dimanche 12 octobre 2014

The Beatles - The Beatles



THE BEATLES - THE BEATLES (1968)
Apple Records ‎- 0094638246619 - (Europe)

Que dire d’un album qui figure dans le top 10 des albums du siècle de la plupart des magazines, et sur lequel tout a été dit et redit ? Rien que sur Wikipedia la page consacrée au White Album est plus longue que celle consacrée à toute l’œuvre de NIRVANA.

Le contexte historique est important car la performance est de taille : il faut s’imaginer le groupe le plus populaire du monde, recordman des ventes toutes catégories, qui décide en 1966 d’arrêter totalement la scène (!) pour se consacrer au travail de studio, qui sort Revolver, salué unanimement comme un chef d’œuvre, puis qui sort Sergeant Pepper’s en 1967 et invente au passage la notion d’album tel qu’on le concevra pendant les 30 années suivantes – même si ce n’est pas vraiment un "album concept" comme on l’a souvent décrit. Bref, que faire après ça ? Comment surprendre son public, inventer, faire mieux quand on est déjà tellement au-dessus ? Le White Album réussit ce pari en ouvrant d’autres portes.

Sergeant Pepper’s avait déjà récolté les éloges de tous milieux pour sa pochette extravagante. A l’époque, le gotha du rock rivalise de créativité pour des pochettes superbes, psychédéliques, abstraites… Comment rester au-dessus de la mêlée ? En sortant un double album sans titre, sans nom de groupe, sans rien, tout blanc, non-identifiable dans les bacs des disquaires. Ca veut dire « nous sommes tellement célèbres que nous n’avons plus besoin de mettre notre nom sur nos disques ». C’est gonflé, c’est crâneur, c’est drôle… Et ç’aurait été assez ridicule si le contenu n’avait pas été à la hauteur.

Cet album sans titre – appelé White Album pour l’identifier plus facilement – est souvent décrit comme le moment de la carrière des Fab Four où les egos individuels deviennent plus grands que le groupe. Derrière chaque morceau on sent la patte de chacun. Il ne s’agit plus d’un travail collectif, mais de l’addition des trois talents de Paul, John et George (Ringo comme souvent joue les faire-valoir), un échafaudage assez ébouriffant.

Et dans ce disque-brocante, tout y est. McCARTNEY invente le hard-rock ("Helter Skelter") avant l’arrivée de Led Zeppelin (qui a dit qu’il était mièvre ??), se promène dans une ambiance de saloon ("Rocky Racoon"), nous pond un bijou de rêverie ("Blackbird") repris par moult groupes depuis, va faire un tour du côté du ska ("Ob-la-di, Ob-la-da"), et se pose donc comme un des auteurs les plus créatifs du moment, réalisant la synthèse de différentes cultures musicales, du rétro "Honey Pie" au bad trip "Wild Honey Pie". LENNON n’est pas en reste et prend un wagon d’avance dans l’hallucinogène, par différents chemins : le morceau à tiroirs "Happiness is a Warm Gun", les changements de rythme du loufoque "The Continuing Story of Bungalow Bill", les paroles et ambiances du costaud "Glass Onion", sans oublier l’inécoutable "Revolution 9" bien sûr (franchement, qui prend plaisir à écouter des bruits informes ? Oui oui, c'est de l'art. Merci Yoko).

Sa sensibilité fait toujours mouche, comme en témoignent le magnifique "Dear Prudence", une des plus belles chansons de LENNON toutes catégories confondues, et la berceuse "Julia" que j’écoutais en boucle toute la nuit quand j’avais 14 ans, éberlué par tant de beauté fragile. Mon admiration n'a pas changé depuis. HARRISON montre qu’il faut compter avec son talent d’écriture, un des sommets du disque étant son "While my Guitar Gently Weeps" où la guitare de CLAPTON pleure à merveille. Ringo termine cette œuvre maîtresse en chantant "Good Night", aux arrangements de cordes et harpes splendides qui doivent sans doute beaucoup à George MARTIN.

