jeudi 22 février 2018

Genesis - Duke



Genesis ‎– Duke
Rhino Records ‎– R1 188412 – Limited Edition, Remastered, 180 Gram
US 28 Apr 2015


And Then They Were Three... annonçait la couleur, il fallait désormais compter sur un véritable "pop-band". Cet album n'était pas si mauvais que ça en fin de compte, il avait une ambiance, une âme, il contenait même quelques morceaux magnifiques, épris de mélancolie. Seulement, il était terriblement mal agencé, avec une alternance "un rock - une ballade - un rock - une ballade" le rendant indigeste, pénible à écouter en entier et des fautes de goût qui ont largement contribué à sa mauvaise réputation. Genesis n'était pas le seul groupe progressif à avoir simplifié sa musique en 1978, Yes, Emerson Lake And Palmer et même Magma l'avaient fait aussi (sur Tormato, Love Beach et Attahk). L'évolution technologique des claviers était déjà en marche, préparant le terrain avant la décennie 80.

Curieusement, Genesis redresse la barre en 1980 avec Duke, un album servant de passerelle entre passé et avenir, entre les expériences progressives de retour et le style pop-rock tel qu'il se présentera sur les albums suivants. De ce fait, Duke est un peu à part dans la discographie de Genesis, toute sa richesse vient de ce mélange pop-prog unique, un peu comme Yes l'avait fait sur Drama. Dans les deux cas, cet exploit ne sera jamais réédité ce qui est bien dommage, il aurait été préférable de poursuivre sur cette voix, enfin c'est un autre débat !

D'emblée, la production apparaît tout de suite moderne, ce qui n'était pas vraiment le cas de celle d'And Then They Were Three..., et même si elle a un peu vieilli aujourd'hui, elle traduit bien la volonté de Genesis de se mettre à la page comme on dit. Tony Banks domine l'espace sonore et Mike Rutherford est discret à la guitare, une fois n'est pas coutume. Et Phil Collins est enfin devenu un chanteur à part entière, avec sa voix qui a acquis plus de force et de caractère, loin de la mollesse d'A Trick Of The Tail et Wind & Wuthering à l'époque où il était encore dans l'ombre de Peter Gabriel.

Duke est assez difficile à cerner au premier abord, la faute à quelques baisses de régimes dissimulées ici et là, et surtout sur la seconde face. Quelques résidus de la période And Then They Were Three... subsistent, on se serait bien passé d'une ballade comme Alone Tonight, de même que le refrain de Man Of Our Times s'inscrit dans ce registre larmoyant. Cul-De-Sac n'est pas non plus un chef-d'oeuvre à proprement parler, typiquement Banksien dans sa construction avec les claviers.

A côté de ça, on a du grand Genesis, toujours ambitieux, même à trois : si l'emblématique Turn It On Again est assez simple, direct et rock comme le sera la suite de leur carrière, ce morceau n'est rien à côté des sommets d'émotion que constituent les ballades Please Don't Ask (oui, on est encore dans le style And Then They Were Three...) et Heathaze (superbe basse !), et bien entendu l'introduction et le final, tous deux dans une veine progressive évoquant un passé désormais lointain (Behind The Lines, Duchess, l'instrumental Duke's Travels/Duke's End qui reprend au passage quelques thèmes de l'album, pour un résultat encore meilleur que Los Endos), sans oublier l'excellent single Misunderstanding, le premier... non en fait le deuxième si on inclue le minable Follow You, Follow Me d'une longue série de hits souvent réussis pour le Genesis des années 80, il faut bien avouer qu'ils seront très forts à ce jeu là.
Vous l'aurez compris, Duke est un des meilleurs albums de Genesis avec Phil Collins, voire toutes périodes confondues, malgré quelques lourdeurs, la faute à un précédent album dont le souvenir est parfois pesant. Mais pour une fois qu'un album avec Phil Collins fait l'unanimité, satisfaisant à la fois les vieux fans comme ceux arrivés sur le tard, on ne va pas s'en plaindre. (David – FP).






TRACKLIST :

A1       Behind The Lines
A2       Duchess
A3       Guide Vocal
A4       Man Of Our Times
A5       Misunderstanding
A6       Heathaze
B1       Turn It On Again
B2       Alone Tonight
B3       Cul-De-Sac
B4       Please Don't Ask
B5       Duke's Travels
B6       Duke's End




mercredi 21 février 2018

Trisomie 21 - Elegance Never Dies.





