samedi 15 mars 2014

Queen - The Works





QUEEN - THE WORKS (1984)
EMI - 1C064 2400141 - (France)

Épuisés par le rythme infernal qu’ils se sont imposés, les membres de QUEEN sont au bord de l’implosion fin 1982 lorsque le Hot Space Tour se termine. Leur dernier opus est loin d’avoir séduit le public et Roger et Brian manifestent assez nettement leur ressentiment quant à la direction empruntée, clairement destinée à faire ce qui marche, quitte à faire une croix sur le charivari stylistique incessant qui rendait la musique de nos Anglais si intéressante. Mais la longue tournée, qui s’est admirablement déroulée, a rappelé à QUEEN combien il excellait en faisant du Rock. Les membres du groupe décident pour la première fois de prendre une année off, ce qui fera naître de premières rumeurs de séparation. Brian May en profite pour s’éclater avec Eddie Van Halen et Fred Mandel, le pianiste live de QUEEN et sort "Star Fleet Project", produit par Mack, auquel Roger Taylor apporte ses chœurs pendant que ce dernier fait fructifier sa carrière solo (dont le premier opus "Is There Fun In Space" a connu un succès d’estime) et en s’investissant dans la production d’albums en compagnie de David Richards (MAGNUM, SAMAEL) qui deviendra bientôt producteur de QUEEN.

Quand les quatre se retrouvent à la fin de l’été 83, chacun a recadré sa vision du groupe. Freddie s’en ira faire ses ritournelles Electro Dance sur son premier album solo "Mr Bad Guy" (1985), John Deacon va mettre à profit l’assurance qui est maintenant la sienne et mettre son talent au service de nouvelles compositions et Brian May retrouve la joie de faire résonner sauvagement sa Red Special. Roger Taylor lancera à ses comparses au début des sessions : « Let’s give them the works ! ». Photo des quatre protagonistes sobre en noir et blanc et titre de circonstance, "The Works" prend les allures d’un retour aux sources pour QUEEN… ou plutôt d’album-charnière. "The Works" est ambivalent car il manifeste certes un net retour aux racines Rock du groupe tout en conservant ce goût pour la Pop synthétique qui atteignait les extrêmes sur "Hot Space".

"The Works" est plus Hard que "The Game" avec des brûlots comme "Hammer To Fall" ou "Tear It Up". Cette dernière, avec sa batterie basique, fait les yeux doux à "We Will Rock You" et Freddie retrouve une agressivité vocale qu’on ne lui soupçonnait plus et que seul "Put Out The Fire" avait permis d’apprécier sur "Hot Space". Ambivalent car QUEEN est toujours autant attiré par les sonorités synthétiques à l’image de "Radio Ga-Ga" qui ouvre l’album avec boîte à rythme et synthétiseur basse. L’entente revient dans le groupe et Roger laisse son bébé entre les mains de Freddie et de leur pianiste live, Fred Mandel, le premier restructurant la chanson et mettant son nez dans les paroles, le second ajoutant une partie de piano surnageant dans le flot de claviers que comporte ce morceau qui développe des textures sonores beaucoup plus gracieuses que sur "Hot Space". Roger se charge de tous les chœurs et Brian habille le titre avec sa Red Special, proposant un solo en slide.

Ce premier single, mis en images par un très bon clip inspiré de l’univers du Metropolis de Fritz Lang est un succès lorsqu’il sort en janvier 1984, un mois avant l’album. Et il cartonne, devenant numéro un dans dix-neuf pays. Mais contrairement à "Hot Space", "Radio Ga-Ga" est à l’image d’une bonne moitié de "The Works", à savoir un Pop-Rock ultra-accessible aux arrangements soignés que l’on retrouve sur "I Want To Break Free", qui sera l’autre gros succès Pop de l’album, auréolé d’un clip où les membres du groupe n’hésiteront pas à se travestir, pastichant la série britannique « Coronation Street », s’attirant les foudres des puritains américains qui n’avaient déjà que peu apprécié "Hot Space". Toujours influencé par son manager et dans une phase provocatrice, Freddie jouera l’humour et surtout refusera d’assurer la promotion de ce titre auprès des radios américaines et se fermera par conséquent le marché. Ironie du sort, cet eldorado dont se prive QUEEN est celui que la plupart des groupes de Hard Rock de l’époque vont chercher à atteindre avec plus ou moins de succès (DEF LEPPARD, SAXON, WHITESNAKE).

