mardi 8 janvier 2013

Eric Clapton - Backless



ERIC CLAPTON- BACKLESS (1978)

En tant qu’artiste solo, CLAPTON est loin de n’avoir sorti dans sa carrière que des albums de qualité. Ils sont pour la plupart moyens, ne possédant que quelques morceaux qui paraissent à côté du reste être des petits éclairs de génie. Il faut dire aussi que la vie du quatrième meilleur guitariste de tous les temps est plutôt mouvementée, et pas dans le bon sens du terme. Sauf que là, on est en 1978, CLAPTON a sorti Slowhand l’année précédente, considéré encore aujourd’hui comme son meilleur album, et a gagné par conséquent un grand nombre de fans. Tout va donc pour le mieux pour lui d’autant plus qu’il se fera la femme de son pote George HARRISON l’année suivante.

Bref, il n’y avait historiquement et statistiquement aucune raison pour que cet album soit mauvais. D’ailleurs la pochette est de bonne augure. Bien calé dans un divan, dans une chambre aux couleurs chaudes et bien éclairée, la guitare branchée, CLAPTON est tout à fait disposé à nous fournir de bons morceaux et à user de son feeling légendaire.

Et on démarre très bien avec « Walk Out In The Rain », un blues-rock du plus bel effet, qui nous met l’eau à la bouche. On poursuit sur cette bonne lancée avec un shuffle délicieux qui répond au doux nom de « Watch Out For Lucy ». Comme à son habitude, CLAPTON reprend un titre de J.J. CALE. Ici, on a droit à une version très fidèle de « I’ll Make Love To You Anytime ».

C’est pas fini, on groove ensuite pendant près de quatre minutes, sous la direction du chant de Marcy Levy, pour un instrumental pêchu, mais peut-être un peu répétitif pour être honnête. « Tell Me That You Love Me » est une ballade blues-pop très sympa, une composition 100% CLAPTON, qui prouve la grande forme de notre ami. “If I Don’t Be There By Morning”, au piano dominant, est une chanson qui se laisse écouter sans problème, mais traîne un peu en longueur.

Vient alors “Early In The Morning”, qui du haut de ses huit minutes voudrait sans doute être l’égal de « The Core » présent sur Slowhand, mais elle lui est inférieure. Poussive, et trop longue par conséquent. Une bonne chanson tout de même, mais sans plus.

« Promises » change les idées avec sa mélodie bon enfant. Certes, elle est un peu facile, mais le rendu est convaincant. La deuxième composition de CLAPTON « Golden Ring » confirme à nouveau sa grande forme à l’écriture, avec la mélodie plus axée sur le chant que sur la guitare. Et on termine par « Tulsa Time », morceau à l’accent texan très réussi.

Backless n’a donc rien à envier à son prédécesseur. CLAPTON ne s'est pas reposé sur ses lauriers et n'a pas pris la grosse tête non plus : il nous livre un album simple. Pas de hits à l'horizon, juste du blues-rock tout en finesse, à écouter en toute situation.

Allez, un petit 4 étoiles pour vous convaincre de l’écouter ? Si si, ça me fait plaisir. (Mastcard).


TRACKLIST :

A1Walk Out In The Rain4:10
A2Watch Out For Lucy3:24
A3I'll Make Love To You Anytime3:21
A4Roll It3:40
A5Tell Me That You Love Me3:30
B1If I Don't Be There By Morning4:35
B2Early In The Morning5:25
B3Promises3:01
B4Golden Ring3:30
B5Tulsa Time3:30







lundi 7 janvier 2013

Marillion - Script For A Jester's Tear



MARILLION - SCRIPT FOR A JESTER'S TEAR (1983)

Chronologiquement, ce premier album de Marillion sort durant la même période que Tony Banks, le claviériste de Genesis, ait décidé d'abandonner définitivement le rock progressif. A l'écoute de ce disque, on comprend aisément le pourquoi de ce virage à 90° de Tony Banks. La relève de Genesis était bel et bien arrivée ; ce dernier se retrouvant quelque peu largué aux yeux des fans de prog. 

