samedi 21 février 2015

Scorpions - Return To Forever




SCORPIONS - RETURN TO FOREVER (2015)
Sony Music ‎- 88875 05912 1 - 2 × Vinyl, (Europe)

Et ils décidèrent de continuer, encore et encore. On pourrait faire comme les éternels médisants et dire que Scorpions est revenu sur sa décision de mettre fin à sa carrière pour des questions d’argent, profitant de la manne financière tant qu’elle n'est pas tarie. Mais on a aussi envie de croire le chanteur Klaus Meine lorsqu’il nous dit en 2013 que « c’est bien plus difficile qu[ils] l’imagin[aient] » ou plus récemmentqu’ils « s’amuse[nt] tous beaucoup trop pour raccrocher les guitares. » L’ivresse provoquée par la foule qui siffle à l’unisson « Wind Of Change » ou chante à tue-tête le riff de « Rock You Like A Hurricane », et puis la sensation, après 50 ans de carrière, d’être encore dans le cœur des gens alors qu’il y a quelques années on pouvait se sentir un peu has-been… Bref, Scorpions a encore envie. Et ça c’est plutôt une bonne nouvelle.
Après diverses sorties depuis Sting In The Tail – le supposé dernier album du groupe -, Scorpions revient avec Return To Forever, un alléchant projet de recueil de chansons constitué à partir de chutes inachevées des époques Blackout (1982) et Love At First Sting (1984) - généralement vues comme le sommet de la carrière du combo allemand -, et ayant ensuite évolué pour finalement devenir un nouvel album à part entière, notamment grâce à l’ajout de nouvelles idées. Et ça aussi c’est plutôt une bonne nouvelle, même si le poids de la référence au glorieux passé sera lourd à porter pour un album qui sera forcément comparé à l’incomparable. Et, d’ailleurs, toute comparaison amènera au même constat : les époques précitées sont révolues. Pourtant Return To Forever est loin de démériter et honore même en bonne partie sa promesse d’offrir des chansons « old school ». Ainsi l’opus apporte son lot de « rockers » : « Going Out With A Bang », « Rock My Car », « Rock N Roll Band » (qu’on avait pu découvrir en acoustique sur le MTV Unplugged et qui semble avoir chipé son riff au « Burn » de Deep Purple ; d’ailleurs, serait-ce un orgue Hammond qu’on entend dans le fond ?), « Hard Rockin’ The Place », toutes possédant ce côté bluesy intemporel qui balance et fera chavirer nos cœurs de vieux hardos. Il y a aussi « All For One » dont le rythme de batterie à la cloche renvoie à une certaine nostalgie ou le boogie en diable « The Scratch » qui, avec son petit grain de folie, fera bouger plus d’un arrière-train.
Mais Scorpions tombe aussi dans quelques travers, à savoir certaines mièvreries assez typiques de ces dernières années, même si jamais exemptes de feeling, avec « We Built This House », « Rollin’ Home » (que Nickelback aurait pu faire en guise de single radio) ou « Eye Of The Storm ». Dans la série, on retiendra surtout « House Of Cards » toute en sensibilité acoustique et « Gypsy Life », dont la tristesse et l’émotion des couplets pourra rappeler un « Holiday ». Oui, tout ceci constitue une forte concentration de ballades et power-ballades, quoi que réparties de manière équilibrée, mais c’est aussi là le format de chanson qui a fait exploser le groupe et qu’une frange plus « populaire » de son public attend de sa part. Au bout du compte Return To Forever est un album 100% Scorpions qui ne manquera pas de ravir les fans du groupe, trop heureux de récupérer du « rab ». Plutôt une bonne nouvelle, non ? (Nicolas Gricourt
 - Radio Metal).