Sur la fameuse île déserte où on nous somme régulièrement de nous rendre en emportant 3 albums, celui-là s’y retrouve souvent car il est difficile de s’en lasser. Quelle que soit l’humeur du moment, on y trouvera toujours quelque chose, pour une redécouverte perpétuelle de leur talent et de leur volonté de ne pas donner de frontières à la musique.
(ATN).


TRACKLIST:

A1Back In The U.S.S.R.
A2Dear Prudence
A3Glass Onion
A4Ob-La-Di, Ob-La-Da
A5Wild Honey Pie
A6The Continuing Story Of Bungalow Bill
A7White My Guitar Gently Weeps
A8Happiness Is A Warm Gun
B1Martha My Dear
B2I'm So Tired
B3Blackbird
B4Piggies
B5Rocky Raccoon
B6Don't Pass Me By
B7Why Don't We Do It In The Road?
B8I Will
B9Julia
C1Birthday
C2Yer Blues
C3Mother Nature's Son
C4Everybody's Got Something To Hide Except Me And My Monkey
C5Sexy Sadie
C6Helter Skelter
C7Long, Long, Long
D1Revolution 1
D2Honey Pie
D3Savoy Truffle
D4Cry Baby Cry
D5Revolution 9
D6Good Night





lundi 29 septembre 2014

Oasis - (What's The Story) Morning Glory ?



OASIS - (WHAT'S THE STORY) MORNING GLORY ? (1995)
Big Brother ‎RKIDLP732 × Vinyl, LP, Album, Reissue, Gatefold (Europe)


Chroniquer Morning Glory d'Oasis... Voilà tout un défi, car au-delà de son succès phénoménal partout dans le monde, cet album représente aussi un héritage pour le monde de la musique pop britannique: Il est en quelque sorte l'acte fondateur, la bible de la brit-pop moderne. Pour analyser le culte de cet album, il faut reculer au tout début des années 90. Alors que la vague grunge déferle sur l'amérique, la musique britannique doit se trouver un nouveau son, de nouvelles idoles. C'est par cette opportunité qu'apparaissent deux nouveaux groupes au son tout à fait nouveau: Blur et Oasis. Très rapidement, ces deux groupes deviennent les coqueluches des britanniques et récoltent un grand succès critique et commercial.

En 1994, alors que Blur est au sommet de son art et qu'Oasis sort son premier album, la presse britannique saute sur l'opportunité et crée une rivalité entre les deux groupes. Attirant toute attention médiatique, les deux groupes, toujours aussi opportunistes embarquent dans le jeu, au grand plaisir des fans. C'est bien entendu Oasis qui sortira vainqueur de cette rivalité avec son deuxième album intitulé (What's The Story) Morning Glory? sorti en 1995. Véritable consécration pour le groupe qui connaîtra dès lors un succès démesuré à travers toute la planète. Par sa diversité, cet album se démarque remarquablemet du premier opus et propulse le groupe au sommet des palmarès partout dans le monde. Une description piste par piste est de mise pour décrire ce chef-d'oeuvre, car il déconcerte par sa diversité et sa recherche musicale.

Mais quelle est la recette de ce succès? Très simple: s'inspirer du groupe britannique ayant obtenu le plus grand succès international: les Beatles. Fallait y penser plus tôt! Oui, à travers la musique d'Oasis l'influence des fab four se fait sentir. Mais n'allez pas croire qu'il ne s'agit que d'un vulgaire calque de leur musique. Noel Gallagher a cette capacité innée qu'avaient Paul Mccartney et John Lennon à composer des chansons aux mélodies accrocheuses et originales. On retrouve aussi une certaine sophistication dans la composition des morceaux, propre à la pop britannique depuis toujours. L'album s'ouvre avec "Hello", un morceau purement rock, très rythmé et mettant en avant plan la voix de Liam Gallagher. Même formule où à peu près sur la deuxième plage: "Roll With It", et c'est avec ce morceau qu'on commence à déceler l'influence des Beatles, principalement avec la performance vocale de Liam, qui décidément offre sur cet album une très bonne performance. Troisième morceau: tout le monde le connaît, c'est "Wonderwall", une ballade acoustique (ou presque) d'une simplicité et d'une efficacité déconcertantes. Ce morceau deviendra le single le plus populaire d'Oasis et encore aujourd'hui, il est très populaire, preuve de l'influence qu'a eu cet album sur le monde de la musique.