Dès l'intro très classieuse au piano du morçeau-titre "Script For A Jester's Tear", le lien avec Genesis est évident, surtout avec la voix de Fish que l'on confondrait presque par moments avec celle de Peter Gabriel. Elle possède en plus les mêmes forces de caractères ; tantôt triste, joyeuse ou même agressive, elle contribue beaucoup à donner aux morceaux une dimension théâtrale qui se rapporte au personnage du Jester, un artiste replié sur lui-même et en mal de reconnaissance comme le montre la pochette. En tout cas, on n'a pas vraiment à faire à des rigolos ! Le groupe est signé sur une major (EMI) et a déjà son fan club en Angleterre (The Web), preuve que la demande était énorme à l'époque. Mais musicalement, si l'influence de Genesis reste évidente, les compositions de Marilion sont quand même moins alambiquées que celles de son aîné. Les parties de batterie de Mick Pointer (futur Arena) surtout sont très basiques, à l'opposé du jeu très rythmé aux influences jazz de Phil Collins. Ce manque de rythme sur Script et le fait d'avoir l'impression d'entendre une boite à rythme plutôt qu'un batteur rend l'album pas très abordable et les premières écoutes pénibles, surtout si on a découvert Marillion avec des albums antérieurs. Il convient aussi de préciser que les solos de Steve Rothery sont encore loin d'atteindre des sommets d'inspiration et de beauté divine, ils sont même plutôt bruyants la plupart du temps.

Ce qui m'empêche de mettre la note maximale à Script For A Jester's Tear, c'est la naïveté dont le groupe faisait preuve sur ses morceaux, mais c'est souvent le cas sur le premier album d'un groupe. Mais d'un coté, cette spontanéité fait justement tout le charme de cet album, on sent que le groupe se lâchait davantage ici que sur les deux suivants, Fugazi et Misplaced Childhood, plus homogènes. Ca se remarque surtout pour le chant de Fish, vraiment gueulard parfois, il y allait carrément sans retenue ! Marillion en était à ses débuts, donc les mecs pouvaient faire tout ce qu'ils voulaient, personne ne les attendaient au tournant (à part les premiers fans) vu que c'était le premier album. Enfin, y'a quand même un single potentiel dans tout ça, "He Knows You Know", un super hit en puissance, sûrement le meilleur single de l'époque Fish voire de Marillion tout court. Ce morceau, pourtant très simple avec quelques arpèges et nappes de claviers, est hyper accrocheur, sans être bêtement catchy comme un "Punch & Judy" ou un "Incommunicado". "Garden Party" est le second single, et là encore c'est du grand art. Le morceau est basé essentiellement sur une partie de synthé superbe et sur un rythme bâtard (mais avec Mick Pointer on commence à en avoir l'habitude). On pense à "Market Square Heroes" pour son coté joyeux et entraînant et les fameux rrrrrr roulés de Fish, mais "Garden Party" est plus profond.

Les compos ont bien tendance à partir un peu dans tous les sens, avec différentes parties pas toujours bien liées entre elles. On peut parfois penser à du copier-coller pour les contrastes entre les parties très calmes et les parties plus enjouées. C'est surtout le cas sur "Forgotten Sons" qui est le morceau le plus étrange et le plus inhabituel pour Marillion. Fish est déchaîné sur ce titre, plus que sur les autres. Ça commence de manière joyeuse, avec des parties de synthé à gogo comme on les aime ; elles sonnent kitschs et font poindre un p'tit soupson de nostalgie pour l'auditeur. Il s'enchaîne avec une partie bien rock, un style qu'on retrouvera très rarement chez Marillion à cette époque, puis une marche pour le moins incongrue pointe son nez, on ne s'y attendait pas vraiment ! Et enfin, le morceau se termine normalement on va dire.
 