Trisomie 21 ‎– Elegance Never Dies
Chromo Music Production ‎– CMP 005 – France – 2017


Ce groupe m’a marqué depuis que je l’ai découvert, à la fin des années 80, avec l’album « Million lights ». Ça ne ressemblait à rien de connu pour mon oreille. Une structure étrange pour un album, mélange de chansons, de musiques et d’ambiances qui m’avaient dérouté. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un groupe, d’une B.O.F ou d’une autre expérience musicale. Plus tard, j’ai appris que Trisomie 21 était « né » à quelques kilomètres de chez moi. C’est à Denain qu’Hervé et Philippe Lomprez ont édité leurs premiers morceaux en 1981 et ont conquis le public Nord Européen avec une musique froide illustrant le climat social, économique, industriel et culturel de l’époque.

Vite devenu fan, je me suis procuré tout ce qu’ils avaient produit jusqu’alors. Leur musique, certes classée dans la New Wave-Cold Wave, ne répondait à aucun code du genre. Différente à chaque album tout en gardant une même empreinte, inspirant des choses étranges, des ambiances, des images…un senti et ressenti encore plus vrai lors de la sortie de « Plays the Pictures », un album presque entièrement musical…

J’ai suivi leur parcours, d’album en album, jusqu’en 1997 avec la sortie du magnifique « Gohohako »…. Puis, le groupe se fit silencieux jusqu’en 2004 avec la sortie de « Happy Mystery Child » et une approche singulière de la musique électro et le très bon « Black Label » en 2009 où le groupe se plut à prendre un virage rock. De mon côté, je ne ressentais plus l’émotion qui me liait à leur musique…

Lorsque j’ai appris que Trisomie21 sortait un nouvel album, je me suis tenté à l’acheter, n’ayant pu résister à la tentation de m’offrir ce 11ème opus enregistré dans le plus grand secret ! Le titre de cette oeuvre, « Elegance Never Dies », y est sûrement pour quelque chose avec l’espoir aussi de retrouver le ressenti souvenir, qui semblait ne pas s’être effacé totalement. 20 ans après, je retrouve le Trisomie 21 que j’aimais tant ! « Elegance Never Dies » repart là ou s’était arrêté « Gohohako ».



Le premier titre « Where Men Sit » ouvre l’album de manière sobre et puissante. La flamme s’est vraiment ranimée avec le deuxième titre « Our Trip ». Les sons, les ambiances délicates, flottantes, aériennes me rappellent les belles émotions passées. Puis, la suite offre de magnifiques surprises : des intro sublimes, « Something Else », le retour du mythique « Is Anybody Home ? » dans sa 5ème version déclinée en une version chant et une autre instrumentale, « During All These Years » et son intensité musicale très cinématique, « Alice », à placer dans le top 10 de leur carrière. Chaque titre suscite de belles humeurs, délicates, intenses.  « Elegance Never Die » est un condensé miraculeux de l’univers de Trisomie 21. J’y retrouve chaque période du groupe, des clins d’œil, des émotions, de la délicatesse et de la force. Tout y est sans que cela ne sente le réchauffé et il est clair que l’Elégance ne meurt jamais, elle est bien au rendez-vous, intemporelle et pleine d’avenir. Une merveille à écouter en boucle. (Chroniqueur : Vincent Vince Picozine)





TRACKLIST

A1       Where Men Sit        
A2       Our Trip        
A3       No Man Can Imagine        
A4       Something Else      
A5       Is Anybody Home? (Part 5)          
B1       During All These Years    
B2       Over The Noisy Keys        
B3       Rebirth         
B4       Tender Now 
B5       Alice  
B6       Is Anybody Home? (Part 5 Instrumental)






jeudi 15 février 2018

The Jesus And Mary Chains - Psychocandy


The Jesus And Mary Chain ‎– Psychocandy
Blanco Y Negro ‎–  BYN 7, UK & Europe Nov ‎–  1985



Psychocandy n’est pas seulement un disque culte: c’est un disque clé. Un disque qui permet de comprendre toute une scène, et même peut être deux. La scène no-wave et le shoegaze.
La première, pour son goût immodéré pour les distorsions de guitare et une recherche sonore qui s’éloigne sur les terres obscures de la noise. La seconde, pour cet aspect rêveur, hypnotique, souvent mélancolique et parfois dépressif.