TRACKLIST :

A1Going Out With A Bang3:46
A2We Built This House3:53
A3Rock My Car3:20
B1House Of Cards5:05
B2All For One2:58
B3Rock 'n' Roll Band3:55
C1Catch Your Luck And Play3:33
C2Rollin' Home4:03
C3Hard Rockin' The Place4:06
D1Eye Of The Storm4:28
D2The Scratch3:41
D3Gypsy Life4:52






mardi 17 février 2015

Asia - Alpha




ASIA - ALPHA (1983)
Geffen Records ‎- GEF 25508 - (UK)

Après un album éponyme magistral, ASIA revint en force un an plus tard avec une deuxième offrande : Alpha. Cet album connût le même succès que son prédécesseur, surtout grâce au single « Don’t Cry », très aimé à l’époque. Asia et Alpha formèrent alors le duo magique du groupe, encensés par les fans et applaudis par les amateurs. D’ailleurs, si vous interrogez des fidèles des Britanniques, beaucoup vous citeront comme référence ces deux albums, alors que très peu d’entre eux vous conseilleront Astra ou Aria. Mais, plus de 20 ans après, l’impact commercial que cet album avait pu avoir à l’époque importe peu. Tout ce qui compte finalement c’est la musique.

Et effectivement, la talentueuse patte d’ASIA est perceptible dès les premières notes de « Don’t Cry », avec lesquelles on retrouve les sonorités aériennes, presque épiques, si caractéristiques du groupe. Ce premier constitue une ouverture idéale, un vrai tube, dans la veine de ce qu’avaient pu être des morceaux comme le célèbre « Heat Of The Moment » sur l’album précédent, ou encore l’excellent « Go » sur le suivant.

Autant le dire tout de suite, les choses se gâtent dès la deuxième piste. En effet, si le premier album du groupe présentait 10 compositions travaillées et solides (à une exception près, rappelez-vous de « One Step Closer »), Alpha tombe parfois dans le dispensable, sans pour autant se tâcher avec de mauvais titres. Et évidemment, les morceaux concernés sont les moins recherchés, les plus classiques, les plus banals.
Je pense que le groupe, comme pour s’assurer d’une réussite commerciale, a voulu charger cet Alpha avec plus de tubes légers et faciles qu’en avait son aîné. En découlent des morceaux sans grand intérêt, à l’image de « The Smile Has Left Your Eye » (single assez connu à l’époque) ou de « My Own Time », malgré une fin intéressante pour ce dernier.

Evidemment, une fois ces titres passés, le véritable ASIA nous saute à la gorge pour ne plus nous lâcher, et il est difficile de ne pas tomber sous le charme d’un morceau comme le grandiose « The Heat Goes On », véritable envolée épique sublimée par un solo de clavier éblouissant. Ces moments forts seront retrouvés dans des titres comme « True Colours », avec un refrain explosif franchement enthousiasmant.

Les orchestrations sont nettement plus nombreuses ici que sur l’album précédent, et je trouve qu’elles améliorent de façon conséquente la force des compositions en général. L’exemple le plus marquant est bien sûr le magnifique « Open Your Eyes ». Cette dernière pièce, la plus longue de l’album, résume à elle seule l’ensemble des qualités du groupe, en faisant preuve d’un dynamisme et d’une puissance encore jamais atteints par les Anglais. Le break, superbe, introduit des chœurs planants avant qu’une formidable explosion propulse l’auditeur vers un final exaltant. Un des meilleurs titres des Britanniques, assurément.

Malgré quelques petites fautes de goût, ASIA montra une deuxième fois en 1983, par son talent et sa subtilité, sa capacité à offrir un album d’une qualité tout à fait honorable, et s’illustra de nouveau comme un grand groupe, qui tombera malheureusement dans l’oubli deux ans plus tard. D’ailleurs, des tensions se formaient déjà entre Steve Howe et les autres membres du groupe, ce dernier ayant été mis à l’écart. Il finira par faire ses valises, et même si ASIA continuera de sortir des albums, comme le pourtant très satisfaisant Astra en 1985, jamais il ne retrouvera sa gloire passée.