Ensuite, un enchaîne avec "Don't Look Back In Anger", deuxième simple extrait de l'album. Une perle avec son piano remémorant un peu "Let it be" ou "Imagine". Noel Gallagher étale sur ce morceau son talent guitaristique, notamment à travers le solo. Et que dire de ce refrain, si accrocheur? On frôle avec ce morceau la perfection. Par la suite, ça s'estompe un peu. Les morceaux "Hey Now!" et "Some Might Say", bien qu'ils soient excellents, ne semblent pas à la hauteur des morceaux précédents. On peut dire qu'ils sont similaires à "Hello" et "Roll With It", mais en moins bon...

C'est avec "Cast No Shadow" que l'on retrouve la classe des premiers morceaux de la galette. La plage ouvre en quelque sorte la deuxième partie de l'album. Il tranche avec l'ambiance de "Some Might Say" par son côté plus intimiste et acoustique. Pas exceptionnel, mais très efficace pour introduire la deuxième partie de l'opus. Par la suite, on a "She's Electric", qui constitue l'allusion la plus évidente aux fab-four à cause de son côté rythmé et joyeux. La voix de Liam Gallagher, qu'il fait dérailler de façon séduisante est presqu'une caricature de celle de John Lennon tellement elle lui ressemble. Ce morceau aurait facilement pu sortir comme simple, tellement il est accrocheur.

On arrive ensuite au morceau éponyme, "Morning Glory". Il s'agit là d'un morceau très orienté guitare avec un riff plutôt accrocheur et une guitare solo bruyante. On y arrive enfin: la fin de l'album. Le troisième simple: "Champagne Supernova". Avec cette chanson, le côté sophistiqué du groupe atteint carrément son paroxysme. On ne parle plus simplement de musique pop, mais de grand art. Oasis expose dans ce morceau toute sa personnalité. Il se démarque de tous les autres par son aspect si épique, raffiné et recherché. Les instruments se marient à perfection et le groupe fait appel à tous ses atouts. La voix de Liam est parfaite, les solis de guitare sont mémorables... bref, ils ne pouvaient pas mieux finir cet album.

Si je devais choisir un mot pour décrire la sensation que laisse cet album, je dirais "mémorable". Mémorable parce qu’a lui seul, il représente le mouvement brit-pop en entier selon moi. Oasis aura, avec un seul album influencé toute une génération de nouveaux groupes dans le genre, principalement Coldplay. Toutefois, l' « oasismania » n'aura pas duré aussi longtemps que la « beatlemania ». Rapidement, la relation entre les frères Gallagher se détériorera et malgré une réconciliation, Oasis perdra sans cesse des plumes à cause de l’attitude déplorable de ses membres... Il faut dire qu'après un album de cette qualité, il est difficile de répondre aux attentes des fans, et surtout à celles de la critique. Après tout, c'est la presse qui a fait connaître Oasis… (Keraz - FP).