L’autre facette de "The Works", c’est un retour aux sources, à savoir, piano, basse, batterie, guitare et harmonies vocales. Freddie se montre plus ambitieux dans l’exercice de la ballade avec "It’s A Hard Life" dont les arrangements et le solo soignés sont bien dans l’esprit des chefs-d’œuvre du groupe. Ce petit trésor rehaussé d’amples harmonies vocales aurait sans nul doute trouvé une place de choix sur "A Day At The Races". "Hammer To Fall" est une autre mandale, de Brian May cette fois-ci, qui prend sa revanche et ramène la guitare au premier plan. Seules quelques notes de piano de Fred Mandel viennent agrémenter le second couplet. Ici on fait parler la poudre. Les harmonies vocales de Brian May nous ramènent au bon vieux temps de "Fat Bottomed Girls" et ce titre deviendra un sommet des concerts à venir où Brian aura tout le loisir d’exécuter l’excellent solo, agrémenté d’harmoniques artificielles perçantes. Brian continuera d’ailleurs d’interpréter ce titre en solo en dehors de QUEEN tout comme "Tie Your Mother Down" qui a déjà presque dix ans et à qui elle fait indirectement écho. Les paroles, évoquant la peur nucléaire de la Guerre Froide revêtent un sens profond subtil typique du guitariste.

Arrivés à ce stade, chacun des membres du groupe a eu son hit. John Deacon continue sa moisson avec "I Want To Break Free", Freddie nous régale avec "It’s A Hard Life", pendant que Brian fait hurler les guitares sur "Hammer To Fall", en contraste avec les sonorités synthétiques bien intégrées de "Radio Ga-Ga", signée Roger Taylor. Deux sur la face A, deux sur la face B, QUEEN est enfin parvenu à équilibrer la tracklist de ses albums. Si on ne touche pas autant à la grâce sur l’ensemble de "The Works", on a tout de même affaire a du bon.

"Tear It Up", bien qu’un peu lourdingue, montre QUEEN sous un jour Heavy, qui culminera avec les extraits de la B.O. d’Highlander de l’album suivant. "Man On The Prowl", l’occasion pour Fred Mandel de s’éclater au piano, nous refait un peu le coup de "Crazy Little Thing Called Love" avec Telecaster de circonstance. Pas aussi ultime que son aînée, mais bien rafraîchissante comme instant Rock And Roll. "Machines" ne laisse pas indifférente. En général, soit on aime, soit on déteste. Cette collaboration May/Taylor tente de combiner la technologie mise à disposition (l’utilisation du Fairlight notamment) avec des guitares agressives qui tissent une ambiance de fin du monde. Un peu comme si KRAFTWERK rencontrait le U2 de la même époque. Freddie s’y montre impressionnant vocalement et Roger Taylor, qui est tombé amoureux des synthés, ressort le vocoder pour la deuxième fois (il l’utilise déjà pour certains chœurs de "Radio Ga-Ga"). "Keep Passing The Open Windows" seul témoignage d’un début de B.O. commencé par le groupe pour « L’Hôtel Du New Hampshire » est inspiré d’une expression récurrente du film. Une pièce toute Mercuryenne comme il en délivrera l’année suivante sur son album solo avec piano et chant théâtral au programme.

Et la nouveauté, c’est ce titre acoustique situé en fin d’album. "Is This The World We Created ?", collaboration Mercury/May inédite (1), finit sur une touche douce et mélancolique (malgré des paroles un peu faciles mais bien dans le ton de l’époque et habitées par le sensible Freddie) "The Works", l’album adulte de QUEEN, celui où il se recentre sur ses acquis au détriment hélas d’une certaine prise de risque artistique. Il faut dire que l’accueil timoré reçu par "Hot Space" les a vaccinés. Ne nous plaignons pas, la qualité est bien là et QUEEN a redressé le tir de belle façon en sortant clairement son meilleur opus depuis quatre ans. Comme quoi, il est parfois salvateur de prendre son temps, ce que "A Kind Of Magic" viendra confirmer. (Jeff KANJI - Metal Nightfall).



