lundi 2 décembre 2013

Manic Street Preachers - Generation Terrorists





MANIC STREET PREACHERS - GENERATION TERRORISTS
Sony Music - 88725471251 - LP Reissue Remastered Gatefold (UK & UE) - 1992



Ah ! Les Manic Street Preachers (ou Les Manics pour les intimes), on aurait pu facilement les croire tout droit débarqués d'un bar à copines ou d'une gay pride sponsorisée par le socialisme extrême avec leurs looks punk-glam-défonce-warrior !!!

Ces quatre gallois là, fans du Apetite For Destruction des Gun's 'n Roses, ont des choses à dire, et s'ils se comportent avec la même suffisance et la même arrogance que leurs copains ouvriers mancuniens (Madchester), ils s'en démarquent allégrement par leur énergie et leur style plus direct.

Generation Terrorist, s'il n'est pas un album extraordinaire, pose déjà les bases d'un talent certain pour pondre des putains de mélodies qui viennent porter la voix déjà envoûtante de James Dean Bradfield par des textes politisés voire même des slogans (on voit aussi un drapeau Européen brûler dans la pochette intérieur )!

Les MSP ont des grandes gueules, mais ils le font avec tellement de cœur qu'on fini par s'y attacher, on frôle parfois le ridicule, que ce soit dans le look ou l'attitude punk, sans parler d'une musique aux accents glam rock perceptibles, seulement voilà, il se produit quelque chose, quelque chose de différent, ce groupe a une âme, une âme généreuse et fougueuse, typiquement britannique.

Le groupe se taille une réputation d'emmerdeurs, qu'ils se réjouissent de la fin de du mouvement Madchester ou bien qu'ils taillent la veste à des groupes comme slow dive, ils deviennent des bons clients pour la presse avec qui ils noueront une relation d'amour/haine plutôt drôle.

La réussite de cet album est due a plusieurs facteurs, le mystère, mais surtout l'ambiguïté: politique (socialo révolutionnaire ?), sexuelle (Nicky Wire, elle est belle ta jupette) et musicale, comment peut on jouer sur tout ces tableaux à la fois, revendiquer des idées politiques avec une pochette rose bonbon où l'on voit un torse imberbe arborer un crucifix et un bras tatoué d'une rose et du fameux... 'Generation Terrorist' ? Qu'est ce que ça peut bien vouloir dire, que la révolte a sonné ? Que toutes les bases de la pop anglaises ont besoin d'être bousculées ? Quelle importance, les Manics demandent avant tout à être entendus et aimés ("You Love Us"), on appellera ça comme on veut, les Manics savent manipuler leurs auditeurs mais aussi les médias.

D'autre part, une autre question subsiste, comment peut on fourrer dans le même album des pépites intemporelles comme "Motorcycle Emptiness" et le confronter au duo mielleux de "Little Baby Nothing" chanté avec la bonnasse suceuse de bites hardeuse Tracy Lords, un titre qui aurait bien pu passer au top 50 de l'époque ?
Toutes ces questions ont une réponse, une réponse finalement évidente et jamais reniée par le groupe à ses débuts, cette réponse tiendrait un ces quelques mots :

'Qui m'aime me suive, les autres on vous emmerde !'

(Interpolian - Xsilence.net).



TRACKLIST :

A1.      Slash N' Burn
A2.      Nat West-Barclays-Midlands-Lloyds      
A3.      Born To End
A4.      Motorcycle Emptiness       
A5.      You Love Us
                       
B1.      Love's Sweet Exile 
B2.      Little Baby Nothing
B3.      Repeat (Stars And Stripes)          
B4.      Tennessee
  
C1.      Another Invented Disease                        
C2.      Stay Beautiful         
C3.      So Dead       
C4.      Repeat (UK)
C5.      Spectators Of Suicide   
    
D1.      Damn Dog   
D2.      Crucifix Kiss
D3.      Methadone Pretty   
D4.      Condemned To Rock 'N' Roll 
D5.      Theme From M*A*S*H (Suicide Is Painless)





The Who - My Generation



THE WHO - MY GENERATION (1965)
Polydor - 113 981-1 - 180 Gr 2xLP Deluxe Edition (Europe)