TRACKLIST:

A1Hello3:21
A2Roll With It3:59
A3Wonderwall4:18
B1Don't Look Back In Anger4:48
B2Hey Now!5:41
B3Untitled0:44
B4Bonehead's Bank Holiday4:03
C1Some Might Say5:29
C2Cast No Shadow4:51
C3She's Electric3:40
D1Morning Glory5:03
D2Untitled0:39
D3Champagne Supernova7:27








dimanche 28 septembre 2014

The Rolling Stones - Somegirls


THE ROLLING STONES - SOMEGIRLS (1978)
Pathé Marconi - Emi - 2C06861016 - (France)


Les Rolling Stones ne sont pas loin de toucher le fond à la fin des années 70. Après avoir vu leur rock’n roll se déliter jusqu’à le perdre sur Black and Blue, après avoir été sur le fil du rasoir des excès, c’est désormais une affaire judiciaire qui met leur existence en péril.Keith Richards a été arrêté à Toronto en février 1977 pour trafic d’héroïne et risque sept ans de prison, ce qui mettrait vraisemblablement un terme au groupe. En panne d’inspiration, en danger de mort, il va falloir quelque chose de fort pour sauver les Stones !

Et par miracle cela va arriver. Car 1977, c’est d’abord l’année des punks qui débarquent et poussent dans leurs retranchements les dinosaures, dont les Rolling Stones sont une espèce des plus évidentes. Mais une espèce fière, qui ne se laisse pas submerger facilement. Tout se passe comme si Jagger et les siens avaient de nouveau quelque chose à prouver face à ces jeunes impudents. Comme c’est de plus leur possible dernier album, autant se lâcher non ?

C’est ainsi qu’après avoir pris leur temps pour l’enregistrer, les Stones sortent Some Girls en juin 1978. Album qui allait devenir leur disque le plus vendu, tout en étant salué comme leur retour aux affaires. Il faut entendre Charlie Watts, tout content de rejouer enfin du rock qui déménage, se déchainer sur "When the whip comes down". C’est alors que l’on comprend ce que ce disque a en plus de ces prédécesseurs : on ressent tout du long le plaisir de ceux qui l’ont fait.

Un coup de frais qui doit beaucoup à Mick Jagger. Keith Richards empêtré dans ses problèmes, c’est le lippu qui impulse l’essentiel de la dynamique. Emballé par sa vie new-yorkaise (qu’il célèbre dans "Shaterred"), il donne une forte orientation américaine au disque, tant dans la musique que dans les paroles. Son chant est constamment habité, débarrassé d’une bonne partie de ses artifices. Jamais il n’aura été aussi à son aise qu’ici et jamais on n’aura eu autant envie de le suivre dans ses délires. Avec la cerise en prime : "Miss You".

Essentiellement écrite par ses soins, elle traduit dans la musique des Stones la mode d’alors : le disco. Alors que ce style parait encore plus déplacé par rapport à ce qu’il joue habituellement, le groupe est bien plus à l’aise que pour le funk de "Hot Stuff" ouvrant Black and Blue. Dernier grand tube en date du quintette, trait de génie pour certains et véritable trahison commerciale pour beaucoup, il convient de ne pas trop s’attarder sur ce titre car il ne représente en rien l’esprit général de l’album. Celui-ci est en effet forgé au rock comme on n’en n’a pratiquement plus entendu depuis Exile on Main Street. "When the whip comes down", "Lies", "Respectable" et "Shaterred" envoient un maximum tandis que "Some girls", "Far away eyes" ou "Before they make me run" jouent la bonne vieille carte du blues. Soient les vieilles marmites stoniennes en pleine ébullition.

Une marche vers l’essentiel symbolisée par le faible effectif recruté par les Glimmer Twins pour enregistrer le disque. Exit Billy Prestonnotamment, seul l’harmonica de Sugar Blue (un musicien rencontré dans le métro mais promis à une belle carrière) se taille une vraie place aux côtés des Stones qui n’en n’ont laissé que pour un saxophone, un orgue et quelques rares percus.

En limitant le nombre de musiciens (et donc d’influences), ils se recentrent sur la musique qu’ils savent le mieux jouer et laissent la plus grosse place aux guitares. Keith Richards n’étant pas au mieux, ce sont Mick Jagger et surtout Ron Wood qui viennent le suppléer. Le nouveau guitariste se retrouve en première ligne et s’en sort tout à fait honorablement en truffant l’album de parties de guitare-slide savoureuses. Il n’a certes pas l’inspiration d’un Mick Taylor mais n’en n’a nul besoin ici. Son jeu colle au contraire parfaitement avec cette volonté de recentrage.