TRACKLIST:


A1. Radio Ga Ga
A2. Tear It Up
A3. It's A Hard Life
A4. Man On The Prowl

B1. Machines (Or Back To Humans)
B2. I Want To Break Free
B3. Keep Passing The Open Windows
B4. Hammer To Fall
B5. Is This The World We Created...?







mercredi 5 mars 2014

Led Zeppelin - II



LED ZEPPELIN - II (1969)
Atlantic - 921021 - (France)

Après un premier album salué et encensé (10è place des ventes aux Etats-Unis), LED ZEPPELIN alors premier représentant d’un hard rock naissant n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. Les concerts sont des succès des deux côtés de l’Atlantique et le guitariste Jimmy Page qui peut enfin dans ce projet donner libre cours à ses ambitions musicales a plus que jamais confiance en sa formule et en son équipe. Le succès est déjà là et peu après une autre tournée lors de l’année 1969, les 4 hommes sont déjà sur le pied de guerre pour l’enregistrement d’un deuxième album studio. Ne voulant pas chercher la complication, il s’intitule simplement Led Zeppelin II.

Les idées fusent dans la tête du génial Jimmy Page qui n’a pas fini de surprendre ses fans. En effet, ce Led Zeppelin II, petit frère d’un premier volet déjà entré dans le Panthéon du Rock quelques mois plus tôt confirme tout le bien qu’on pouvait penser du quatuor. Led Zeppelin II va même encore plus loin que son prédécesseur ; les racines blues sont toujours là, peut-être un poil moins évidentes qu’auparavant car ZEPPELIN pousse encore plus loin les expérimentations et le côté brut de sa musique pour accoucher d’un des sommets du genre. Véritable maître-étalon du hard rock et du heavy metal pour les années à venir (à l’instar du In Rock de DEEP PURPLE ou des 2 premiers BLACK SABBATH sortis l’année suivante), Led Zeppelin II explose ici littéralement en donnant au style ses lettres de noblesse, ses codes fondamentaux sans compter les hits indémodables.

Magicien du riff, Jimmy Page et ses amis proposent un album où la guitare est reine, servie par une assise sans faille et des musiciens au sommet de leur art. Rien qu’à se remémorer ce fantastique voyage qu’est « Whole Lotta Love », on frémit. Un riff qui restera dans les mémoires, une voix chaude, aigue et légèrement maniérée, une rythmique de mammouth et ce passage planant où surnagent le timbre de Plant et la cymbale avant qu’un solo ne nous revienne dans la gueule. An-tho-lo-gique. Les riffs, mais aussi les breaks et les effets de surprise comme sur « What Is And What Should Never Be » : un début doux où la voix de Plant nous caresse avant que la fureur de la guitare ne reprenne le dessus. Cette guitare magique qui sait se faire plus timorée, groovy (« The Lemmon Song ») ou incandescente (« Heartbreaker », « Ramble On », « Bring It On Home »), sans oublier une bonne dose de rock’n roll (« Living Loving Maid (She's Just A Woman) »). En évoquant ci-dessus la rythmique de mammouth, je pense tout naturellement à John Bonham qui signe une performance hors du commun sur le solo de batterie « Moby Dick ». Sur les autres titres, épaulé par le discret John Paul Jones, la rythmique sert de cadre aux 2 personnages principaux : le chanteur charismatique et le guitar-hero flamboyant qui se partagent le devant de la scène.