Les JESUS AND MARY CHAINS représentent cette idée de mélanger la douceur et la rugosité que peut produire la musique. La noise pop qu’on appelle ce style ? C’est tout à fait ça. Fusionner le beau et le laid pour le meilleur des résultats.
L’idée n’est pas neuve mais elle n’a jamais était poussée aussi loin. Le VELVET UNDERGROUND faisait cohabiter sur un même album ses sucreries pop et ses dérives bruitistes, mais à aucun moment elles ne se retrouvaient sur un même morceau.
Les frères Reid s’appliquent à le faire ici et posent par la même occasion les bases du shoegaze.
MY BLOODY VALENTINE n’existerait pas sans eux, avec son spleen et son mur de son.

La musique reste tout de même bien plus brute que les enfants qu’elle engendrera plus tard. Les guitares hurlent et n’hésitent pas à accoucher de larsens à faire fuir l’auditeur lambda à moins d’être rompu au noise rock le plus cru.
Il s’agit d’un album extrême qui ne plaira qu’à quelques initiés alors ? Pas vraiment, puisque les mélodies sont présentes. La bande tisse des morceaux pop saupoudrés d’attaques noises aptes à faire grimacer les moins courageux. Des mélodies sucrée que n’aurait pas renié un Lou REED, avec ce côté dépressif typique de la cold wave et ce minimalisme propre au post punk.
Ce sont justement les seuls liens qu’entretient le groupe avec son époque : les années 1980.

Alors qu’on reproche à cette décennie ses synthétiseurs, ses productions froides et clinquantes. Cette joyeuse troupe va totalement dans le sens opposé avec un disque mal produit et dissonant. En réalité, c’est de l’ignorance pure et simple. Ceux qui croient que le groupe était un cas particulier dans le paysage musical de l’époque n’ont sûrement pas jeté un regard en dehors du top 50.
Cette décennie possédait pourtant un underground vivace et très éloigné d’un DURAN DURAN ou encore de MADONNA. SONIC YOUTH et les SWANS, cela ne vous dit rien ?
Des préjugés qui ont encore cours aujourd’hui et c’est bien malheureux, puisque que ce sont ces groupes qui vont forger le son des années 1990… Et qui inspira les années 2000 aussi.

Mais pour Psychocandy, la recette est simple : du sucre et du sel pour aboutir à un mélange délicieux et pourtant contre nature sur le papier (le titre de l'album n'est-il pas déjà explicite à ce sujet ?). C’est cette raison qui pousse ce disque vers le haut, et en fait une des plus grande réussite de cette décennie.

Les oreilles chastes devront s’abstenir. Quand aux plus sceptiques, je leur recommanderais d’écouter la ballade « Just Like Honey » pour montrer le talent de ces mélodistes hors pairs. Et « In A Hole », pour ceux qui sont à la recherche de sensations fortes.

Psychocandy, un album ambigu et c’est pour ça qu’il est si bon. Attention ! Protégez-vous les oreilles, les larsens arrivent ! (SEIJITSU –FP).




TRACKLIST :


A1       Just Like Honey     
A2       The Living End       
A3       Taste The Floor
A4       The Hardest Walk
A5       Cut Dead
A6       In A Hole
A7       Taste Of Cindy
B1       Never Understand
B2       Inside Me
B3       Sowing Seeds
B4       My Little Underground
B5       You Trip Me Up
B6       Something's Wrong    
B7       It's So Hard   






dimanche 21 janvier 2018

Dexys Midnight Runners – Too-Rye-Ay


Kevin Rowland & Dexys Midnight Runners ‎– Too-Rye-Ay
Mercury ‎– MERS 5 – LP – UK - 1982