Keith Richards n’est pas non plus totalement absent puisqu’en plus d’avoir participé à l’essentiel des sessions, il a composé deux titres. Le premier ("Before they make me run") fait le point sur ses problèmes d’alors, sur la lassitude qui l’assaille et son désir de changement. Le second est la ballade de l’album, "Beast of Burden". Un texte à nouveau introspectif mais surtout une musique laissant la place aux traits de guitare inspirés soutenant un Mick Jagger de haut niveau. Une réussite de plus fixée sur ce disque.

Si l’on met de côté Miss You, ainsi que quelques détails annonciateurs des années 80 (la basse trafiquée de "Shaterred", certains gimmicks de "Beast of Burden"), Some Girls est d’abord un grand disque de rock’n roll, issu certainement de la situation désespérante dans laquelle le groupe se trouvait. Quelques mois plus tard Richards ne fut condamné qu’à jouer un concert au profit d’une association d’aveugles. Les Stones furent par ailleurs comptés au rang des groupes plutôt épargnés par le punk.

Hors de danger, ils se complurent alors dans une situation confortable, devenant un groupe de grand-messe populaire. Après tout pourquoi pas, ils venaient bien de prouver qu’ils n’avaient plus rien à prouver. Ils pouvaient bien jouir tranquillement de leur statut de groupe majeur. Mais on attend toujours le digne successeur de Some Girls dans la liste des grands albums des Rolling Stones. (Destination Rock).




TRACKLIST:

A1       Miss You
A2       When The Whip Comes Down
A3       Just My Imagination (Runing Away With Me)
A4       Some Girls
A5       Lies

B1       Far Away Eyes
B2       Respectable
B3       Before They Make Me Run
B4       Beast Of Burden
B5       Shattered









jeudi 18 septembre 2014

Cabaret Voltaire - The Crackdown



CABARET VOLTAIRE - THE CRACKDOWN (1982)
Virgin
 ‎– 205 596-320 - (Europe)


The Crackdown ('resserrement') est le top du duo Richard H.Kirk et Stephen Mallinder. Sur la 1ère face on dénote quelques plages intéressantes par leur mélange électropop, minimalisme et gros sons de basse.

Mais j'ai une préférence pour ce qui suit : "Over and Over", rappelle un bon tube électro cold-wave style Deutsh Amerikanische Freundschaft ... des élans de basse qu'on retrouve aussi chez Charles de Goal.

"Haïti" est un superbe morceau au rythme saccadé par les aigus de fines cordes de guitare et de trompette lointaine. "Crackdown" : patchwork de sons et voix pressante sur quelques boucles de basse et percus évasives puis 2, 3 notes de synthé nu avant le déclic du pick-up qui va m'obliger à me lever de mon siège, changer de vinyle et positionner en 45 tours.

"Diskono" comme "Double Vision" me transportent, je ne trouve plus les mots, les adjectifs et les superlatifs pour décrire ces engouements. Il y a un jeu de va-et-vient sur les deux tracks, le son part et revient ce qui donne l'illusion d'un mouvement, joyeux et optimiste pour "Diskono" et sombre pour "Double Vision".

"Moscow", moment de pureté, à se demander si Einsturzende Neubauten n'en aurait pas été inspirés pour Armenia. Frottements de cordes ou de cloches, cymbales éparses sur une bandes son limite infra. 

"Badge of Evil", me laisse encore sans voix... incantations style Virgin Prunes peut-être, une voix d'outre-tombe qu'on pourrait croire qu'elle s'adresse à vous, mais non ! Le "Cabaret Voltaire" n'est qu'une parfaite illusion ! Qu'on se le dise.