Led Zeppelin II est un disque indispensable pour comprendre les débuts du mouvement hard rock. L’ombre du Dirigeable s’étend déjà allègrement sur le monde de la rock music : LED ZEPPELIN propose ici des compositions beaucoup plus personnelles que sur le premier opus et devient un monstre sacré du Rock avec qui il faudra compter. Un succès fulgurant qui se traduira aussi par les rumeurs et histoires dont le groupe sera affublé ensuite (pacte de Jimmy Page avec le diable – le guitariste a de plus reconnu avoir étudié la magie noire et posséder une collection de livres consacrés à Aleister Crowley -, orgies diverses des musiciens avec des groupies, sacages de chambres d’hotel) … la légende sulfureuse de LED ZEPPELIN est en route. Led Zeppelin II eut un gros impact artistique, un gros impact commercial également dû à la musique mais aussi au charisme des musiciens. L’ascension du groupe semble irrésistible : plus loin, plus haut, plus fort semblait être la voie choisie par les 4 hommes en cette année 1969. Le nouvel album prévu pour 1970 allait pourtant en surprendre plus d’un et démontrer que LED ZEPPELIN n’était pas seulement un groupe de « hard rock » mais surtout un combo qui savait s’accaparer d’autres influences pour créer une musique riche, inventive et émotionnelle. (Powersylv).




TRACKLIST:


A1Whole Lotta Love5:33
A2What Is And What Should Never Be4:47
A3The Lemon Song6:20
A4Thank You3:50
B1Heartbreaker4:15
B2Living Loving Maid2:40
B3Ramble On4:33
B4Moby Dick4:25
B5Bring It On Home4:19






Rita Mitsouko - Rita Mitsouko




RITA MITSOUKO - RITA MITSOUKO (1984)
Virgin - 70238 - (France)

Ce disque des Rita Mitsouko, leur premier, est innovatif, original, innocent and sans pretentions. Dans le contexte de la musique pop francaise de debut des annees 80, ce disque etait tout a fait a part, et un souffle de liberte et d'aventure musicale. Ce qui est interessant d'entendre sur ce disque et l'exploration en cours, alors que les Rita decouvrent leur identite musicale. Les chansons de ce premier disque ont beaucoup de valeur, et comme preuve, les Rita ont repris certaines d'elles plus tard sur leurs autres disques. Meme plus de 20 ans plus tard, je crois que la musique de cette album n'a pas vieilli. C'est un son que s'est place en dehors du temps, en dehors des modes, et qui pour moi est reste eternel. C'est un des grands classique de la musique alternative francaise. (Dzintar).



TRACKLIST:


A1Restez Avec Moi4:07
A2Jalousie4:25
A3Le Futur N°43:30
A4La Fille Venue Du Froid6:55
B1Yaktagan3:23
B2In My Tea2:56
B3Marcia Baïla5:30
B4Oum Khalsoum4:05
B5Amnésie2:55





mardi 4 mars 2014

Marillion - Real To Real



MARILLION - REAL TO REAL (1984)
EMI - 2603031 - (France)

Real To Reel n’a jamais été un live très apprécié dans l’histoire du MARILLION. Bizarrement, c’est grâce à lui que Fish et sa bande vont se faire connaître en Europe, avant la consécration mondiale de Misplaced Childhood un an plus tard. Mais revenons un peu en arrière si vous le voulez bien. En 1984, MARILLION a déjà sorti deux albums, Script for a Jester’s Tear, très influencé par le rock progressif des 70’s et accessoirement album-référence du néo-prog, et Fugazi, disque dans la continuité du premier mais aux sonorités plus hard rock. Oui, en 1984, MARILLION pouvait se classer dans la catégorie « groupe de hard rock ». Du hard rock gentillet bien entendu, pas de quoi rivaliser avec DEEP PURPLE et les autres chevelus, mais l’esprit était bel et bien là : une musique agressive cependant construite sur des bases progressives.

Real to Reel s’inscrit bien dans cette courte époque hard du groupe anglais, qui nous fournit ici une prestation époustouflante et survoltée. Fini les petites fioritures de studio, MARILLION se fait plus direct, sans pour autant laisser de côté le caractère émouvant de sa musique. Le live contient de grands moments d’une beauté larmoyante, en particulier le diptyque « Incubus »/« Cinderella Search ». Les claviers de Kelly y installent une ambiance théâtrale et dramatique, tandis que Rothery nous transportent par ses soli magnifiques. Ce dernier opte d’ailleurs tout au long de l’album pour un son résolument plus corrosif, délaissant quelque peu la clarté des ses compositions, sans pour autant gâcher l’ensemble. Au contraire, MARILLION change, évolue. Tout le live est d’ailleurs placé sous le signe de l’extrême : « Assassing » se fait plus entraînante que jamais, « Emerald Lies » délaisse ses nappes de claviers grandiloquentes pour sombrer dans une mélancolie violente tandis que le tandem « Garden Party »/« Market Square Heroes » clôturent la représentation sur un ton des plus enjoués, bien loin de l’aspect balourd des morceaux originaux.