Parmi le foisonnement des groupes londoniens du début des années 1960, certains allaient rapidement prendre de l’ampleur. Les Rolling Stones en particulier allaient montrer la voie, rapidement suivis par des formations aussi diverses que les Pretty Things ou les Kinks. L’un de ces groupes étaient entouré d’une réputation scénique hors du commun, accompagnée de racontars à propos de guitares brisées, de micros piétinés, de batteries défoncées : ce combo, au patronyme aussi mystérieux qu’impersonnel, s’appelait The Who. Ces jeunes gens sortirent leur premier album fin 1965, alors que le marché de la pop anglaise était déjà bien lancé.

Le groupe en était à ses débuts ; les chansons enregistrées étaient les premières écrites par Pete Townshend, auteur-compositeur principal. D’autre part, les Who n’avaient qu’une légère expérience du travail en studio : ils n’avaient publié que trois singles avant d’enregistrer l’album. Le plus âgé était le chanteur Roger Daltrey, qui venait à peine de fêter ses vingt-et-un ans. Le lecteur ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’il se dégage de ce disque une impression de fraîcheur juvénile, parfois maladroite, mais fondamentalement sincère.

Ici, point de distorsion : le terrain est celui d’une pop anglaise élégante, excentrique mais étrangement brutale, à l’instar du groupe, habillés selon la dernière mode mais n’hésitant pas à détruire son matériel à l’issue des concerts. La guitare de Pete Townshend possède un son clair, brillant, carillonnant très répandu à cette époque, utilisé par les Byrds par exemple. Le guitariste est tourné plus vers les progressions harmoniques que vers les mélodies, ce qui donne une certaine compacité rythmique à la musique. Certains arpèges sont plaisants à l’écoute, comme ceux qui introduisent "The Good’s Gone" ou "A Legal Matter". L’introduction d’"Out In The Street" rappelle celle d’"Anyway, Anyhow, Anywhere", l’un des singles précédents du groupe. Les harmonies vocales sont partout présentes. On peut dire que les morceaux restent assez linéaires dans leur ensemble, faisant partie d’un même style, d’un même filon artistique. C’est en cela que "My Generation" est un album étonnamment cohérent pour l’époque.

Cependant, la grande majorité des titres, sympathiques mais assez anodins, peinent à retenir l’attention ; les deux reprises de James Brown, "I Don’t Mind" et "Please Please Please" sont assez inutiles, bien en-dessous des originaux. Cependant, quelques morceaux sont là pour prouver que le groupe avait du talent à revendre, et quel talent !

Impossible de ne pas citer la chanson-titre, manifeste arrogant, angoissé, haineux de la jeunesse. Les paroles et leur célébrissime "Hope I Die ‘Fore I Get Old"(j’espère mourir avant de vieillir) restent parmi les plus notoires écrites par un groupe anglais. Cependant, il ne s’agit pas du seul intérêt de ce titre. La musique préfigure les rythmiques punk avec douze ans d’avance, avec même un peu de feedback vers la fin. Dans les autres morceaux de l’album, on se rendait compte que le bassiste était peut-être un peu plus qu’un simple soutien rythmique à la guitare. Dans la chanson-titre, John Entwistle se révèle pleinement : ce que l’on entend durant le pont n’est ni plus ni moins qu’un solo de basse, chose stupéfiante à l’époque.

Il convient de citer également l’instrumental "The Ox", titre bovin dont était aussi affublé Entwistle. C’est ici Keith Moon qui est à l’honneur. Le jeune batteur propulse une rythmique irrésistible, à la fois brutale et technique, soutenant un thème simpliste de surf-rock."The Kids Are Alright" est également un excellent titre, sans aucune agressivité, nostalgique, plein de tendresse.

My Generation est un album honnête, avec déjà quelques chansons inoubliables. Cependant, il reste assez inintéressant sur la longueur. Les amateurs éclairés du groupe sauront l’apprécier ; le néophyte n’y trouvera par complètement son compte. Le combo saura faire bien mieux par la suite. La politique éditoriale de ces années héroïques étant troublée, on trouve une version américaine un peu différente appelée The Who Sings My Generation. Une version deluxe est parue il y a peu, avec un second disque bonus assez intéressant.
(Ulyssangus - Destination Rock).