Retour vers le futur. Direction août 1982. Je n’étais pas bien grand. A peu de choses près, le même âge que mon fils aujourd’hui. A l’observer, j’imagine que je devais, comme lui, gambader allègrement en couche-culotte, croquer le monde avec un solide appétit, jouer beaucoup, pleurer un peu, rire, être heureux, curieux, insouciant, m’endormir comme un bienheureux sur la routes des vacances, à l’arrière de la Simca 1100 rouge de mes parents. A défaut de pouvoir s’offrir une Ferrari, mon père tenait absolument à ce que sa voiture soit rouge. Ça roule plus vite, disait-il. Au Nord, c’était Les Corons. Henry Fonda et Ingrid Bergman cassaient leur pipe pendant que Daniel Balavoine chantait Vivre ou Survivre. Le Père Noël est une ordure débarquait sur les écrans de cinéma sans se soucier de la saison. Monsieur Spok montrait le bout de ses oreilles sur les téléviseurs. Sony et Philips inventaient le CD audio sans savoir que les enfants d’alors s’accrocheraient encore trente ans plus tard aux antiques 33 Tours. Je n’ ai pas la moindre idée de ce que mes parents écoutaient cet été-là. Mais si je pouvais vraiment voyager dans le temps, autrement qu’en caractères d’imprimerie, je leur dirais de farfouiller un peu chez le disquaire du coin et d’aller dénicher d’urgence un disque extraordinaire: Too-Rye-Ay des Dexys Midnight Runners.

J’en vois déjà venir certains avec leurs gros sabots. Pourquoi nous rebattre les oreilles avec ton vieux vinyle rayé alors que Dexys, désormais amputé de ses coureurs nocturnes, vient de sortir un nouvel album tout beau, tout neuf, après tant d’années de (quasi)-silence? Mettons tout de suite un terme à cette polémique stérile et faisons frémir d’horreur ceux qui trouvent que mes avis sont généralement trop tranchés. Si les trois albums originaux de la bande à Kevin Rowland avaient au moins trente ans d’avance sur la musique, leur nouvelle livraison m’a tout l’air d’en avoir trente de retard. Je ne m’explique d’ailleurs pas les relatives bonnes critiques dont jouit le pâlichon One Day I’m going to Soar autrement que par le plaisir des journalistes à voir Rowland sortir enfin de sa réclusion. Ou peut-être par la crainte que leur inspire cet artiste réputé caractériel. Quoi qu’il en soit, la chose, bien falote à mes oreilles, n’arrive à la cheville d’aucun des trois chefs-d’œuvre offerts par le groupe dans la première moitié des années 80. Un conseil à ceux qui étaient encore moins nés que moi à l’époque, ne vous laissez pas endormir par cette récente escapade en dehors de la maison de retraite. Voyagez vous aussi dans le temps et découvrez Searching For The Young Soul Rebels, Too-Rye-Ay et Don’t Stand Me Down, trois albums indispensables. Je reviendrai peut-être un jour sur les deux autres mais, pour l’instant, attardons-nous, si vous le voulez bien, sur Too-Rye-Ay.  Alors que Rowland s’est brouillé avec une bonne partie des membres du groupe, il revient deux ans après Searching For The Young Soul Rebels à la tête d’un tout nouveau line-up. Si ce nouvel opus garde intacte l’énergie héritée des débuts punk de Rowland et consorts, il se caractérise surtout par un mélange inédit de rock, de soul et de musique celtique. Cocktail détonnant qu’illustrent parfaitement le premier titre du disque, The Celtic Soul Brothers et le recrutement de la violoniste Helen O’Hara. La production, très soignée, confère au disque un son intense, volontairement proche du live. La voix unique et facilement reconnaissable de Rowland fait des merveilles. L’album, porté par le succès du single Come on Eileen, qui atteint la première place des charts au Royaume-Uni et aux États-Unis, apporte une consécration méritée à Rowland et les siens. Et peut-être aussi les tourments d’une célébrité difficile à supporter pour cet individu aussi fragile que génial. En 1985, Don’t Stand Me Down sera le chant du cygne de Dexys Midnight Runners avant leur récent retour au premier plan. Nous verrons dans trente ans ce que l’Histoire en aura retenu… (Cédric QUENIART).