Le sommet du disque reste pour moi « Forgotten Sons », que le groupe interprète avec une ardeur de folie. Ses parties rythmiques, complètement ratées sur Script for a Jester’s Tear, sont complètement revisitées, ainsi que son long passage instrumental, ravageur et bien plus évocateur que sur l’original (la référence à la guerre est alors flagrante). Le public est d’ailleurs scotché par la prestation du groupe, qui enfonce le clou en rajoutant un nouveau couplet, complétement inédit. Fish est impressionnant, en complète immersion durant tout le live. Il hurle, gueule comme jamais, mais sait aussi dramatiser et transcender ses textes. On pourrait presque le voir suer en l’entendant chanter… ou bien lui reprocher qu’il en fait trop, comme beaucoup de puristes l’ont fait auparavant. Fanatique inconditionnel de l’Ecossais, j’aurai plutôt tendance à l’applaudir, mais je comprends parfaitement que son omniprésence peut agacer.

Real to Reel est également le premier disque de MARILLION où on peut dire que le groupe est enfin doté d’un batteur digne de ce nom, en la personne de Ian Mosley. Sur Fugazi, il n’avait hélas pas fait plus d’étincelles que le catastrophique Mike Pointer, et restait assez timide niveau technique. Force est de constater qu’ici c’est tout à fait le contraire, il nous dévoile enfin toute son habileté derrière ses fûts, et forme alors un duo redoutable avec la basse de Pete Trewavas.

La seule chose qui puisse déranger sur Real to Reel, c’est que l’on très loin de la clarté de son des autres live, dont la qualité fera d’ailleurs la renommée du groupe. Cependant, je pense que ce disque est à prendre tel quel, encore rougi par le feu. On notera par ailleurs que les morceaux les plus « posés » ont été soigneusement laissé de côté, pour ne retenir que les plus énergiques, d’où la saveur brûlante du live. En guise de conclusion, si Real to Reel reste un live assez unique dans la carrière de MARILLION, et qu’il n’est certainement pas susceptible de charmer tout le monde, il reste à mes yeux un très bon moment, à consommer sans modération. (Jovial - FP).


TRACKLIST:


A1Assassing7:28
A2Incubus8:37
A3Cinderella Search5:27
B1Forgotten Sons10:46
B2Garden Party6:03
B3Market Square Heroes6:49






jeudi 27 février 2014

Asia - Asia



ASIA - ASIA (1982)
Geffen - 85577 - (Netherland)

Le mot « Asia » (dans le registre musical) vous évoque-t-il quelque chose ? Non ? C’est en réalité assez normal, puisqu’il s’agit d’un groupe de Rock assez méconnu, formé en 1981 par des artistes issus de plusieurs groupes de bonne réputation dans les années 70, à savoir : Yes, ELP et King Crimson. Pourquoi méconnu alors ? Parce que si les deux premiers albums d’Asia eurent un immense succès au début des années 80, ce ne fut pas le cas du troisième (et des suivants), ce qui contribua à faire tomber définitivement les britanniques dans l’oubli. Le groupe existe cependant toujours et a sorti son dernier album « Phoenix » récemment, sur lequel je ne me suis pas penché, pour être honnête ; puisqu’à mon sens (et à celui de tous les fans), aucun effort des rockeurs n’a réussi et ne réussira à surpasser leur premier disque, l’album éponyme « Asia ».