Script For A Jester's Tear aurait donc pu devenir un chef-d'oeuvre de rock-prog et il reste un de mes albums fétiches de Marillion grâce à la présence de deux joyaux, "The Web" et "Chelsea Monday" ce qui en fait mon préféré de l'époque Fish avec Clutching At Straws.


TRACKLIST :

A1Script For A Jester's Tear7:40
A2He Knows, You Know5:05
A3The Web8:39
B1Garden Party7:00
B2Chelsea Monday7:45
B3Forgotten Sons8:00







Genesis - Foxtrot



GENESIS - FOXTROT (1972) 
(On picture, Repress German Edition 1985 Virgin 206 918-270)


Taaaaaaaaaa Taaaaaaaaaa... Taaaaaaaaaa Taaaaaaaaaa... Taaaaaaaaa Taaaaaaaaaa Taaaaaaaaaa Taaaaaaaaaa... Quoi ? Vous n’avez pas reconnu l’intro de "Watcher of Skies" ? Cette intro mythique au Mellotron qui ouvre Foxtrot, pour un des titres emblématiques de l’ère progressive de Genesis ! Et un des rares à avoir été joué live avant d’être enregistré sur disque... Justement, parlons de cette tournée qui suivit Nursery Cryme, en 1972, et qui fut cruciale à plus d’un titre... d’abord, bien plus que l’album lui-même (dont les ventes ne furent pas exceptionnelles) elle apporta au groupe la reconnaissance dans le milieu progressif, notamment en Italie, à l’époque très attachée au genre. 

Mais surtout, elle vit naître un élément fondamental dans la mise en scène de leurs concerts : les déguisements... ça lui prend comme ça, Gabriel, un soir, alors que le groupe interprète "The Return of the Giant Hogweed", il part vers les loges, sans prèvenir, pour revenir affublé d’une robe rouge et... d’un masque de renard (oui oui ! comme sur la pochette de Foxtrot !). Plus tard viendront le masque de vieillard pour "The Musical Box", les Batwings pour "Watcher of the Skies", le masque de fleur pour "Supper’s Ready"... aussi pratique pour l’aspect théâtral que pour Gabriel lui-même, car il n’est plus directement confronté au public et peut ainsi extérioriser ses émotions sans crainte ! Même si quelques mauvaises langues prétendent qu’il voulait ainsi se démarquer du reste du groupe, et en prendre le contrôle... chose complètement absurde, on le verra plus tard.

Pour l’instant, concentrons-nous sur le « présent » et sur ce Foxtrot, que je qualifierais comme « l’album de l’affirmation » (ne me parlez pas de « maturité » !). En effet, ici pas de virage à 180°, on prend les éléments qui ont fait le bonheur de Nursery Cryme et on recommence... en mieux ! Et en plus maîtrisé. Seule la noirceur a été un peu laissée de côté, et la hargne se fait moins ressentir, ce qui fait que certains pourront trouver le disque plus « daté » que son prédécesseur ! Oh oui, il y a bien quelques arrangements qui ont subi l’usure du temps... mais ce qui nous intéresse, ce sont les compositions en elles-mêmes, n’est-ce pas ?

Eh bien, vous allez être gâtés : d’abord, ce fameux "Watcher of the Skies", qui voit Genesis quitter les comptines de la vieille Angleterre pour plonger dans la science-fiction, et avec brio ! L’intro donc, puis les cymbales se mettent en place, et le tout s’emballe : Tiin ! Tiin ! « Watcher of the skies Watcher of all ! » Constat sans appel : ils sont toujours aussi forts, ces gaillards. Redoutables. Hackett est moins présent sur ce disque, mais fait mouche à tous les coups, ne se perd jamais en bavardages stériles : mais après tout, pourquoi désignes-je seulement Hackett en ces termes, puisque c’est le cas de tous ici ? Tous à leur place, tous pour la musique, et pas pour faire son show. Quoi ? Des extravagances ? Ah, monsieur, c’est le progressif, quand même ! Il en faut bien ; et puis, quand c’est si bien fait...« Watcher... » vous paraîtra sans doute moins accrocheur que ne l’était le Géant Hogweed ou « Fountain... » mais je n’ai JAMAIS réussi à me lasser de ce titre. Tout est si bien amené, si bien construit... voici un classique du progressif, une de ses figures emblématiques, et même s’il me parle moins que "Firth of Fifth" ou d’autres, je suis conscient de sa qualité...
(Flower King).