TRACKLIST :


A1Out In The Street2:32
A2I Don't Mind2:33
A3The Good's Gone4:00
A4La-La-La Lies2:18
A5Much Too Much2:45
A6My Generation3:21
A7The Kids Are Allright3:10
B1Please Please Please2:46
B2It's Not True2:34
B3I'm A Man3:23
B4A Legal Matter2:54
B5The Ox3:57
B6Circles3:13
B7I Can't Explain (Bonus Track)2:04
C1Bald Headed Woman2:32
C2Daddy Rolling Stone2:55
C3Leaving Here (Alternate Previously Unreleased)2:50
C4Lubie (Come Back Home)3:40
C5Shout And Shimmy3:20
C6(Love Is Like A) Heat Wave2:41
C7Motoring2:51
D1Anytime You Want Me2:38
D2Anyhow, Anywhere, Anyway (Alternate Previously Released Only On A French Ep)2:43
D3Instant Party Mixture (Previously Unreleased)3:24
D4I Don't Mind (Full Lenght Version Previously Unreleased)3:43
D5The Good's Gone (Full Lenght Version Previously Unreleased)4:29
D6My Generation (Instrumental Version Previously Unreleased)3:27
D7Anytime You Want Me (Acappella Version Previously Unreleased)2:29





Duran Duran - Rio



DURAN DURAN - RIO (1982)
EMI - EMC3411 - (U.K.)

Que les stalinistes du bon goût passent leur chemin. Nous allons aujourd’hui nous intéresser à Rio, le deuxième album de Duran Duran, et ce via une comparaison avec Diamond, le second disque de son concurrent direct de l’époque : Spandau Ballet. Pour la petite histoire, en 1982, les deux groupes, en recherche ardente de publicité, aimaient à faire croire qu’ils se détestaient cordialement. Et comme à son habitude, la presse anglaise ne ratait naturellement jamais une occasion de mettre de l’huile sur le feu…


Une émission de la BBC est revenue il y a quelques temps sur cette rivalité prétendument féroce entre Duran Duran et Spandau Ballet. En réalité, il semble que les deux groupes se vouaient un respect mutuel et n’alimentaient cette guéguerre par magazines interposés que dans le but d’entretenir le buzz autour de leurs noms. C’est une stratégie marketing qui a fait ses preuves (pensez aux conflits Beatles-Stones, Oasis-Blur, Delvaux-Coosemans,...). Avec le recul, l’on peut dire que les deux groupes avaient beaucoup plus de points communs que de différences fondamentales. Outre une longue liste de références similaires (David Bowie, Roxy Music, Chic et Kraftwerk principalement), tous deux sont de purs produits de la culture du nightclubbing anglais de la fin des années 70.

A cette époque, au même titre que les Duran Duran à Birmingham, les Londoniens de Spandau Ballet sont de toutes les fêtes. Le quartier chaud de Soho est leur Q.G. Ils y passent toutes leurs nuits en boîtes, à boire du champagne et tomber les filles. Sous la boule à facettes, ils dansent sur la synth-pop de Kraftwerk, Telexet Tubeway Army entre autres, ce qui les incitera à introduire progressivement de l’électronique dans leur musique. Ce sera un tournant majeur car lors de sa formation, deux ans plus tôt, le groupe donnait plutôt dans le blues et le rock’n’roll classique façon Rolling Stones et Kinks.

« You go down Greek Street, then it’s underground. Well, it’s Soho life. » (Chant n° 1, Spandau Ballet).

Après plusieurs changements de line-up, Spandau Ballet trouve sa formule définitive en 1979. Autour du guitariste Gary Kemp, 20 ans, qui se prédestinait à une carrière de comédien, on trouve le fringant chanteur Tony Hadley, fils spirituel de Bryan Ferry, le multi-instrumentiste Steve Norman et le batteur John Keeble. Martin Kemp, bassiste et jeune frère du leader, est le dernier à les rejoindre à seulement 17 ans.