L’adoration que les fans portent à cette galette est due au style du groupe. Du Rock FM frais, simple, léger et surtout extrêmement agréable. En effet, l’album oscille entre de véritables hymnes Rock, des moments de douceur incomparables et des passages Hard FM tout à fait jouissifs, le tout renforcé par des envolées épiques et des instrumentaux mélodiques et dansants, agrémentés de claviers divins (bon, ce n’est pas sans quelques exagérations). On appréciera aussi la diversité des instruments utilisés : de la trompette à l’orgue, en passant par le saxophone, etc...

Si cette chronique élogieuse vous donne envie de jeter une oreille sur « Asia », vous serez frappés à coup sûr par la modernité de la musique, qui n’a pas vieilli d’un cheveu ! Bientôt 30 ans après sa parution, l’album procure toujours la même satisfaction à l’écoute. Un bonheur transmis grâce à tous les ingrédients cités précédemment, mais aussi et surtout grâce à un interprète exceptionnel : j’ai nommé John Wetton, qui se montre magistral tout au long de l’album, par sa voix douce, fraîche et parfaitement maîtrisée, renforcée sur la plupart des refrains par des chœurs qui donneront une dimension profonde à chaque pièce.

L’album (pour s’y intéresser de plus près) s’ouvre logiquement sur « Heat Of The Moment », le hit d’Asia, qui avait rencontré un immense succès lors de sa sortie. Un succès finalement assez étonnant puisque « Heat Of The Moment » est la chanson du disque qui a le moins de carrure, le moins de prestance. Oui, malgré un couplet assez enjoué et un refrain tubesque porté par quelques notes de synthé, cette chanson n’est qu’un single gentillet et dispensable.

Tous les autres morceaux en revanche, ont plus d’ambition. Aucun d’entre eux ne fait moins de 4 minutes, et ils sont tous dotés de parties instrumentales inspirées et variées. On pourra citer en exemple le classique « Sole Survivor », porté par l’omniprésence du clavier qui donne au morceau son ton aérien. On notera la présence d’un break fort bien fait qui alterne flûte enchanteresse et solo guitare/clavier…
Chaque morceau a une caractéristique qui lui est propre, la lassitude ne pointe donc jamais le bout de son nez, et nous laisse profiter des mélodies imparables et des qualités indéniables de chaque composition. Par exemple, le morceau « Time Again » possède un feeling évident qui le fait se démarquer. « Cutting It Fine », titre qui se présente comme entraînant et accrocheur, débouche sans crier garde sur une longue partie instrumentale entamée par un piano intimiste, puis renforcée par une orchestration élégante et virtuose. Un moment épique et solennel ; du pur bonheur ! L’album se ferme sur « Here Comes The Feeling », un hymne Rock efficace, au refrain bien fédérateur.
Niveau ballades, on appréciera « Without You », une petite perle de douceur, où chaque instrument est mis en valeur avec une finesse remarquable. Le titre « One Step Closer » est cependant très en-dessous du niveau général, parce qu’il se révèle vite assez agaçant.

Cet écart pardonnable sera éclipsé par la présence de deux chefs-d’œuvres, deux titres majeurs de l’album et du groupe. Je pense d’abord au fameux « Only Time Will Tell », qui sonne comme un rêve, à travers une intro épique aux trompettes synthétiques, un air charmant et un refrain grandiose appuyé par des chœurs solides. La perfection sera de nouveau frôlée plus tard dans l’album par le morceau « Wildest Dreams », qui fera apparaître le talent de composition du groupe dans toute sa splendeur. Un morceau magistral.

Dans ces conditions, comment ne pas offrir à « Asia » la note maximale ? Comment ne pas céder aux britanniques une place dans le panthéon des grands groupes des années 80 ? C’est tout simplement impensable…

« Asia » est un chef d’œuvre, une référence du genre, un grand disque mais surtout la manifestation d’une grandeur qu’Asia ne parviendra jamais à retrouver, mais qui ouvrira au groupe les portes de la cour des grands du Rock, atteinte grâce à un talent et une modernité uniques. (Kid66 - FP).