TRACKLIST :

A1Watcher Of The Skies
A2Time Table
A3Get 'Em Out By Friday
A4Can-Utility And The Coastliners
B1Horizons
 Supper's Ready (22:53)
B2.iLovers' Leap
B2.iiThe Guaranteed Eternal Sanctuary Man
B2.iiiIkhnaton And Itsacon And Their Band Of Merry Men
B2.ivHow Dare I Be So Beautiful?
B2.vWillow Farm
B2.viApocalypse In 9/8 (Co-starring The Delicious Talents Of Gabble Ratchet)
B2.viiAs Sure As Eggs Is Eggs (Aching Men's Feet)






Talk Talk - The Party's Over



TALK TALK - THE PARTY'S OVER (1982)

'All you do to me is Talk Talk !' Ainsi détonne le refrain du premier titre, premier album de Talk Talk. Premier morceau lui-même intitulé de la sorte, et anticipant en fait la création de ce nouveau groupe, car il avait été écrit initialement par les frères Hollis au bénéfice du précédent, The Reaction (ayant cessé d’officier en 1979). Pour le compte, ce que propose ceThe Party’s Over à son auditeur est tout sauf un Talk Talk en boniments ! A moins que vous n’appréciez pas la rythmique pop des années 80 et la débauche de synthés qui s’apprêtaient, au début de la décennie, à faire déferler cette New-Wave rutilante sur toutes les bandes FM possibles et imaginables, vous pouvez sans risque vous adonner à cette enivrante expérience que représente la découverte de l’œuvreTalkienne. Et cela doit passer, sans conteste, par la première case.

The Party’s Over, c’est d’abord une main de velours - par la justesse de son interprétation et la limpidité de son schéma thématique - dans un gant d’acier trempé : une sonorité haut de gamme (presque trop ?), où rien ne dépasse, un vocal d’orateur souverain, aérien à souhait, des arrangements à couper le souffle et un sens mélodique à la fois sobre et imparable. Avec le trio d’ouverture, "Talk Talk", "It’s So Serious" et "Today", nous voilà embarqués dans un voyage où la course de la rythmique emporte tout sur son passage, un tiercé d’envolées musicales qui se placent sous le signe d’une inflexible détermination combative (et parfois aux couleurs cosmiques). Le vocal de Mark Hollis, à la fois guttural et ouaté, se mêle à la perfection aux assauts des synthétiseurs et de la cavalerie des percussions. Le rappel de ce versant est effectué un peu plus loin, et toujours dans la même veine, avec "Another Word".

Le milieu de galette avec son titre éponyme, suivi de "Hate", et soutenu par "Candy" en clôture, s’adjuge des airs prophétiques de fin des temps (impossible de passer à côté de cet art incantatoire, où Mark Hollis excelle véritablement), tandis que "Have You Heard The News" et "Mirror Man" nous invitent à méditer solennellement sur un certain regard du genre humain, mais toujours sous la bannière d’une New-Wave débordante d’énergie. On a fait le tour : rien à jeter, et dans ce registre pop, rarement un album n’a été à la fois aussi cohérent sur la forme, et aussi diversifié sur le fond. Le public ne s’y trompa d’ailleurs pas, le succès fut immédiat en Grande-Bretagne, et dans d’autres pays d’obédience anglo-saxonne, où les tubesques "Talk Talk" et "Today" notamment rencontrèrent un bel enthousiasme.