Ils donnent une série de concerts dans les clubs branchés de Londres et deviennent vite l’objet d’une véritable hype. Les membres de Duran Duran les voient sur scène et sont très impressionnés, tant par leur look baroque/futuriste très étudié que par l’efficacité de leur son (ils mettront toutefois de nombreuses années à le reconnaître).

Plusieurs grosses maisons de disques sont intéressées et c’est finalement Chrysalis Records qui décroche leur signature et sort leur premier single, le tube synth-pop To cut a long story short, en 1980. Celui-ci se classe directement à la cinquième place des charts britanniques. Le très select club londonien Blitz, dont les membres du groupe sont devenus de véritables piliers (au même titre que Boy George, entre autres), devient alors pour quelques mois le centre de gravité de la scène musicale du Royaume-Uni. C’est de là qu’explose le mouvement Nouveau Romantique, lorsque Steve Strange et Rusty Egan y forment Visage avec des membres d’Ultravox et de Magazine, qui sont tous des habitués du club. Leur single Fade to grey sort en 1980 et devient instantanément un classique incontournable des dancefloors.

De leur côté, à Birmingham, les Duran Duran ont remplacé dès 1979 le chanteur des débuts par Simon Le Bon, un poseur de 21 ans, acteur débutant qui a déjà tourné dans quelques spots de pub. Une de ses petites amies, barmaid au Rum Runner, la boîte où Nick Rhodes est DJ et John Taylor portier, a servi d’intermédiaire à leur rencontre. Roger Taylor, le batteur, et Andy Taylor, le guitariste, rejoignent le groupe dans la foulée (contrairement à une idée reçue, il n’existe aucun lien de parenté entre les trois Taylor).

Duran Duran se positionne rapidement comme un groupe de rock post-disco. « Les Sex Pistols qui jouent du Chic », diront-ils parfois, confessant que leur look est au moins aussi important que leurs chansons (à l’instar de Spandau Ballet, la presse les associe immédiatement au mouvement néo-romantique émergeant). L’électronique est présente dès leurs premières chansons via le synthétiseur de Nick Rhodes, mais la guitare est toujours bien en avant et c’est de la section rythmique que viendra la signature funky du groupe. A bien des égards, le Duran Duran de 1981 peut être perçu comme une version plus pop et moins intello de Japan(encore un rejeton de Bowie/Roxy nourri aux musiques noires). Nick Rhodes, le cerveau musical de Duran Duran, n’a d’ailleurs jamais fait mystère de sa fascination pour David Sylvian.

De même, on peut souligner le mimétisme entre les titres du LP Duran Duran et ceux d’albums de Japan. Un exemple en particulier parle de lui-même, c’est celui du single de 1979 Life in Tokyo, produit par Sylvian avec le pape du disco Giorgio Moroder. Sa structure a manifestement servi de modèle aux premières ébauches de Nick Rhodes et consorts. Simon Le Bon insuffle toutefois un surplus d’explosivité, d’entrain et de charisme.

Dans les vidéos diffusées en heavy rotation sur l’unique chaine musicale de l’époque, il personnifie le winner irrésistible : un jeune esthète qui transpire l’assurance, voire même l’arrogance. L’usage fait par Duran Duran de la vidéo est l’une des clés de sa réussite. Les membres du groupe jouent les gravures de mode dans des clips légers où les filles et le champagne sont omniprésents. Celui deGirls on film, jugé beaucoup trop sexy et provoquant, est censuré par la BBC, ce qui crée un coup de pub plus que bienvenu. Grâce à ce buzz, leur premier album, en 1981, sera un succès.

