelle autre formation, la plèbe aurait hurlé au plagiat et aurait lapidé les importuns sans attendre. Mais les Gallagher sont si sûrs d'eux, si teigneux, si imbus de leur personne et de leur musique, qu'ils parviennent instantanément à convertir même les plus incrédules. A grands coups de médiators, de riffs à forte réverbération, de larsens stridents et de vrombissements jouissifs, les instrumentistes transportent littéralement un Liam tétanisant d'intensité, scotché à son micro comme un alcoolique à sa bouteille, haranguant les foules avec une nonchalance hypnotisante, déballant des textes simplissimes comme autant de paroles d'Evangile avec une voix lancinante de rock et de nicotine, les transformant instantanément en hymnes à la jeunesse et à la vie. Avec Oasis, l'Angleterre retrouve en quelques mois le panache et l'assurance que les années 80 avaient relégués au rang de vertus optionnelles.

Pour autant, l'enregistrement de Definitely Maybe, débuté en 1994, n'est pas une partie de plaisir. Deux séances d'enregistrements sont nécessaires (entrecoupées par une courte virée défonce à Amsterdam) et se révèlent plus désastreuses l'une que l'autre. Pas moins de trois producteurs se succèdent pour tenter d'éviter au disque de virer au naufrage intégral. En cause, Noel Gallagher, encore et toujours, tellement persuadé du bien fondé de ses idées qu'il en vient à pourrir littéralement les séances d'enregistrement en imposant une surexposition des guitares qui noie complètement la rythmique et le chant. Après que Dave Batchelor, ex roadie (lui aussi) des Inspiral Carpets, et Mark Coyle, producteur notamment des Stone Roses, aient jeté l'éponge de dépit, le label Creation Records fait appel à Owen Morris pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être. C'est là que le hasard fait bien les choses. Non content de rabattre son caquet à cette tête de con de Gallagher, Morris improvise une nouvelle technique de production visant à atteindre un rendu proche du live : le Brick Walling. Le résultat marque un précédent dans l'histoire du rock : jamais un groupe n'avait réussi à sonner comme Oasis en studio, avec un timbre de guitare ample d'une clarté impressionnante qui englobe complètement les parties vocales. A sa sortie, le disque se place instantanément comme une nouvelle référence dans le domaine de la production, et ce n'est pourtant pas la moindre de ses qualités.

L'album est un alignement ininterrompu de hits, marqués au fer rouge par une filiation pleinement assumée avec les standards des années 60, The Beatles en tête. Le songwriting ne s'embarrasse pas de poésie absconse : les textes sont concrets, directs, et s'adressent à n'importe quel quidam. Les frères Gallagher croient dur comme fer à leur talent et se voient déjà en haut de l'affiche, n'hésitant pas une seule seconde à balancer bille en tête un "Rock N' Roll Star" qui représente une véritable profession de foi, fustigeant les gens sérieux et raisonnables qui les enjoignent à retrouver la raison : "People say it's just a waste of time. When they said I should feed my head, that to me was just a day in bed". Pour Noel Gallagher, seule compte la rock'n'roll attitude : tabac, gin and tonic, belles bagnoles, tout n'est que futilité, légèreté et dérision. "Is it worth the aggravation to find yourself a job when there's nothing worth working for ? It's a crazy situation but all I need are cigarettes and alcohol !" Pas de prise de tête existentielle, pas de tendances mortifères ou de tentations destructrices : le propos est limpide, la conduite sans équivoque, le message positif. Les frères Gallagher croient en eux ("I need to be myself, I can't be no one else"), en leur personne et en leur attitude. Ce qui passe à leur portée, ils le prennent car ils ont tout fait pour l'obtenir, et tant pis pour les autres. Si l'on ajoute à cela de nombreux clins d’oeil savoureux disséminés au gré de leurs chansons (comme le yellow submarine repéré dans "Supersonic"), on obtient sans coup férir le disque le plus grisant et le plus libératoire des années 90.

Definitely Maybe est un album intense, sans aucun temps mort, et qui ne diminue le volume des amplis que sur le dernier acte acoustique, l'impayable "Married With Children" qui allie une merveille de mélodie et un texte plein d'humour et de férocité corrosive. C'est peut-être sur le plan du volume, justement, que l'on pourrait faire un reproche à ce disque : tout se joue à l'énergie, et on a parfois du mal à ne pas retrouver des redondances entre les titres, notamment sur le plan rythmique. Hormis cela, c'est du tout bon, et chaque morceau pris séparément peut se targuer de détenir un poignant potentiel d'addictivité, du shoegaze "Columbia" à l'imparable "Supersonic", de l'indolent "Shakermaker" au virevoltant "Bring It On Down", de l'évident "Cigarettes And Alcohol" au colossal "Live Forever". Liam n'a pas à se poser de question sur les éventuelles inflexions à donner à sa voix : son timbre, inimitable, se suffit à lui-même. Quant à Noel, il n'a qu'à dérouler ses partos de guitare en les bricolant un peu au gré des émotions recherchées. Son schéma directeur est extrêmement précis, et s'il se contente globalement d'utiliser les mêmes arrangements d'une chanson à l'autre, il le fait avec suffisamment d'intelligence pour qu'on n'y voie que du feu. Onze titres, onze tubes, dont l'assemblage final procure les mêmes sensations que celles d'un best-of, bardé de temps forts, d'envolées poignantes et de riffs ravageurs, mais en y ajoutant une parfaite homogénéité. Vous vous posez la question d'acheter ou non Stop The Clocks, la compil d'Oasis sortie en 2006 ? Tournez vous donc plutôt vers ce premier jet des frères Gallagher, il se révèlera de bien meilleur tenue.


Bien sûr, certaines personnes continueront à détester Oasis, et l'écoute de Definitely Maybe ne changera rien à l'affaire. En prenant le parti de suivre les frères les plus irascibles de l'histoire du rock dans leurs débuts, il faut mettre de côté son éventuelle inimitié vis à vis de ces deux têtes à claque, et se laisser convaincre par ceux qui ont pris le parti de brailler plus haut et plus fort que les autres. C'est dans cet état d'esprit que l'Angleterre s'est soudain réveillée un beau matin d'Août 1994, en se rendant compte que son rock était encore loin d'être enterré. Le disque s'est littéralement arraché dans les magasins, la passion l'a emporté sur les réticences, et de nombreux jeunes rockeurs anglais ont vu dans cette galette une fabuleuse lueur d'espoir. La Britpop venait de voir le jour, tout simplement. Rien que pour ça, Definitely Maybe, le meilleur album des forts en gueule de Manchester, mérite les éloges unanimes qu'il reçoit, encore aujourd'hui, même s'ils sont peut-être un tantinet exagérés. (Nicolas).



TRACKLIST:
A1Rock 'n' Roll Star
A2Shakermaker
A3Live Forever
B1Up In The Sky
B2Columbia
B3Sad Song
C1Supersonic
C2Bring It On Down
C3Cigarettes & Alcohol
D1Digsy's Dinner
D2Slide Away
D3Married With Children