Cependant, je trouve que l’album perd de façon générale un peu de sa saveur au fil des écoutes. L’ensemble est peut-être moins transcendant que sur l’album précédant, ou même que sur le suivant, bien que j’estime Alpha et Astra à peu près au même niveau. La faute à un nombre finalement légèrement trop important de titres plus anecdotiques (« Midnight Sun » pas terrible non plus), ce qui rend d’ailleurs d’autant plus incompréhensible la chute commerciale du groupe avec Astra. Saluons ASIA pour ses choix de pochettes toujours aussi belles ! (Kidd66-FP).




TRACKLIST:
A1          Don't Cry            
A2          The Smile Has Left Your Eyes    
A3          Never In A Million Years             
A4          My Own Time (I'll Do What I Want)       
A5          The Heat Goes On         
B1           Eye To Eye         
B2           The Last To Know           
B3           True Colors       
B4           Midnight Sun   
B5           Open Your Eyes






dimanche 15 février 2015

Kraftwerk - Autobahn




KRAFTWERK - AUTOBAHN (1974)
Philips ‎- 6305 231 - (France)

Après trois albums expérimentaux non aboutis mais qui défrîchaient alors considérablement le champ quasi vierge de la musique électronique, Kraftwerk réalise en 1974 le premier album parfait de l'histoire de l'electro. On peut même dire d'Autobahn qu'il s'agit en fait du véritable premier album de Kraftwerk tant le groupe fera tout pour faire disparaître les traces de ses premier essais expérimentaux. Et puis tout simplement aussi parce qu'Autobahn réunit pour la première fois le line-up mythique responsable des autres chef-d’œuvres seventies du groupe.

C'est donc à partir d'Autobahn que Kraftwerk consacrera chacun de ses albums à un seul et unique thème. Pour les neuneus germanophobes et les très très mal-voyants qui n'auraient rien compris au dessin ornant la pochette, les futurs 'homme-machines' ont décidé de nous convier à un voyage sur l'autoroute. Claquement de portière, démarrage diesel et c'est parti. Chanson-titre de 22 minutes: le morceau quintessentiel de l'electro, véritable révolution synthétique avec son beat robotique et hypnotique reconnaissable entre tous. Le refrain 'fahren, fahren, fahren' (conduire) viendra en 1974 titiller l'inconscient de ses auditeurs, similitude avec le 'fun, fun, fun' des Beach Boys oblige, donnant ainsi à Kraftwerk son premier hit des deux côtés de l'Atlantique.

"Autobahn" est une ode au long voyage diurne sur l'autoroute. Une autoroute à la circulation fluide que l'on quitte avec regret pour le climat pesant d'un embouteillage de fin d'après-midi ("Kometenmelodie 1" et "Kometenmelodie 2"). Mais il est dèja minuit ("Mitternacht") et l'angoisse de l'accident se fait de plus en plus pressante face à la fatigue croissante inhérente aux longs voyages. Il est donc plus prudent de s'arrêter dormir pour profiter tôt le lendemain matin d'une escapade à pied dans la campagne environnante ("Morgenspaziergang").

Autobahn est un album pionner et fondateur pour les raisons invoquées plus haut. Et même si cet album a dû traumatiser les futurs tête à claques néo-romantiques de ces répugnantes années 80, il n'en reste pas moins indispensable. Le seul défaut de cet album est qu'il ne remplit qu'à 99% les conditions imposées par la charte de perfection électro-pop que dévoilera Kraftwerk sur les albums suivants, notamment le grandissime The Man-Machine. (Sirius - Xsilence.net).



TRACKLIST:

AAutobahn22:30
B1Kometenmelodie 16:20
B2Kometenmelodie 25:44
B3Mitternacht4:40
B4Morgenspaziergang4:00





Kraftwerk - Trans Europe Express




KRAFTWERK - TRANS EUROPE EXPRESS (1977)
Capitol Records ‎- 2C 068-82.306 - (France)

De l'autoroute qui les conduisit au succès, Kraftwerk s'était embarqué par la suite sur une sortie de route un peu brouillonne avec Radio-Activity. Thème futuriste qui tranche avec le quelque peu surannée du suivant : Trans-Europe Express, retour vers l'excellence pour les papes teutons de l'electro.