Journeys to glory, le premier LP de Spandau Ballet, sort la même année et ne recueille pas que des bonnes critiques. Globalement bâclé, doté de plusieurs titres peu inspirés, cet opus est un départ manqué, rapidement éclipsé dans le cœur des teenagers par, notamment, le premier Duran Duran, autrement plus excitant. Spandau a soif de revanche et concentre donc ses efforts sur sa deuxième plaque, Diamond. Celle-ci se veut nettement plus ambitieuse et expérimentale. Sa première face comprend quatre titres de funk urbain à haut potentiel dansant (dont Chant n° 1 (I don’t need this pressure on), qui décrochera un joli succès populaire), tandis que la seconde face du disque se concentre sur des titres étranges, moins accessibles, plus alambiqués. Les trois derniers morceaux de l’album désarçonnent l’auditeur par les sonorités étonnantes qu’ils renferment. L’orientalisante et ambientInnocence and science, par exemple, évoque davantage la bande-son d’un massage tantrique et des effluves d’encens que les soirées arrosées au Dom Pérignon des boîtes de nuits de la capitale. On peut y voir l’influence de certains albums de Brian Eno, mais aussi une démarche calculée ayant pour but d’être pris tant que possible au sérieux par un public arty et intellectuel. Viser plus haut que les jeunes clubbeurs de 20 ans était déjà plus qu’une nécessité, une question de survie.

« Some people call it a one night stand, but we can call it paradise. » (Save a prayer, Duran Duran).

De son côté, Duran Duran est bien déterminé à concrétiser, avec Rio, la percée réussie avec son premier 33 tours un an plus tôt. Le succès de masse est leur seul objectif et, au vu de la moisson de hits présents sur cette galette, ils ne pouvaient que le récolter. L’album est un triomphe planétaire, certifié double disque de platine aux Etats-Unis. My own way, Hungry like the wolf, Save a prayer(à mon humble avis, l’un des meilleurs morceaux de leur carrière) etRio cartonnent en single dans les charts internationaux. D’autres titres comme New religion, Last chance on the stairway, Lonely in your nightmare et Hold back the rain (inspirée par les graves problèmes de drogues du bassiste John Taylor) auraient assurément connu la même destinée s’ils avaient été édités en simples. Tant de tubes sur un seul LP, cela tient du prodige ! Duran Duran a trouvé la recette de la pop-song parfaite, avec des mélodies insidieuses et des refrains immédiatement mémorisables à reprendre en chœur. Seul titre plus ambitieux d’un point de vue artistique, la ballade The chauffeur clôture l’album sur une note plus mélancolique et aventureuse (même si le pipeau sonne aujourd’hui affreusement daté). Et à l’efficacité du son s’ajoute la puissance du visuel : le groupe continue de proposer des clips à gros budgets tournés dans des contrées paradisiaques et qui renforcent encore auprès des ados leur image de sex-symbols intouchables.

Spandau Ballet n’a pas autant de hits à défendre mais n’a pas à rougir de son travail sur Diamond pour autant. En faisant cohabiter guitares, section de cuivres, éléments électroniques, rythmiques funky et chant de crooner, ils proposent ce qu’on pourrait appeler « du Roxy Music de l’ère new wave ». Chant n°1, véritable ode aux nuits de Soho (où le clip a d’ailleurs été tourné) et Paint me down, un autre single extrêmement bien ficelé, sont très efficaces mais c’est l’intrigante Coffee Club qui remporte la palme de l’originalité : du funk blanc déjanté croise des improvisations jazz et des vocalises proches du ska complètement inattendues ; on est là très loin du rock et de la pop. Dans un tout autre registre, la plus romantique She loved like diamond annonce, elle, le ton de l’albumTrue, entre élégance innée et maniérisme insupportable. Les poses suffisantes de Tony Hadley dans ce clip lui vaudront une réputation de frimeur fini. Et beaucoup de railleries, en Angleterre comme ailleurs.

Verdict : EX AEQUO. Impossible de départager ces deux albums.Diamond est plus osé, moins ouvertement commercial et consensuel, mais on ne peut nier que Rio représente le pinacle de la pop. Une pop fichtrement bien foutue, imparable, magnifiquement produite et que beaucoup de gros durs - Chino Moreno deDeftones, Fred Durst de Limp Bizkit, Jonathan Davis de KoRn ou, dans un autre registre, les Dandy Warhols - ont avoué adorer. Duran Duran a certes largement remporté la bataille des hit-parades, mais Spandau Ballet Ballet n’avait rien à leur envier sur le plan purement artistique, loin de là (du moins en ce qui concerne Diamond, pour la suite, c’est moins évident).

Pour moi, ces deux disques sont des pépites aussi indispensable l’une que l’autre.
(Jérôme Delvaux - Pop-Rock.com).


