vendredi 10 mars 2017

No Doubt - Tragic Kingdom



No Doubt ‎– Tragic Kingdom (1995)

Interscope Records ‎– 92580-1 – Limited Edition, Reissue, Clear  – (2016)



Et voici un des plus grands succès rock des années 90. Dire que Tragic Kingdom a fait un carton est un tendre euphémisme. A quoi ça tient parfois... comme à leur habitude, les membres de No Doubt ont composé un ensemble déjanté, celui-ci étant nettement plus nerveux que les précédents. Ils y ont glissé une petite ballade bien faite et hop, ils ont fait le supertube international de la mort qui tue. Bon, il y a d'autres chansons aussi connues que « Don't speak » mais le cercle est assez restreint. Moi qui était ado en 1996, je ne compte plus les fois où je l'ai entendue. Elle passait en radio à tout bout de champ. Et pourtant je n'étais pas du tout branché sur la musique pop/rock à cette époque, je n'ai d'ailleurs pu mettre un nom là-dessus qu'en 2000, quand je me suis intéressé au groupe. Et il a suffi de ce single pour provoquer le succès de l'album, pourtant d'un abord assez délicat. Quand on lit les critiques de l'époque, on sent d'ailleurs que les gens se grattaient un peu la tête devant un tel fatras.

Et pourtant, indiscutablement, Tragic Kingdom a du sens. Pendant les quelques mois qui se sont écoulés depuis la sortie clandestine de leur deuxième album, le style a peu évolué, il est juste devenu encore un peu plus axé sur les guitares. Il s'agit donc de rock alternatif mâtiné de musique jamaïcaine (ska et reggae ), avec diverses tentations pop, le tout étant ici en moyenne assez speedé. Une différence importante cependant, Gwen Stefani a commencé à s'occuper des textes. Avant ils étaient un peu divers et variés, souvent un peu satiriques. Ici, ça tourne plus autour de l'identité féminine en plus de ce qui se rapporte à la rupture entre Gwen et le bassiste Tony Kanal. Sans rancune, ils ont quand même continué à se côtoyer dans le groupe sans problème apparent. A part ça, c'est plus éclectique que jamais, il faut dire que l'album est plutôt long, avec quatorze chansons réparties sur une heure, dont la moitié ont été des singles. Il faut avouer que dans ces conditions, il est difficile de vraiment toutes les aimer, mais en ce qui me concerne, on n'est pas loin du compte.

J'ai toujours trouvé qu'on pouvait diviser le disque en trois parties d'environ vingt minutes. La première va de « Spiderwebs » à « Different people » et oscille entre ska et rock binaire, avec plusieurs interventions de cuivres semblables à celles des premiers albums. « Spiderwebs » et « Just a girl » sont très notables et avaient d'ailleurs été les deux premiers singles de l'album, sans grand succès malheureusement. « Excuse me Mr » est presque punk mais avec un amusant passage jazzy. Alors que « Happy now » est du bon remplissage, je n'ai jamais été très convaincu par « Different people », mais je pense que c'est surtout à cause de ses paroles plutôt naïves et creuses.

La partie centrale est, à mon sens, ce que le groupe a fait de mieux. « Hey you » joue la carte des sons indiens, avec un rock beaucoup plus carré. « The climb » est un vrai délire. Un rock lent un peu rétro qui décrit une ascension. Est-ce de l'alpinisme ou une métaphore, aucune idée mais je trouve ça vraiment marrant, en particulier le refrain. Et ensuite s'enchaînent « Sixteen » et « Sunday morning », qui oscillent incroyablement facilement entre punk et reggae. Je suis vraiment bluffé à chaque fois, même en ayant écouté l'album à de nombreuses reprises. Et quand survient « Don't speak », elle s'encastre si parfaitement après les quatre autres que je sais alors que je suis en présence de vrais artistes.

Bon, la troisième partie m'emballe un rien moins. Le groupe y complète son éclectisme, avec notamment de la dance sur « You can do it » et des éléments country sur « World go round ». Les deux dernières chansons abordent un style plus dramatique. « Let's end it on this » et surtout la chanson-titre sont d'excellents numéros, plus complexes que ce qui précède, ce pourquoi ils n'avaient aucune chance d'être single, mais qui s'en soucie... A mon sens, cette fin est plutôt incroyable, on y sent la maîtrise rythmique du groupe, sans doute leur plus gros point fort.

Pour la petite histoire, Eric Stefani, le frère de Gwen, claviériste et fondateur du groupe, qui a beaucoup écrit et composé, a jeté l'éponge avant la parution de l'album, pressentant un échec de plus. Quelle erreur... et pourtant il n'est pas revenu sur sa décision, laissant ses quatre comparses partir en tournée. Une tournée qui s'est avérée monumentale... ils ont parcouru le monde pendant deux ans et demi, n'ayant pas l'occasion de vraiment travailler à du nouveau matériel avant 1999. Entre-temps, les amateurs du groupe ont eu l'occasion de se mettre la réédition du deuxième album sous la dent en 1997 mais le quatrième album n'est sorti que début 2000. Si Return of Saturn est une nouvelle réussite artistique, il présente une grosse évolution du style et une construction d'album très différente.

Tragic Kingdom restera donc un phénomène unique, un album étrange et gonflé au succès inespéré et sans véritable équivalent. Pour quelque chose d'aussi décousu, je ne parlerai pas de chef-d’œuvre, mais c'est tout comme, la densité musicale est étourdissante. Qu'on aime ou pas les mélanges des genres, ceci restera un des disques qui comptent dans l'histoire du rock, il s'agit d'un des vrais incontournables des années 90 que tout le monde connaît ou devrait connaître. (ARP2600 - FP).


TRACKLIST:

A1       Spiderwebs
A2       Excuse Me Mr.
A3       Just A Girl
A4       Happy Now?
A5       Different People
A6       Hey You
A7       The Climb

B1       Sixteen
B2       Sunday Morning
B3       Don't Speak
B4       You Can Do It
B5       World Go 'Round
B6       End It On This
B7       Tragic Kingdom









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