Alors le 'Trans-Europe Express', kézako ? 'Les Trans-Europ-Express (TEE) étaient des trains de voyageurs européens de prestige, rapides et exclusivement de 1ère classe, mis en place à partir de 1957 et disparus peu à peu à partir du milieu des années 1980.' Hum... merci Wiki. Un réseau ferré réservé européens aux bourges qui préféraient prendre le train plutôt que l'avion, ok... Au-delà de cet aspect... technique, c'est l'occasion pour Kraftwerk de nous inviter une nouvelle fois au voyage. Celui-ci étant l'occasion de glorifier la vieille Europe, tout comme la moderne d'ailleurs.

Une vieille Europe version chic et 'carte postale' dans "Europe Endless", celle des 'promenades et avenues', de 'l'élégance et de la décadence'. Europe à touriste (cultivé). Et la moderne qui permet de quitter Paris pour Düsseldorf où les rencontres sont propices à la légende rock'n'roll (du moins à cette époque que les moins de 50 piges ne peuvent pas connaître): 'From station to station, back to Dusseldorf City, meet Iggy Pop and David Bowie' ("Trans-Europe Express").

Apaisée ("Franz Schubert") ou angoissée ("Hall Of Mirrors", idéal pour vous accompagner à l'échafaud), la musique de Kraftwerk se sublime dans la fascination qu'elle exerce. Seul moyen de sortir de cette torpeur magnétique, danser sur le rythme syncopé et hautement jouissif de "Trans-Europe Express" (et sa suite indissociable "Metal On Metal"). Un must d'electro-funk glacé qui permis quelques années plus tard à Afrika Bambaataa de signer un hit avec "Planet Rock" (Kraftwerk étant une source de samples millésimé pour le hip-hop). Un jour, quand le monde sera moins solennel mais plus funky, on remplacera la 9ème symphonie de Beethove par ce "Trans-Europe Express" idyllique pour notre hymne européen, soyez-en sûr.

En cette année punk, Kraftwerk fait de nouveau avancer le schmilblick electro. Un chouilla plus abouti qu'Autobahn, moins pop que The Man-MachineTrans-Europe Express est d'un classicisme futuriste absolu. Une certaine idée de la perfection. (Sirius - XSilence.net).



TRACKLIST:

A1Europe Endless9:35
A2The Hall Of Mirrors7:50
A3Les Mannequins6:10
B1Trans Europe Express6:40
B2Metal On Metal6:52
B3Franz Schubert4:25
B4Endless Endless0:45







The Beatles - A Hard Day's Night




THE BEATLES - A HARD DAY'S NIGHT (1964)
Parlophone ‎– PMC 1230 (United Kingdom)