Qu’y a-t-il en effet à contester sur un projet aussi solide ? La linéarité de sa batterie ? Même pas, si l'on est d’accord sur le principe de le juger pour ce qu’il est : avant tout, une création synthpop à replacer dans le contexte de cette période en pleine effervescence stylistique, et qui n’a pas pris une ride, 30 ans plus tard; on aime un jour, on aime toujours. (Realmean).


TRACKLIST :

A1Talk Talk3:20
A2It's So Serious3:19
A3Today3:28
A4The Party's Over6:10
B1Hate3:56
B2Have You Heard The News?5:05
B3Mirror Man3:18
B4Another Word3:12
B5Candy

4:40








Pixies - Doolittle



PIXIES - DOOLITTLE (1989)

Voilà un de ces disques qui vous foutent une pêche d’enfer. Un de ceux qu’on pourrait écouter à n’importe quelle heure, n’importe quelle époque de l’année, et qui nous donnerait toujours autant de bonheur. Doolittle, c’est une collection de titres ravagés, splendides, allumés, énergiques, osés, déconnants, accrocheurs comme jamais et parfaitement exécutés : les Pixies au sommet de leur art Pop. Forts du succès rencontré par leur Surfer Rosa (élu album de l’année dans quelques magazines britanniques), les Pixies (enfin surtout Black Francis) se remettent à la composition en vue du troisième album. Cette fois, le producteur du disque sera un certain Gil Norton, qui les accompagnera jusqu’à Trompe Le Monde

Un remplacement qui a du bon : le son gagne en amplitude, la guitare de Joey ainsi que la voix de Black sont désormais plus présentes. Ne manquent plus que des morceaux à la hauteur de leur précédent effort, et les Pixies sont assurés de faire un carton. Des morceaux « à la hauteur » du précédent album ? Qui le dépassent d’une bonne tête oui! Pourquoi se contenter de maintenir le niveau, quand on dispose de compétences suffisantes pour atteindre des sommets ? Une réflexion qu’ont dû se faire les Farfadets, et à laquelle ils apportent une solution simple et efficace: Doolittle, quarante minutes, quinze titres, pas un de mauvais ni même décevant; et une bonne moitié de véritables bombes. Celui qui n’est pas convaincu n’a qu’à se passer les sept premiers morceaux : il y trouvera, pêle-mêle, quelques-uns des meilleurs et des plus emblématiques titres des Pixies (qui ne sont pas forcément les mêmes, bien sûr).

En ouverture: "Debaser". Peut-être mon préféré de la bande à Francis, et l’une des meilleures entrées en matière qu’il m’ait été donné d’entendre, tous genres confondus. Le prestation vocale de Black est hallucinante, la rythmique vous donne envie de sautiller, et puis les riffs de Santiago, et puis les chœurs de Kim Deal à l’arrière-plan… C’est frais, plein d’idées, ça vous remet du baume au cœur lors des journées maussades, vous enchante lorsque le soleil est à votre porte. "Tame", new-wave corrigé à la sauce Pixies, porté par les hurlements possédés de Black Francis : lorsque l’absurde et le terrifiant se marient pour donner naissance au délirant ; "Wave Of Mutilation", encore un de leurs tout meilleurs titres, à l’accroche mélodique monstrueuse, et toujours ces rythmes bizarres, ces drôles d’idées qui font les grandes réussites. Il y a la guitare de Santiago, échappée d’un asile, tapie dans un coin pour rugir lors du refrain : il y a donc "I Bleed", inquiétante descente aux enfers, où les voix de Black et Deal se confrontent dans un esprit en proie à la schizophrénie. Il y a encore ces merveilles de mélodies pop imparables, ce charmant "Here Comes Your Man" auquel aucun cœur sensible ne pourra résister.