TRACKLIST:


A124-245:55
A2In The Shadows4:34
A3Talking Time5:21
A4Animation5:35
B1Over And Over4:25
B2Just Fascination4:05
B3Why Kill Time (When You Can Kill Yourself)3:50
B4Haiti3:19
B5Crackdown6:24







dimanche 3 août 2014

Vangelis - China




VANGELIS - CHINA (1979)Polydor ‎– 2310 658 - Vinyl  Gatefold  (France)

Avec China, Vangelis nous livre un album dont l’objet est d’illustrer les grands moments de l’histoire de la Chine (comme la Grande Marche) ainsi que quelques-uns des poèmes et préceptes de la religion taoïste. Ce concept-album a été créé dans les studios Nemo de Londres, et une vidéo permet d’ailleurs de voir ce qu’il s’y passe. Mais comme les aspects techniques des machines reste pour moi du chinois (Hi hi), le mieux est de prendre connaissance de la musique en elle-même, piste par piste :
Chung-Kuo (Le mot Chine, traduit en mandarin) est une pièce envoûtante, à l’orchestration dépouillée. Son intro façon On the Run de Pink Floyd suivie d’une pluie de notes erratiques est emblématique du génie brutal de Vangelis. Que dire de cette ligne de basse synthétique si ce n’est qu’elle brille par sa simplicité ? Magique. La mélodie du thème inaugural est reprise calmement dans le morceau suivant, The Long March. Le titre du morceau fait référence à la longue Marche de 1934, qui est le périple d’un an au cours duquel l’Armée Rouge poursuivie par l’armée nationaliste du Kuomintang, parcouru 12.000 kilomètres à travers la Chine. La dernière section de cet air, mouvementée comme un concerto, escalade les octaves comme on gravit une montagne.
The Dragoon est un mille-feuille électronique qui comprend de nombreuses strates superposés de claviers. Un large spectre de raves et d’aigus sont intégrés comme autant d’éléments écarlates de la parure du dragon. Il sonne un peu comme certaines compositions contemporaines de Mike Oldfield, avec des pêches d’orchestre et un thème obsédant. C’est l’instrumentation la plus éparpillée de l’album.
The Plum Blossom est un court dialogue entre le piano « calme » de Vangelis et les vifs traits de violon de Michel Ripoche. C’est un morceau un peu à part du concept général de l’album, échevelé et que je trouve assez peu cohérent dans l’emploi de ses sonorités au regard du reste de l’album. 
Le deuxième air connu de China ets sans doute The Tao of Love. Mélodiquement très doux, le clapotis du Rhodes accompagne un savoureux  entremêlement de thèmes, qui se rejoignent dans un final éloquent. Sensible et brillant.
The little fete est un texte chinois du 8e siècle lu (en anglais) par Yeung Hak-Fun et Koon Fook Man, sur de larges nappes de synthétiseurs. Ce texte ésotérique traite du rapport de soi avec son ombre. Ai-je besoin d’en dire plus ? Non, pas vraiment.
Avec Yin & Yang, on rentre dans quelque chose de musicalement plus consistant. Il y est mélangé des instruments chinois (probablement une sorte de gu zheng, les fameuses cordes à gratter) et des synthétiseurs. Quelque ressemblance avec les Jonques de Pêcheurs au Crépuscule avec le début de celui-ci ne peut être ignorée. L’atmosphère de la deuxième moitié est assez difficile à définir, avec des moments de flottaisons, entre percussions et quelques gimmicks pop au clavier, avant de se terminer dans un magma style Spiral (mon disque de référence pour les années 70 chez le grec).
Et voici que se dresse devant nous les presque onze minutes d’Himalaya. Cette hymne à l’immobilité (celle de la montagne) est un morceau « ambient », où les effets sonores se succèdent à un rythme continu. Le piano de Vangelis plaque une série d’accords bien sentis, et sort de son Yamaha quelques torsades plutôt appétissantes. C’est rêveur, aérien, sobre, mais sur ce disque, ce n’est pas le point culminant, loin de là.
Et voilà, nous sommes au Summit, qui prolonge et accentue l’effet obtenu sur Himalaya. Les nappes de Vangelis et quelques éléments des morceaux précédents se combinent pour former une composition aux contours flous et malléables. Un travail de sculpteur sonore.
Au final, ce disque est bon, surtout pour sa première moitié (je ne dis pas cela qu’à cause des deux singles que j’ai mentionnés), et me retrouve moins dans sa deuxième partie, désincarnée. Mais peut-être était-ce une volonté de son auteur sous influence orientaliste, qui met en exergue le dualisme en toute chose ? (http://jeanmicheljarre.unblog.fr/).