Parce que tout converge alors vers eux et surtout parce que tout ce qu’ils touchent se transforme systématiquement en or, les Beatles intéressent tout naturellement l’industrie cinématographique.
C’est la firme United Artist qui empoche le gros lot en signant avec leur manager un contrat pour cinq films qui se révélera assez vite un encombrant fardeau pour les Beatles. Mais ils n’en sont pas à se plaindre, d’autant que A Hard Day’s Night, premier long métrage à honorer ce contrat, va largement contribuer à étendre et consolider leur popularité. Tourné en noir et blanc sous la direction de Richard Lester, ce film ne fait que s’inspirer fort simplement du quotidien des quatre musiciens. Il capture la folie qui les entoure durant quarante-huit heures de leur existence, entre prestations télévisées, concerts, réceptions et interviews, le tout rythmé par les incessantes courses poursuites de la meute des jeunes fans hystériques. Avant tout conçue comme un flambant étendard à leur propre gloire, cette comédie plaisante, truffée de gags, de jeux de mots et surtout de belles séquences musicales, conserve aujourd’hui encore une étonnante spontanéité et une candide fraîcheur qui l’aura préservée de l’oubli et des commentaires critiques malveillants.
Sept chansons furent composées pour lui servir de bande originale, et en particulier A Hard Day’s Night qui ne mit pas plus de vingt-quatre heures à jaillir de la pompe Lennon/McCartney après que le titre du film ait été définitivement choisi, inspiré de l’une des singulières formules de Ringo Starr. Les deux partenaires rivalisent ici de créativité puisque pour la première fois, aucune reprise ne figure sur ce disque dont on renonce à recenser les meilleurs titres, confondu par tant d’inspiration, de perfection et d’inventivité.
John Lennon est alors en total état de grâce créative et les compositions de choix pleuvent sous les cordes de sa guitare. I Should Have Known Better, Anytime At All, I’ll Cry Instead et When I Get Home sont insolentes de beauté et habitées d’un certain romantisme qu’on ne prête pas forcément à John. À côté de ces compositions solides et entraînantes, il sait aussi nous faire fondre avec If I Fell, l’une de ses plus tendres complaintes amoureuses.
Pour cette fois moins prolifique que John, McCartney tire néanmoins particulièrement bien son épingle du jeu avec une poignée de perles sauvages dont le fort potentiel commercial se vérifiera avec l’impulsif et vibrant Can’t Buy Me Love, le poignant et très mûr Things We Say Today et And I Love Her, une ballade sensible et épurée préfigurant sa remarquable maîtrise de ce registre. À quatre mains, Paul et John accouchent aussi d’un petit rock fringuant (Tell Me Why), et surtout de I’ll Be Back, qui referme l’album sur une séquence de pure grâce mélodique. Mention spéciale, les harmonies vocales qu’ils développent dans tout l’album sont absolument envoûtantes. 
A hard day’s night est un grand disque des Beatles avec lequel ils ont fait oublier le phénomène médiatique au profit d’une véritable stature artistique. On peut lire alors qu’ils comptent désormais parmi les plus grands compositeurs du siècle. Prématurée mais visionnaire, la remarque s’appuie sur l’extraordinaire déploiement de ressources musicales mis en œuvre dans ce quatrième 33 tours. Le fait que la grande Ella Fitzgerald ait immédiatement enregistré une reprise de Can’t Buy Me Love donne une nouvelle et juste mesure de l’impact grandissant des Beatles dans la sphère artistique mondiale. Ils donnent désormais le ‘la’, et ont “enterré” Elvis plus vite qu’ils ne l’avaient même envisagé dans leurs rêves les plus fous. Deux ans après leurs débuts discographiques, le groupe fait ici preuve d’une maturité artistique et d’un savoir-faire qui résonnent encore aujourd’hui, comme claque encore à nos oreilles l’incroyable et mystérieux accord de George Harrison en introduction de A Hard Day’s Night, un accord qui a depuis occasionné bien du soucis à nombre de guitaristes en herbe tentant vainement de le reproduire.
François Plassat.



TRACKLIST:
A1A Hard Day's Night
A2I Should Have Known Better
A3If I Fell
A4I'm Happy Just To Dance With You
A5And I Love Her
A6Tell Me Why
A7Can't Buy Me Love
B1Any Time At All
B2I'll Cry Instead
B3Things We Said Today
B4When I Get Home
B5You Can't Do That
B6I'll Be Back







mercredi 11 février 2015

DE/Vision - Best Of




DE/VISION - BEST OF (2007)
E-Wave Records ‎- 88697022951 - (Germany)

Les Best of ne sont pas jamais vraiment les bienvenus dans nos sphères musicales, du moins dans la mienne. Ils sont soit le signe d'un groupe essoufflé cherchant à gagner du temps soit le fait d'un groupe (ou d'un label) cherchant à s'en foutre plein les fouilles à peu de frais. Avec DE/VISION, les choses sont un peu différentes. La qualité de "Subkutan" dernier album studio du groupe sorti l'an dernier et chroniqué dans ces mêmes colonnes ajouté au fait que le dernier Best of du groupe date de 1998 soit d'une époque où le groupe était musicalement bien différent font que celui-ci est le bienvenue.