Tout ceci est remarquablement agencé, la monotonie ne s’installe jamais: aux morceaux les plus doux succèdent de véritables perles noires: "Dead", annoncé par la batterie menaçante de Lovering, avant que le cri primal de Black n’annonce le refrain débile et flippant, un peu comme toutes ces irrésistibles séries B d’épouvante des années 50 que nos amis les Farfadets doivent affectionner. Un morceau absolument immanquable. Et "Monkey Gone To Heaven", bon sang ? Un des titres les plus chéris des fans du groupe! Quel riff d’entrée! Quelle ligne de basse! Et encore et toujours cette science du refrain que l’on retient par cœur dès la 1ère écoute et dont on ne se lasse pas…

Voilà, on n’est même pas à la moitié du disque et il y a déjà eu tout ça! Tant de merveilles! Et comment ne pas évoquer "Crackity Jones", délire ultra-rapide qui vous explose à la tronche comme un baton de dynamite ; la rythmique parodique de "La-La Love you" chanté par David Lovering ; l’outro obsédante de "N°13 Baby", morceau le plus long du recueil (3:51); les ambiances far-west de "There Goes My Gun" et du sublime et pesant "Silver", unique composition de Kim Deal sur ce disque et qui fait ici usage de la Slide Guitar. Et l’impeccable final qu’est "Gouge Away", à la construction certes classique (couplet calme et refrain énervé) mais qui trouve sa pertinence dans l’ambiance menaçante de ce titre, jusqu’à l’ultime explosion.


Oui, Doolittle, c’est tout ça et c’est énorme. Même si vous n’êtes pas un grand amateur de pop/rock (oh la jolie expression fourre-tout !), il est pratiquement impossible que vous n’y trouviez pas votre compte. Et si vous voulez vous mettre aux Pixies, ne cherchez plus : c’est par celui-là que vous devez commencer. Il y a là tout ce qui fait des Farfadets un grand groupe. Et le monde ne va plus tarir d’éloges sur eux : les magazines rock bien sûr, mais aussi des personnalités comme Bono (les Pixies feront la première partie de la tournée des stades de U2 en 1992) et même David Bowie. Suite à cela hélàs, un des membres de groupe va commencer à choper le melon en même temps qu’il prend du bide. Je vous laisse deviner lequel… (Flower King).


TRACKLIST :

A1          Debaser            
A2          Tame                   
A3          Wave Of Mutilation                      
A4          I Bleed                
A5          Here Comes Your Man                               
A6          Dead                   
A7          Monkey Gone To Heaven
B1           Mr. Grieves     
B2           Crackity Jones                 
B3           La La Love You
B4           Number 13 Baby            
B5           There Goes My Gun
B6           Hey                      
B7           Silver    
B8           Gouge Away





Metallica - Black Album



METALLICA - BLACK ALBUM (1991)



En 1991, avant la sortie de cet album, Metallica est déjà un groupe établi. Au succès critique remporté par son impeccable carré magique s'est ajouté le succès commercial, puisque …And Justice for All a atteint la quatrième place des charts US. Mais personne ne se doutait encore que ceMetallica, plus communément appelé le «Black Album», allait transformer un groupe de metal en un poids lourd de l'industrie musicale mondiale.

En effet, Metallica est un album hors normes, plus de par son impact que par sa qualité intrinsèque. Il s'est écoulé à près de 25 millions d'exemplaires dans le monde, dont près de 450 000 copies en France, une performance ahurissante pour un album de heavy metal. En revanche, point question de thrash, mis au placard pour une bonne décennie. Cette nouvelle direction musicale déroutera les fans de la première heure, qui ne seront pas ménagés au cours des années 1990. On a d'ailleurs beaucoup évoqué l'avènement du grunge pour expliquer la mort du thrash (Nevermind sortira à peine un mois et demi après Metallica), mais cet album y est aussi pour beaucoup. Derrière un leader et fondateur de la scène qui entame un virage heavy très réussi, beaucoup tenteront leur chance, pour des fortunes diverses. Si Megadeth emboîtera avec succès le pas de son modèle avec Countdown to Extinction, certains sortiront de bons albums qui s'avéreront néanmoins des échecs cuisants (Set the World on Fire d'Annihilator, Sound of White Noise d'Anthrax) tandis que d'autres se planteront complètement (l'horrible The Ritual de Testament). Parmi les rares qui conserveront leur style initial, Slayer (Divine Intervention) et Exodus (Force of Habit) sonneront ringards du fait d'un manque évident d'inspiration, sans compter les nombreux seconds couteaux qui splitteront dans l'anonymat le plus complet. Et voilà comment faute de leaders, l'âge d'or du thrash prit fin.