TRACKLIST:



A1       Rio
A2       My Own Way
A3       Lonely In Your Nightmare
A4       Hungry Like The Wolf
A5       Hold Back The Rain

B1       New Religion
B2       Last Chance On The Stairway
B3       Save A Prayer

B4       The Chauffeur






dimanche 1 décembre 2013

INXS - Shabooh Shoobah



INXS - SHABOOH SHOOBAH (1982)
Mercury - 812 084-1 - (Europe)


Métronomiquement, INXS aligne les albums chaque année depuis 1980. "Shabooh Shoobah" est le troisième en deux ans pour les Australiens et marque un réel changement, puisqu’avec celui-ci, ils vont conquérir les Etats-Unis et y placer un premier single dans les charts (The One Thing).

En plus du premier single, INXS en sortira trois autres, tous classés en Australie (Don’t Change, To Look At You etBlack & White). L’évolution musicale fait un bond puisque la new-wave de l’époque inonde complètement cet opus. Les synthés se font majeurs et utilisent les sons qui font aussi la gloire de Simple Minds par exemple. Les pédales utilisées sur les guitares complètent la panoplie et c’est tout à fait criant avec Look At You et Don’t Change.

La production apporte une impression d’ampleur en surlignant les basses fréquences –le traitement de la basse est symptomatique- et utilisant des sonorités assez grave pour les claviers. Il reste tout de même une légère empreinte de la période ska (le rythme de Soul Mistake, Here Comes, Black & White) tout en laissant largement les cuivres de coté.

Le martelé, hypnotique et planant Old World New World fait la part belle au saxophone en lui laissant la main pour des soli salvateurs. Il est accompagné par une section de cuivres pour donner encore plus de profondeur. Une composition assez caractéristique de la diversité musicale qu’INXS pouvait proposer à cette période.

Si la production était le parent pauvre des deux premières livraisons, ce n’est plus forcément le cas car, même si le temps a fait son travail, la justesse des compositions compensent ce petit détail. "Shabooh Shoobah" confirme le basculement d’INXS vers la période frugale à venir, et ceci dès "The Swing" deux années plus tard. Cet album conclut donc le tryptique inaugural du combo et sera celui qui fermera la période d’expérimentations qui aura tracé la route des Australiens vers le succès. (Pete_T - Musicwaves).


TRACKLIST:


A1. The One Thing
A2. To Look At You
A3. Spy Of Love
A4. Soul Mistake
A5. Here Comes

B1. Black And White
B2. Golden Playpen
B3. Jan's Song
B4. Old World New World
B5. Don't Change





Midnight Oil 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1



MIDNIGHT OIL - 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1 (1982)
CBS 25314 - (U.K.)



L’album du compte à rebours est pour les « oils » celui de la consécration. Nous sommes en 82. Marqués au fer rouge par les opinions pour le moins arrêtées de son charismatique leader Peter GARRETT, les sujets lancés par le skeud sont bien souvent révolutionnaires et sans compromissions. Deux singles en sont issus : « Power and Passion » et « Read About It ». « Power and Passion » est un titre emblématique, la batterie de Rob HIRST, monolithique, impressionne par sa sécheresse jusqu’à ce que le prodigieux batteur australien nous gratifie d’un petit solo de derrière les fagots, assorti d'une maîtrise des percussions que tout batteur voudrait posséder ; c’est déjà l’outback. Reste que l’aspect mainstream de la chanson la rend peu attachante. « Read about it » est, elle, une attaque directe des médias, sympa, mais pas vraiment mémorable non plus.

C’est ailleurs que se trouvent les compositions les plus emblématiques : le guitariste Jim MOGINIE sort de son esprit tourmenté l’onirique « Outside World » pour un moment enchanteur de douceur, rehaussé par des vagues de claviers et une basse omniprésente, comme souvent chez MIDNIGHT OIL. L’agression percussive de HIRST et la hargne de GARRETT transcendent le titre, en font une revendication finale d’un monde idéal… Un morceau de toute beauté, où chaque instrument tire un parti maximum de son rendement, même si tous ont l’air de suivre une ligne indépendante les uns des autres. Mais n’est-ce pas là la magie de ce groupe unique, des personnalités si fortes, et des idées phares visant à faire réfléchir plus qu’à faire rêver ?