Pour ceux qui n'auraient pas suivi, DE/VISION, c'est depuis dix-huit ans le groupe de Steffen Keth et Thomas Adam, deux Allemands de la région de Hanovre qui en 1988 fondèrent le groupe dans le but de faire de la musique électronique. D'abord qualifiée de "soft techno" la musique du groupe s'est au fil des années largement humanisée, à tel point que le groupe a sorti un album unplugged en 2001. Les premières années du groupes avaient déjà été compilées dans "Zehn" en 1998. C'est donc sur les huit dernières années que se penche cette compilation, reprenant dix-sept des meilleurs titres du groupe (et quatorze remixes pour ceux qui se procureront la version limitée avec CD Bonus).

Voici donc l'occasion de découvrir la machine à tubes qu'est devenu au fil des années DE/VISION. "Love will find a way", le titre inédit dont s'est fendu le groupe pour ce best-of a beau être planqué en plein milieu du CD, il n'échappera à personne d'autant qu'il comporte le travers habituel de DE/VISION: la ressemblance avec DEPECHE MODE. Si c'est beaucoup moins flagrant sur la plupart des autres titres, ça l'est assez nettement sur celui-ci qui reste quoi qu'il en soit un titre honnête qui ne dépareillera pas avec le reste de la discographie du groupe. Outre ce titre, on trouve bien sûr tous les grands classiques du groupe, des imparables ballades que sont "Heart-shaped tumor" aux titres plus typés dancefloors que sont "Drifting sideways" ou encore "Digital dream", voire même le future-poppy "The end".

Ceux qui comme moi possèdent déjà tous les albums du groupe n'y verront pas grand intérêt, si ce n'est celui d'avoir à slalomer entre les albums pour éviter les titres moyens du groupe (et il y en a tout de même quelques uns il faut bien le dire). Pour les autres ça sera l'occasion de découvrir un groupe ou de se procurer tous ses singles à peu de frais. (Sheb).



TRACKLIST:

A1Foreigner (Radio Edit)3:39
A2The End (Extended Club Mix)6:49
A3Heart-Shaped Tumor (Straight Cut Mix)5:38
A4Unputdownable (Single Edit)3:57
B1Love Will Find A Way3:43
B2Strange Affection (Album Edit)3:56
B3Drifting Sideways (Radio Cut)3:54
B4Miss You More (Radio Cut)3:37
B5I'm Not Dreaming Of You (Album Cut Version)4:44
C1Digital Dream (Analogoue At 46Hz Mix)5:49
C2Sadness (I Know Sadness Mix)7:18
C3Star-Crossed Lovers (In A Black Hole Mix)5:07
D1I'm Not Enough (Never Enough Mix)7:26
D2Subtronic (Album Version)5:22
D3Summer Sun (The Path To Salvation Is Love Mix)6:34








mardi 10 février 2015

Manic Street Preachers - Know Your Enemy




MANIC STREET PREACHERS - KNOW YOUR ENEMY (2001)
Music On Vinyl ‎- MOVLP129 - 180Gr. Reissue (Europe)


"Manic Street Preachers ? Dans le désert !" (Rires.) Voilà le genre de blagues et encore, celle-ci est plutôt d'un bon niveau qui courent depuis la nuit des temps au sujet des Manic Street Preachers dans notre beau pays.

Rarement groupe aura été ainsi au mieux ignoré, au pire vilipendé. Mais force est de reconnaître que, dans cette histoire, ils ne sont pas non plus exempts de tout reproche et qu'ils ont tendu parfois le bâton pour se faire battre. Masochistes, les Gallois ? Non, juste naïfs lorsqu'ils débarquent de leur pays natal avec une envie grosse comme ça de tout renverser sur leur passage, s'appropriant le look du Clash 77, défendant becs et ongles le (no) futur du rock alors que tout le monde s'amuse déjà à danser sur sa tombe aux rythmes d'une house débarquée d'outre-Atlantique. Entre déclarations (faussement) fracassantes "On va vendre des millions d'exemplaires de notre premier album puis nous séparer", hum... et poses abracadabrantes, entre provocations malsaines le fameux incident "4 Real" où le guitariste Richey Edwards se taillade l'avant-bras pour prouver à un journaliste suspicieux qu'il n'est pas un pantin manipulé , les Manic Street Preachers ont fini par masquer l'essentiel. Le fait qu'ils étaient avant tout un groupe plutôt doué. 