Alors que dire sur le disque en lui-même ? Les premières interrogations naquirent dès l'annonce du recrutement de Bob Rock à la production, célèbre pour son travail avec Bon Jovi et surtout Motley Crüe. Pas vraiment le même style que les Horsemen quoi. Au contraire, ce fut une bonne chose : le son est excellent, avec des guitares tranchantes et surtout une batterie énorme. Chose rare, on entend même la basse, qui n'avait pas eu voix au chapitre sur …And Justice for All. Une façon pour le groupe de se faire pardonner auprès de Newsted. Quant aux morceaux eux-mêmes, fini les titres à tiroir qui avaient fait la renommée de Metallica : la plupart des titres ont une construction très classique et relativement épurée. La grande nouveauté de l'album, c'est probablement le chant : pour la première fois Hetfield s'est décidé à vraiment chanter. L'accouchement n'a pas été facile, loin de là. Ceux qui ont vu la vidéo 1 an et demi de la vie de Metallica – 1ère partie doivent s'en souvenir. En revanche, et on s'en doutait vu le potentiel dévoilé à de trop courts moments sur les précédents albums, le résultat est vraiment convaincant. Enfin, le tempo de l'album est relativement lent, et les rares titres rapides ("Holier than Thou", "Through the Never") correspondent également aux légers creux de l'album. Avec "Struggle Within", Metallica composera même son premier titre vraiment mauvais. Ceci dit, on trouve également sur cet album plusieurs des sommets de leur carrière.

Ainsi, l'enchaînement des deux premiers titres est un véritable must. Nul ne pourra nier qu'"Enter Sandman" est par essence LE metal-hit, à la fois puissant, heavy (cette intro !) et catchy, avec un refrain dont il est difficile de se débarrasser une fois en tête. Quant à "Sad But True", son tempo plombé et sa caisse claire foudroyante en font une petite merveille live. Metallica s'est d'ailleurs mué en spécialiste de ce genre, puisque dans la même veine bien lourde, "The God that Failed" est également fort appréciable. Avec la fin de "My Friend of Misery", "Wherever I May Roam" est un des (trop) rares moments de l'album où les Horsemen lâchent les chevaux, et c'est un peu dommage. En effet, le contraste entre couplets bien heavy et accélération débridée sur le pré-refrain fonctionne à merveille, et a décidément goût de trop peu. Enfin, on retrouve deux ballades sur l'album. "The Unforgiven" est une semi-déception : avec une structure vaguement power-ballade, on croit avoir affaire à un nouveau "Welcome Home (Sanitarium)" ou "One", mais l'explosion finale tant attendue ne viendra jamais. En revanche, le chant tout en sensibilité de Hetfield est un réel atout. En revanche, "Nothing Else Matters" a fait couler beaucoup d'encre. Il s'agit là d'une pure ballade, sur laquelle beaucoup de guitaristes en herbe se sont fait la main. Bien que magnifique, cette ballade aura cristallisé autour d'elle l'essentiel des polémiques liées à cet album. La présence d'arrangements de cordes orchestrés par Michael Kamen, avec qui le groupe collaborera plus tard sur S&M, sera une pilule difficile à digérer (à l'époque) pour les amateurs de metal. En revanche, le succès de "Nothing Else Matters" en tant que single aura été pour beaucoup dans le succès de l'album auprès du grand public.