TRACKLIST :

A1       The Celtic Soul Brothers
A2       Let's Make This Precious
A3       All In All (This One Last Wild Waltz)
A4       Jackie Wilson Said (I'm In Heaven When You Smile)
A5       Old

B1       Plan B
B2       I'll Show You
B3       Liars A To E
B4       Until I Believe In My Soul
B5       Come On Eileen






lundi 15 janvier 2018

David Bowie ‎– Earthling


David Bowie ‎– Earthling
RCA ‎– MOVLP815, ISO Records ‎– MOVLP815, Music On Vinyl ‎– MOVLP815
LP, Reissue, Gatefold, Europe, 21 Oct 2013



Sorti quelques jours après le cinquantième anniversaire de son auteur, "Earthling" marque le retour en grâce de David Bowie. Plus accessible que son prédécesseur, il garde tout de même les caractéristiques du son techno indus (jungle dirons-nous) qui ont redonné à Bowie de véritables lettres de noblesse. Earthling est donc un très bon disque, sans temps mort notable et montrant un Bowie en phase avec la réalité de son temps.

Certes, tous les titres ne sont pas à loger à la même enseigne ; "Looking For Satellites" et "Law" n'ont pas l'aura escomptée en étant trop expérimentaux et nécessitant plusieurs écoutes attentives pour véritablement saisir toute leur subtilité. Le niveau est meilleur sur "Battle For Britain" et "Telling Lies", où la voix décidemment très pop de Bowie se marie curieusement bien aux sonorités indus, fil conducteur incontestable des compositions de Bowie de 1995 à 1997. On notera également que le groupe qui accompagne Bowie est jeune et très professionnel, donnant à l'ensemble un poids supplémentaire.

De surcroît, quatre chefs d'oeuvre jalonnent le disque. Tout d'abord, "Little Wonder" qui ouvre l'album, est une merveille de vitalité et d'énergie, en étant tantôt puissant, tantôt aérien. Ensuite, "Seven Years In Tibet" est plus rock et louche vers le metal. Le refrain est taillé pour les stades même si l'ensemble est assez sombre. On notera également que ce titre a été adapté en mandarin avec un résultat surprenant et accrocheur. Rien que pour Bowie chantant en mandarin, ce morceau vaut le détour. On continue avec "Dead Man Walking" qui transcende littéralement son auditoire en étant tout simplement surpuissant et chaotique dans tous les domaines. On est totalement conquis et que dire de "I'm Afraid Of Americans", véritable incarnation du retour en grâce de Bowie. Ce titre efficace et provocateur est l'occasion de capter l'attention d'un public jeune d'autant que la présence de Trent Reznor (du groupe Nine Inch Nails) en Américain psychopathe au sein du clip ne passe pas inaperçue.

En résumé, "Earthling" est presque une réussite totale même si quelques morceaux sont difficiles à aborder. On retrouve un David Bowie avant-gardiste tout en étant populaire et pour tout dire, cela manquait sur "Outside". Ce disque donne à David Bowie une nouvelle jeunesse, puisqu'un nouveau public commence à apprécier le Thin White Duke et l'ensemble de son répertoire. Il faut dire que tous les groupes qui émergent dans les années 1990 le citent comme référence. Objectivement, cela peut aider... (Cyril - FP).








TRACKLIST:

A1       Little Wonder
A2       Looking For Satellites
A3       Battle For Britain (The Letter)
A4       Seven Years In Tibet

B1       Dead Man Walking
B2       Telling Lies
B3       The Last Thing You Should Do
B4       I'm Afraid Of Americans
B5       Law (Earthlings On Fire)





mercredi 6 décembre 2017

David Gilmour - Live At Pompeii



David Gilmour ‎– Live At Pompeii
Label: Columbia ‎– 88985464971 - 4 × Vinyl, LP, Album, 180 Gram
UK & Europe - 29 Sep 2017


1972, la télévision diffuse Live in Pompéi, réalisé par Adrien Mabern où Pink Floyd joue en direct de l’amphithéâtre de l’ancienne cité, exécute pendant une heure ses morceaux « Echoes », « Saucerful of Secrets ». Les images sont magnifiques, les musiciens, cheveux au vent, deviennent des gladiateurs du rock, et ce film incontestablement booste la carrière du groupe qui n’a pas encore sorti Dark Side of the Moon.
La suite de l’histoire est connue, succès planétaire, tensions, prise de pouvoir de Waters, démesure de The Wall, séparation, procès entre Waters et Gilmour, le premier souhaitant interdire au second le droit d’utiliser le nom du groupe. Waters perd, PINK FLOYD continue et offre encore de sacrés concerts.

Pour se produire, Gilmour recherche des lieux mythiques (Versailles, Venise…), ambition qu’il confirme quand il se produit, en solo, dans les chantiers navals de Gdansk en Pologne en 2006.