Dès Generation Terrorist, les signes avant-coureurs de leur savoir-faire en matière de composition et d'inspiration au hasard, Motorcycle Emptiness et son éternel "All we want from you/Are the kicks you've given us" étaient déjà suffisamment présents pour que l'on ait envie de suivre le parcours de ces drôles de types, seulement capables de susciter haine ou dévotion. Ce qui, soit dit en passant, est en matière de rock une qualité trop souvent oubliée... Sans être forcément de "grands" disques, God Against The Soul et The Holy Bible recelaient à nouveau suffisamment de moments forts et pertinents pour que l'on ne s'explique pas tout à fait le maigre écho suscité dans l'Hexagone. Sans parler de l'indifférence qui va accueillir un prodigieux Everything Must Go pourtant de haute volée : mélodies parfaites, arrangements intelligents, orchestration maîtrisée, tout concourait ici pour accorder au quatuor devenu trio après la disparition d'Edwards le statut de "groupe indispensable", octroyé alors à certaines formations nettement moins inspirées... 

Trois ans après This My Truth Tell Me Yours le plus long silence entre deux albums de la part du groupe , les Manic Street Preachers reviennent donc aujourd'hui. Avec un nouveau disque ahurissant, dont le premier tour de force est d'afficher une imparable cohésion dans un éclectisme de tous les instants. Si Found That Soul ouvre Know Your Enemy tambour battant avec sa basse tout droit sortie d'un inédit de Joy Division et sa puissance digne du premier album des Stooges , Ocean Spray premier texte écrit par le chanteur-guitariste James Dean Bradfield, où il évoque avec pudeur la mort de sa mère s'impose tout en délicatesse décalée, portée par une trompette amère. Entre quelques déflagrations sonores énervées l'énergique Intravenous Agnostic , le groupe professe une fois encore son amour d'une pop léchée et exubérante, contagieuse et intelligente. So Why So Sad en est l'un des exemples les plus troublants, foisonnant de trouvailles les choeurs façon Armée Rouge, l'orgue lancinant, le refrain hautement séduisant , tout comme le singulier Wattsville Blues, chanté par Nicky Wire d'une voix à mi-chemin entre "Kathryn Hepburn et Mark E Smith" (Bradfield dixit). Et lorsque le trio s'essaye à la disco, c'est avec une morgue et un brio désarmants : l'hymne à danser qu'est Miss Europa Disco Dancer métamorphose le Girls & Boys de Blur en ritournelle pataude. Entre Joy Division (The Convalescent, Royal Correspondent) et New Order (Baby Elian), les Manics ont eu le bon goût de ne pas vouloir choisir et, surtout, relègue en un tour de main toutes les tentatives des défunts Smashing Pumpkins un moment, paraît-il, plus grand groupe rock du monde au rang de faire-valoir. 

En seize chansons et autant de réussites (on allait oublier Year Of Purification, le morceau derrière lequel court REM depuis dix ans, ou Freedom Of Speech..., renforcé par la guitare de Kevin Shields), les Manic Street Preachers ont ainsi une nouvelle fois gagné haut la main le droit de se faire entendre. Il vous reste maintenant à choisir définitivement votre camp.En espérant que, cette fois, personne ne se trompera... 
(Christophe BASTERA).



TRACKLIST:

A1Found That Soul3:05
A2Ocean Spray4:11
A3Intravenous Agnostic4:02
A4So Why So Sad4:01
A5Let Robeson Sing3:46
A6The Year Of Purification3:40
A7Wattsville Blues4:29
A8Miss Europa Disco Dancer3:52
A9Dead Martyrs3:23
B1His Last Painting3:16
B2My Guernica4:56
B3The Convalescent5:54
B4Royal Correspondent3:31
B5Epicentre5:11
B6Baby Elian3:37
B7Freedom Of Speech Won't Feed My Children3:00