TRACKLIST:

A1Heat Of The Moment3:50
A2Only Time Will Tell4:44
A3Sole Survivor4:48
A4One Step Closer4:16
A5Time Again4:45
B1Wildest Dreams5:10
B2Without You5:04
B3Cutting It Fine5:35
B4Here Comes The Feeling5:42







Ultravox - Vienna



ULTRAVOX - VIENNA (1980)
Chrysalis - CHR1296 - (France)

L'arrivée du maniéré Midge Ure, excellent musicien, allait changer la donne chez Ultravox, qui allait dès lors entrer de plein pied dans les années 80 en étant tout simplement l'un des principaux instigateurs du son de cette décennie.

Sur la pochette, en noir et blanc, on peut voir les membres du groupe en costard, prendrent une pose statufiée. On est loin, très loin, de l'esprit punk des débuts. Sur Vienna, ce groupe anglais en tout point novateur, allait prendre une direction nouvelle pour s'orienter vers une abstraction de plus ou plus tournée vers le synthétique, de manière à déployer un univers glacé, glamour et volontairement lisse.

La perfection instrumentale (et surtout celle du son et de la production, pour une fois travaillée) se met au service d'un refus du chaos et d'une volonté de dépeindre au mieux une certaine lassitude devant les efforts déployés à vouloir changer le monde. C'est un détour du réel et de la gravité qui lui est lié, qui poussera Ultravox à adopter une démarche volontairement dévolue à épouser au mieux leur élan poétique et réveur. 

Les guitares, tranchantes et cosmiques, s'associent à des claviers omniprésents, et qui ont beaucoup vieillis, et une rythmique carrée, dans le but de recréer un monde totalement artificiel, derrière lequel les êtres trop sensibles pourraient se retrancher. Par moment, les délires kitchs semblent ridicules (l'instrumental "Astradyne" ou "Sleepwalk"), à d'autres une enivrante sensation de douceur artificielle et d'évasion envahit l'écoute ("Mr X", absolument robotique et saisissant). Le lyrisme est poussé à son paroxysme, sublimant l'imagerie associé au mouvement néo-romantique (Duran Duran, Spandeau Ballet), dont Ultravox se faisait alors les principaux hérauts. 

L'image et l'apparence seront primordiaux dans l'esprit de ce mouvement, notamment pour dénoncer la violence du monde, et pour la détourner en se complaisant dans un univers chimérique, rempli de magnifiscences déshumanisées. Le look sera soigné, recréant des sortes de beautés de papier glacé, costard blanc, mascara, broshing et air efféminé, seront de rigueur. La tristesse de ne jamais arriver à cette perfection de monde-machine, vaudra au groupe de signer les plus belles dépositions romantiques de l'époque, à savoir le piano de "Private Lines" ou bien le magnifique "Western Promise", et ses langueurs arabisantes, à base de samples électroniques.

Mais là, où certainement, le groupe arrive le mieux à sublimer cette douce et destabilisante tristesse qui caractérise tout romantique, lorsqu'il mesure le fossé qui le sépare de ses idéaux innacessibles, c'est au cours de la chanson "Vienna", prenant, magnifique, pièce maîtresse de l'album, avec ses coups sourds, à la batterie comme à la basse, jouée comme s'il s'agissait d'une boite à rythme, appuyés par un piano ténébreux, jusqu'à l'éclosion de ce refrain déchirant où tout le despespoir explose.

Epoustouflant. Vienna, est une curiosité à redécouvrir, d'une part pour ce qu'il symbolise, dans l'époque et l'emphase pompier que pouvaient atteindre certains groupes des années 80, et d'autre part pour sa quête éperdue d'une esthétique qu'on ne retrouvera jamais. (Vic).



TRACKLIST:


A1Astradyne7:07
A2New Europeans4:00
A3Private Lives4:06
A4Passing Strangers3:49
A5Sleepwalk3:10
B1Mr. X6:33
B2Western Promise5:44
B3Vienna4:52
B4All Stood Still4:23







dimanche 23 février 2014

H.F. Thiéfaine - Dernières Balises Avant Mutation



H.F. THIEFAINE - DERNIERES BALISES AVANT MUTATION (1981)
Masq/Sterne - STE 26515 - (France)