Aujourd'hui, on a presque l'impression de devoir réhabiliter le «Black Album», car il ne semble plus guère soulever l'enthousiasme des foules. Les fans du groupe préfèreront toujours les premiers albums, et celui-ci semble correspondre à une époque désormais révolue. Il fut néanmoins une passerelle jetée vers le grand public, et une formidable porte d'entrée vers le monde du metal pour de nombreuses personnes qui y étaient totalement étrangères. Parmi les acquéreurs de la bête, certains ont continué leur parcours et sont devenus de vrais fans de metal en général, alors que d'autres en restèrent à Metallica, voire même se cantonnèrent au «Black Album». Quoiqu'il en soit, voici un bon album, tellement entendu qu'on n'y fait plus vraiment attention, mais qu'on peut encore redécouvrir avec plaisir. (Kroboy).







TRACKLIST :


A1. Enter Sandman
A2. Sad But True
A3. Holier Than Thou

B1. The Unforgiven
B2. Wherever I May Roam
B3. Don't Tread On Me

C1. Through The Never
C2. Nothing Else Matters
C3. Of Wolf And Man

D1. The God That Failed
D2. My Friend Of Misery
D3. The Struggle Within




Metalicca - Nothing Else Matters from Friedrich Mary on Vimeo.

samedi 5 janvier 2013

The Cure - Japanese Whispers



THE CURE - JAPANESE WHISPERS (1983)

Nous sommes en 1983, et The Cure vient de se séparer de son bassiste attitré, Simon Gallup, pour une sombre histoire de bières qui n’avaient pas été payées dans un pub et autres joyeusetés….

Quoi qu’il en soit, Robert Smith passe plus de temps à préparer des cocktails en tout genre pour « Siouxsie and the Banshees » qu’à faire de la musique. Cure n’a pas été officiellement dissout, mais les rumeurs vont bon train.

Une opportunité permettra cependant à Robert Smith de sortir de sa léthargie, et de composer « Lament » sur sa vieille gratte « Top 20 ». L’idée était de casser le mythe de ce groupe qui était devenu trop imposant et trop sérieux. Avec « Japanese Whispers », Smith va s’y employer avec vigueur, et détruire ce monstre appelé « The Cure ». En engageant Steve Goulding à la batterie, Robert et son comparse de toujours Lol Tolhurst entrent en studio, et après quelques heures de jam session, en ressortent avec deux titres : « Let's Go To Bed » et « Just One Kiss ».

S’en suit un 45 tours, puis Robert décide de repartir en tournée avec les Banshees, abandonnant cette pauvre galette à son triste sort. Puis l’album « Japanese Whispers » sortira quelque temps plus tard. Cet album représente vraiment une cassure dans l’univers de « The Cure ». Il est vraiment atypique, et Robert Smith n’a jamais caché qu’il détestait les singles. Mais bizarrement, cet album a plutôt bien marché dans les radios et les discothèques, toujours avides de rythmes pop. Seuls, des titres comme « Just One Kiss » et « Lament » ont des relents de l’ancienne période sombre de « Cure ». Tout le reste de l’album donne dans la pop légère et sans consistance. Album léger, mais mine de rien, cet opus aura servi de tremplin à Robert Smith, qui après avoir tourné quelques temps avec sa vieille amie Siouxsie, remettra « The Cure » sur les rails, et l’homme aux cheveux hirsutes composera et jouera, quelques mois plus tard, l’album « The Top ».

Un album qui aura donc servi de détonateur, pour Smith, mais qui n’aura bien évidemment pas, auprès des fans acharnés, le succès escompté.





TRACKLIST :

A1. Let's Go To Bed
A2. The Dream
A3. Just One Kiss
A4. The Upstairs Room

B1. The Walk
B2. Speak My Language
B3. Lament
B4. The Love Cats



The Cure - Let's Go To Bed from Friedrich Mary on Vimeo.