Avec la sortie de son album « Rattle That Lock », il joue de nouveau dans de beaux endroits, arènes d’Orange, de Nîmes, Château de Chantilly, La Saline à Besançon, Circo di Massimo de Rome et en apothéose, deux soirs à Pompéi.
Le choix de la ville de cendres n’est pas un hasard, mais un clin d’œil à 1972, à la différence qu’en 2016 le public est présent, alors qu’en 1972 le groupe est seul au milieu des ruines, ce qui ajoute à la magie.
Autre signe des temps qui ont changé, le concert est proposé en de nombreux formats, (collector, vinyle, blue-ray…) et il faut concevoir un show de Gilmour comme un concept global tant les lumières et les effets de scène complètent la musique ici.
Même si on peut préférer plus de sobriété, ainsi pour ma part, le concert du mars 2006 au Grand Rex à Paris avec juste la musique reste pour moi le plus merveilleux.

Dans la composition du groupe, on remarque que Phil Manzanera est remplacé par Chester Kamen et l’immense Chuck Leavell est aux claviers. D’autres pointures comme Guy Pratt et Greg Phillinganes accompagnent David.

La set-list est toujours très stable sur une tournée de Gilmour, elle mélange des titres de ses derniers albums avec des morceaux du FLOYD qui sont, bien entendu, les plus acclamés.
Et il convient de souligner encore, encore et encore une évidence, n’en déplaise au sieur Waters. Gilmour est le dépositaire du son du FLOYD, le son de sa guitare est identifiable à la première note. Ses chorus magnifiquement construits donnent toujours le grand frisson. Waters a bien essayé d’embaucher d’autres guitaristes et on parle ici de Jeff BECK ou d’Eric CLAPTON pas de clampins inconnus, mais sans convaincre.

Allez, on prend le train de Gilmour avec le jingle SNCF de « Rattle That Lock” dans une progression bien calculée qui amène « The Great Gig in the Sky » qui fait gronder de joie le public, avant cet instant où le temps suspend son vol, « Wish You Were Here » émouvant qui s’élève dans la nuit. Quelle merveilleuse chanson ! La fin du premier CD cartonne avec « Money » / « In Any Tongue » / » High Hopes” et “One of These Days”

Et la guitare cristalline, irréelle, de Gilmour s’envole sur « Shine On You Crazy Diamond » sa signature, son grand morceau, façonné, poli, sur les scènes du monde avec le FLOYD, enrichi par un chorus de saxophone de João Mello et toujours somptueux. Et on est reconnaissant au musicien d’avoir exhumé « Fat Old Sun », un morceau un peu oublié de la seconde face d’Atom Heart Mother, qui est mis en valeur en live avec cette superbe ouverture à la guitare acoustique.

Comme le premier CD, le second se termine en costaud avec « Sorrow »/ « Run Like Hell » / « Time » / « Breathe (In the Air) (Reprise) » et « Comfortably Numb » grand cocktail floydien période post et after Waters.

On peut regretter que Roger le mégalo ait bloqué par voie judiciaire l’utilisation de chansons du FLOYD qu’il a écrites, ce qui exclut quelques grands titres.

Pas de surprises dans ce concert, mais un plaisir toujours renouvelé à écouter un immense guitariste, issu d’un immense groupe qui a traversé l’espace et le temps.
(Bayou – FP).




TRACKLIST :

A1       5 A.M.
A2       Rattle That Lock     
A3       Faces Of Stone      
A4       What Do You Want From Me      

B1       The Blue      
B2       The Great Gig In The Sky
B3       A Boat Lies Waiting           

C1       Wish You Were Here        
C2       Money          
C3       In Any Tongue        

D1       High Hopes 
D2       One Of These Days           

E1       Shine On You Crazy Diamond (Parts 1-5)       
E2       Fat Old Sun 

F1       Coming Back To Life         
F2       On An Island
F3       Today

G1       Sorrow          
G2       Run Like Hell          

H1       Time / Breathe (In The Air) (Reprise) 
H2       Comfortably Numb






jeudi 8 juin 2017

Roger Waters ‎– Is This The Life We Really Want?