TRACKLIST:
A1Chung Kuo1:43
A2The Long March5:50
A3The Dragon4:06
A4The Plum Blossom2:30
A5The Tao Of Love2:40
A6The Little Fete2:57
B1Yin & Yang5:46
B2Himalaya10:35
B3Summit4:45





Vangelis - Spiral




VANGELIS - SPIRAL (1977)
RCA ‎- NL 70568 - Reissue 1989 - (Germany)


Cet album est le troisième à sortir du studio londonien personnel de Vangelis, le Nemo. "Spiral" a la particularité d’être le premier album a avoir été entièrement réalisé avec un nouveau type de synthétiseur qui venait de sortir d’usine en 1976, le Yamaha CS-80. Pour l’amateur de progressif électronique, le CS-80 est un peu l’équivalent de la guitare Gibson Les Paul pour le hard rockeur ou la Gibson Explorer pour le heavy métallurgiste : un instrument mythique. Pour le claviériste, il y eut l’orgue Hammond B3 dans les années 60, le Mellotron dans les années 70, le Moog aussi. Eh bien, le Yamaha CS-80 est l’autre grande sensation technique et musicale de cette fin d’années 70. Ce monstre de près de cent kilos permet le séquençage du son et plein d’autres astuces qui vont emmener les musiciens électroniques dans des hauteurs insoupçonnées. La production de cet engin cesse dès 1980, mais ce dernier trouve sa place auprès des plus grands groupes (Chicago, Jethro Tull, Kraftwerk, Ultravox, Bon Jovi, Simple Minds, Paul McCartney, Brian Eno, Toto, Jean Michel Jarre, Yes, Asia, Rick Wakeman, Stevie Wonder, Phish, Daft Punk ou Tony Banks de Genesis, par exemple).

Sur "Spiral", Vangelis va tirer parti du Yamaha CS-80 un peu comme un gamin qui découvre un jouet magnifique et qui va se mettre à en exploiter excessivement toutes les possibilités. Le titre de l’album reflète bien ce qu’on va y trouver : des constructions tourbillonnantes, des tressages de sons et une utilisation intensive, voire abusive, du séquenceur. Vangelis compose cinq titres entièrement instrumentaux, mis à part "Ballad" où on entend la voix de Vangelis lui-même (profitez-en car c’est très rare). Un sixième morceau, "To the unknown man (part two)", ne sortira qu’en single mais figure en bonus sur la réédition Esoteric. On remarque notamment les morceaux "Spiral" et "Dervish D" qui insistent sur cette idée de tournoiement. Le titre "3 + 3" est également tourné vers la même philosophie, avec son rythme de valse et sa structure ternaire qui revient durant tout le morceau.

Plus démonstratif, "Spiral" ne se classe pas dans les hit-parades. Mais Vangelis n’est pas là pour se demander si la ménagère de moins de cinquante ans aime sa musique ou non. Il crée ici un album qui va poser les bases de la musique new age qui connaîtra un certain succès dans les années 80 et 90.



TRACKLIST:


A1Spiral6:55
A2Ballad8:27
A3Dervish D5:21
B1To The Unknown Man9:01
B23 + 39:43