Sur un rythme poussif, GARRETT entame un autre réquisitoire sur les délires de la société moderne dans « Short Memory ». Et il est vrai que les paroles donnent une toute autre dimension à des chansons qui sans elles ne seraient peut-être pas aussi percutantes. Les Américains en prennent pour leur grade alors qu’un solo d’outre-tombe traverse la lancinance de la chanson sans paraître la troubler aucunement. Quelle puissance !

Avant d’intégrer une très active carrière politique, Peter GARRETT, géant chauve au look d’illuminé et à la voix reconnaissable entre mille, était un activiste écologique de première bourre. Les thèmes qu’il aborde dans ses lyrics sont toujours accusateurs, parfois agressifs, et les prestations scéniques du groupe ne sont pour lui que prétexte à ameuter les gens, à les faire s’interroger. Ses gesticulations intenses, sa fébrilité, ne peuvent passer inaperçu. C’est évidemment moins flagrant sur disque, où le calme se fait parfois, comme sur « Scream in Blue », mais la force latente de la chanson ne peut laisser de marbre : cette ligne de piano frustre de MOGINIE, soutenue – comme d'habe - par les performances de HIRST et la guitare de ROTSEY, est une sacrée réussite.

« US Force » ? Je vous laisse deviner le joyeux sujet de ce nouvel opus ! Sur un thème optimiste, GARRETT accuse les Ricains de tous les maux de la terre. C’est drôle, j'adhère, même si la chanson ne change pas la face du monde.

Décrire la musique est une gageure, car aucun autre groupe ne joue ainsi. Allez, tentons le coup : un improbable mélange protopunk et surf, avec des paroles intellos et un son hard ? Les musiciens sont au top : la basse sur « Somebody’s Trying To Tell Me Something », la batterie omniprésente, et les thèmes de bataille sont corrosifs. Ajoutez à cela le look et la personnalité des gars, et vous aurez un cocktail explosif comme il en existe peu.
En deux mots : ça dépote !

L’album restera près de 200 semaines au sommet des charts australiens, en faisant une pièce maîtresse du rock aussie, aux cotés des AC/DC, Rose Tattoo ou autres Men At Work. (Erwin - FP).


TRACKLIST :



A1. Outside World
A2. Only The Strong
A3. Short Memory
A4. Read About It
A5. Scream In Blue

B1. U.S. Forces
B2. Power And The Passion
B3. Marlinga
B4. Tin Legs And Tin Mines
B5. Somebody's Trying To Tell Me Something







Madonna - Like A Prayer




MADONNA - LIKE A PRAYER (1989)
Sire - 925 844-1 - (Europe)


Le titre de ce quatrième album studio de MADONNA, publié à la fin de la décennie 1980, semble de prime abord faire écho au controversé Like A Virgin, son album provocateur de 1984. Après avoir parodié la virginité, Louise Ciccone se met maintenant à se moquer des croyants et donc par extension, encore et toujours de la religion. Sauf qu'en réalité, le rapport de MADONNA au christianisme est beaucoup plus ambigu qu'il n'y parait. Madonna a en effet été éduquée dans le catholicisme et conserve donc une certaine fascination pour l'univers religieux qui se ressent fortement dans son travail. Mais lorsque l'on regarde la pochette, qui en ce qui la concerne est une parodie ouverte et assumée du mythique Sticky Fingers des ROLLING STONES, on se dit qu'au final que la référence au sexe dans son rapport avec la religion est toujours la même, et que MADONNA cherche quand même avant toute chose à provoquer ouvertement les puritains du monde entier ...