Ce disque, fait l'effet d'une bombe. Surtout si on découvre les albums d'Hubert-Félix Thiéfaine par ordre chronologique. En effet, le disque précédent du Jurassien (il est né à Dôle), De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ?, est si différent (les deux précédents aussi, car Dernières Balises (Avant Mutation) est son quatrième) qu'on se demande si c'est bien le même mec qui est l'auteur de tous ces disques. Avec Dernières Balises (Avant Mutation), HFT pose définitivement les bases de son univers. A l'évidence, c'est l'album précédent qui aurait du s'appeler ainsi, tant il posait les dernières balises avant la mutation musicale (mais physique aussi, car Thiéfaine s'est coupé les tifs et la moustache, et il ne changera plus de look dès lors) du chanteur.


Ici, c'est pop, rock, rempli de classiques, en 37 minutes seulement. L'album se vendra super bien (le suivant aussi), mais je ne suis pas certain que des singles sortiront pour autant. C'est l'heure de gloire commerciale de Thiéfaine, qui sortira l'année suivante un disque du même tonneau (Soleil Cherche Futur, qui est même supérieur) et, encore un an plus tard, un double live anthologique. Mais revenons à l'album de 1981, sorti sous une pochette représentant une petite fille craquante, en train de fumer, une bouteille d'alcool fort non loin d'elle, dans un décor de favela immonde, et en tenue de prostip*te (au dos, une autre fille, ou la même car elle lui ressemble, en tenue de fée asiatique, tenant un coeur sanguinolent dans ses petites mains, une seringue plantée dedans ; ambiance !).


L'album est terriblement attachant, il offre de pures merveilles. Comment résister à l'intro de "113ème Cigarette Sans Dormir", qui est aussi l'intro de l'album par ailleurs (ben oui, regardez le tracklisting plus bas) ? Ces paroles engagées, assez grandioses, parfois choquantes (Manipulez-vous dans la haine/Dépeçez-vous dans la joie/Le crapaud qui gueulait 'je t'aime'/A fini planté sur une croix). Niveau vocal, Thiéfaine a trouvé, aussi, ses bases. Il chante mieux. Et musicalement, c'est Byzance, Shangri-La, Eldorado, tout ce que vous voulez (non pas que, musicalement, les précédents albums étaient, pour réutiliser la métaphore géographique, Saint-Locdu-le-Vieux ou la Pologne, mais c'est vraiment différent, et meilleur). Autres classiques, "Mathématiques Souterraines", le sexuel "Cabaret Sainte Lilith" (immédiatement précédé d'un "Scènes De Panique Tranquille" angoissant et amusant qui ouvrait la face B), "Exil Sur Planète-Fantôme" ou le bluesy "Taxiphonant D'Un Pack De Kro".


Les titres des chansons sont, encore une fois, alambiqués ("Taxiphonant D'Un Pack De Kro" est un bon jeu de mots, mais la précision du nombre de cigarettes sans dormir pour le titre de la première chanson est franchement assez ridicule et tordu). Mais il faut prendre l'habitude, ça sera toujours comme ça avec Thiéfaine, un mec à l'univers assez particulier, personnel. Si certaines des paroles de "Une Fille Au Rhésus Négatif" me gênent (il y est question de nazisme, les bébés tombent du lit en lisant Mein Kampf, sans parler du refrain, où il est question d'un bébé s'ouvrant les veines, bof), musicalement, c'est encore une fois réussi.


Dans l'ensemble, cet album est une pure merveille, même si les deux suivants (Soleil Cherche Futur et le sombre et cold-wave Alambic/Sortie Sud) sont supérieur. Mais Dernières Balises (Avant Mutation) a quand même une bonne place dans le classement des meilleurs albums français de ces 40 dernières années, et ça, c'est pas rien ! (Clash Doherty - Deep Music).



TRACKLIST:

A1. 113ème Cigarette Sans Dormir
A2. Narcisse 81
A3. Mathématiques Souterraines
A4. Taxiphonant D'Un Pack De Kro

B1. Scènes De Panique Tranquille
B2. Cabaret Sainte-Lilith
B3. Photographie-Tendresse
B4. Une Fille Au Rhésus Négatif
B5. Exil Sur Planète-Fantôme
B6. Redescente Climatisée