Roger Waters ‎– Is This The Life We Really Want?
Columbia ‎– 88985 43649 1- 2 × Vinyl, LP, Europe - 02 Juin 2017


Le retour de Roger Waters se fait par la grande porte. Charge politique et album concept rare, cet effort inattendu surprend. Écoute et critique.


Is This The Life We Really Want? L’heure est au questionnement, à la réflexion, à la prise de conscience de soi, des autres. Désirons-nous vraiment le monde dans lequel nous vivons? Avant même de démarrer l’écoute de ce nouvel effort, 25 ans après Amused to Death, Roger Waters nous accueille avec une réflexion profonde et explorée tout au long de l’heure d’écoute que propose ce nouvel album.

Vétéran de la guerre musicale, grand-père rockeur idéalisé, Roger Waters connaît ses gammes par cœur. Et nécessairement, Is This The Life We Really Want? contiendra son lot de ballades folk vues et revues, mais indéniablement élevées par la voix de son mythique interprète. The Most Beautiful Girl, Wait For Her; si ces morceaux ne marquent pas nécessairement après écoute, ils remplissent leur rôle à merveille et servent la structure d’un album qui a infiniment plus à proposer.

Car bien plus qu’un simple album folk-rock, Is This The Life We Really Want? se veut être une charge politique directe, un album ancré dans son temps et surtout faisant usage de toutes les technologies proposées par le temps en question. Comment, demanderez-vous? En mettant le meilleur producteur actuel en tête du projet; ici, Nigel Godrich, incontournable et essentiel collaborateur de Radiohead. De là, l’album propose de s’élever en proposant une œuvre, riche, cohérente avec d’époustouflantes idées de production.

Ce ton est donné dès l’ouverture: l’ultra-expérimental When We Were Young débouche sur un Déjà Vu superbe, frappant par les cris du cœur de son interprète et ces sections violons que personne n’aurait pu deviner. Le tout évidemment remarquablement produit, laissant la voix intacte de Waters naviguer au milieu d’une piste musicale parfaitement équilibrée. Et quand l’album se fait plus calme, c’est pour mieux délivrer des refrains saisissants de beauté; à ce titre, Broken Bones risque de vous marquer pour longtemps.

Si la forme paraît victorieuse, bien que voulant parfois faire trop étalage de sa maîtrise (le longuet Picture That), le fond fonctionne également parfaitement. Véritables récits se répondant et se suivant dans une remarquable continuité, la charge politique est la plus forte au cœur de l’œuvre: le titre éponyme, situé en plein milieu de la galette, fait feu de tous bois, évoquant tant les évènements de Tian’anmen que l’élection de Donald Trump. Et par un merveilleux retournement de situation et un évident génie de production, la ballade folk-rock engagée devient un rythme électronique imprévisible ouvrant l’expérimental Bird In A Gale.


Malgré tout, Roger Waters n’a pas oublié l’influence de Pink Floyd. Vers la fin de l’aventure, le bassiste décoche un Smell the Roses rappelant la culte formation et les plus beaux instants de The Dark Side of the Moon. Efficace titre aux résonances blues-rock, le titre vient finalement apporter un peu plus de nuances à un album qui se conclura dans une superbe mélancolie.

Finalement plutôt classique comparée au reste de l’album, la conclusion voit s’enchaîner sans interruption Wait For Her/Oceans Apart/Part Of Me Died. Guitare acoustique délicate, piano, voix toute en retenue: Is This The Life We Really Want? se conclut à l’opposé de son ouverture. Comme un miroir se refermant, l’album se clôt en silence, s’évade dans un soupçon, un murmure. En toute humilité.


Si quelques redondances peuvent pointer le bout de leur nez au fil des écoutes, force est de constater que ce nouvel effort solo de Roger Waters est d’une consistance rare, et surtout d’une importance capitale. Œuvre riche et cohérente, nous ne pouvions demander mieux de cette légende du rock, qui, plutôt que de verser dans le too-much et la redite facile, met en avant propos engagés, mélodies expérimentales et songwriting impeccable. Que peut-on demander de plus?







TRACKLIST:

A1       When We Were Young    
A2       Déjà Vu
A3       The Last Refugee

B1       Picture That
B2       Broken Bones

C1       Is This The Life We Really Want?
C2       Bird In A Gale
C2       The Most Beautiful Girl

D1       Smell The Roses
D2       Wait For Her
D3       Oceans Apart
D4       A Part Of Me Died