L'album Like A Prayer est le dernier enregistré et publié par MADONNA dans les années 1980. S'il fut une réussite commerciale incontestable, il marque en revanche la fin d'une ère pour la Material Girl. Après un True Blue magistral qui consacra sa domination sur l'empire international de la pop mainstream, MADONNA rentre en studio en 1988 avec l'ambition de faire encore mieux. Mais la tâche est alors quasiment insurmontable serais-je tenté de dire, tant True Blue relevait du génie le plus inattendu qui soit. Cela dit, des albums parfaits qui se suivent comme des numéros, dans une discographie d'un artiste culte, on a déjà vu ça, donc pourquoi n'y arriverait-elle pas ? Manque de chance, malgré son succès commercial, ce quatrième album de la Madonne est loin d'être aussi parfait que son prédécesseur.

Les titres réussis et fort bien écrits sont pourtant là, tel que le titre éponyme, "Like A Prayer", qui est un véritable joyau pop aux arrangements progressifs époustouflants, mais qui n'est pas sans témoigner d'une certaine tristesse, une certaine nostalgie. Un titre tel que "Keep It Together", en revanche, ressemble davantage de ce que MADONNA faisait au tout début de sa carrière, et en celà il reste vraiment délicieux à l'écoute. "Till Death Do Us Part", pour sa part, avec ses rythmiques funky synthétiques saccadées et ses claviers frais et clinquants, se rapproche également de ce que faisait MADONNA sur True Blue et conserve un substrat de ce tourbillon de fraîcheur caractéristique du génie de Louise Ciccone dans le milieu des années 1980.

Chose véritablement nouvelle en revanche, cet album comporte deux ballades. Et pas des moindres, des ballades au piano avec grand orchestre symphonique aux sonorités hollywoodiennes, "Promise To Try" et "Oh Father". Ces chansons ne sont pas spécialement ratées, elles sont même plutôt réussies, en particulier "Oh Father" avec ses paroles introspectives (comme presque toujours chez Madonna) et ses choeurs épiques. L'ambiance y est vraiment chouette, mais ce qui me chiffonne c'est que ces deux ballades sont entrecoupées de morceaux plutôt moyens, "Cherish" et "Dear Jessie", qui ressemblent quand même franchement à du gros remplissage.

C'est tout le problème de ce disque, qui ne possède pas de vraie ligne directrice claire dans ce qu'il propose. Entre une collaboration bancale avec PRINCE sur l'étrange titre electro funk "Love Song" (ou Madonna parle en français à certains moments) et divers titres aux ambiances complètement différentes tels que "Spanish Eyes" ou encore l'ultra-célèbre "Express Yourself", on ne sait jamais vraiment si cet album n'est pas une compilation de B-sides agencées aléatoirement ou bien si la tracklist a véritablement été pensée. Cet album est en tout cas fortement teinté d'une certaine mélancolie, cela se ressent dans les ambiances et dans les textes. Mais tout ça reste quand même beaucoup trop hasardeux et manquant de consistance, les arrangements sont toujours aussi bons sur la plupart des morceaux mais ne font pas émerger de vrai relief clair qui donnerait toute sa profondeur à l'album. On a tendance à s'y perdre pas mal, au final ...

Like A Prayer fut cependant, je l'ai déjà dit plus haut, un succès commercial et critique incontestable pour MADONNA, et l'album dépassa de loin le succès obtenu par True Blue, sorti trois ans plus tôt. La tournée qui s'ensuivit marqua l'apogée de la carrière de MADONNA, avec des shows encore plus démentiels et des effets spéciaux de plus en plus impressionnants.

En définitive, Like A Prayer est un album fourre-tout sympathique et globalement bon, mais beaucoup trop déséquilibré à mon sens. S'il contient évidemment des morceaux qui sont devenus depuis des classiques du répertoire de MADONNA, il n'a pas cette perfection éclatante qu'avait True Blue quelques années plus tôt. À trop vouloir en faire en exploitant toutes les idées qui lui sont venues à l'esprit pendant l'enregistrement, MADONNA livre un album éclectique mais manquant sensiblement de rigueur.

Un bon classique de pop music, malgré tout ... (Red One - FP).



TRACKLIST :

A1Like A Prayer5:39
A2Express Yourself4:37
A3Love Song4:52
A4Till Death Do Us Part5:16
A5Promise To Try3:36
B1Cherish5:03
B2Dear Jessie4:20
B3Oh Father4:57
B4Keep It Together5:03
B5Spanish Eyes5:15
B6Act Of Contrition2:19