samedi 12 juillet 2014

Red Hot Chili Peppers - Californication




RED HOT CHILI PEPPERS - CALIFORNICATION (1999)
Warner Bros. Records ‎- 9362-47386-1 - 2 LP (Europe)

Exit Dave Navarro qui officiait sur One Hot Minute, retour du grand John Frusciante et donc du line-up du légendaire Blood Sugar Sex Magic. On ne savait pas trop à quoi s'attendre de la part du quartet américain, mais l'espoir d'un nouvel album qui tape caressait quand même nos esprits fébriles. Et dans le genre "je prends tout le monde à contre-pied", Californication se pose là. Recueil de douces chansons pop-rock serti ça et là de titres plus bruts, cet album des Red Hot marque un virage musical très net mais extrêmement maîtrisé vers la chanson. Et que c'est beau...

Bonjour, je m'appelle Rick Rubin, j'ai produit tous les groupes de l'univers et j'arrive à faire sonner aussi bien Reign in Blood de Slayer ou Vol. 3 de Slipknot qu'un album de douce pop. A ce stade de maîtrise on ne peut que rester contemplatif. Californication c'est une production qui confine au parfait, avec une basse très en avant (comme toujours chez les Red Hot) aussi chaude et sucrée que du miel d'acacia népalais. Kiedis ne rappe presque plus jamais, il chante et c'est beau. Autant la prise de voix, le mix que les progrès phénoménaux du chanteur dans la maîtrise de sa voix et sa capacité à faire passer l'émotion forcent le respect: Kiedis devient un chanteur à part entière à partir de cet album, pourrait-on dire. Chad Smith reste un monstre tant technique que fin et énergique, et la guitare de Frusciante est en renfort la plupart du temps, complétant le spectre sonore par des mélodies et des riffs merveilleux de feeling.

Flea reste un bassiste d'exception, et le premier titre "Around The World" comme le reste de l'album nous le confirme. Cette ligne de basse toute bête et pourtant totalement addictive, comme le riff de guitare sur deux notes d'ailleurs... Le feeling et la retenue dégoulinent littéralement de chaque note. Ce titre au refrain ultra mélodique qui introduit les chœurs propres au nouveau style du groupe (vous savez, ceux qui cassent le crâne sur "By The Way") est quand même un de ceux qui ressemblent le plus au style traditionnel funky-énervé du groupe, en grande partie du fait du chant rap sur les couplets. On peut aussi compter "Get On Top" et "I Like Dirt" dans le genre groovy pêchu, mais les éléments métal du groupe sont absents, c'est juste que ça balance alors que le reste de l'album pose. Par contre dans le genre presque métal on compte "Parallel Universe" et ses demi-croches hypnotiques. La progression d'accords ininterrompue basse-guitare est excellente, la mélodie redoutable, et le refrain est ce qu'on trouve de plus violent sur l'album. Gros accords, chant inspiré, batterie qui se lâche, c'est ce qu'on appelle un tube, un vrai, un qui a raison d'être un tube parce qu'il est vraiment bien écrit.

Et sur cet album, des tubes, qu'est-ce qu'il y en a! Californication est un de ces disques qui font vraiment très mal au sens où ils ne proposent que des hymnes ou presque. Je n'entends pas "hymne" au sens Hamerfallien du terme, celui où on applique une recette qui marche, blablabla. Non, mais mettez ce cd avec des amis aimant chanter (ou ayant bu, ce qui revient souvent au même) et voici un album dont chaque chanson ou presque est devenue chère au cœur de quelqu'un au moins: 95% des chansons de Californication sont des classiques. Ça s'enchaîne, et c'est non seulement varié mais beau à chaque fois. "Otherside", ce concentré de mélodie brute, la finesse de la batterie, le refrain inoubliable... "Scar Tissue" et son thème ciselé, sa guitare faisant des arabesques perceptibles après deux ou trois écoutes... "Easily", plus rock, à la structure parfaite... "This Velvet Glove", qui scotche car on a beau chercher d'où vient ce qui nous hypnotise dans ces accords déjà entendus cent fois ailleurs, ces mélodies qui semblent pourtant évidentes voire convenues, et on ne trouve pas. C'est juste beau, c'est juste du talent brut. Du songwriting, comme on dit quand on veut se la jouer style je parle anglais et tout. Une petite dernière? "Road Trippin'", qui clôt l'album. Ah, le propos «on prend la caisse, les planches et on part surfer on ne sait où» n'est pas profondément métaphysique, c'est sûr. Mais que c'est chouette. Ce petit joyau de balade acoustique est une fin d'album parfaite, une chanson culte déjà pour beaucoup au même titre qu'"Under The Bridge" ou "My Friends", voire bien plus.

Bon, il n'y pas QUE des tubes non plus. En fait, une fois écartés ces pépites qui vous chopent à la première écoute pour ne plus jamais vous lâcher (au moins neuf titres sur quinze à mon humble avis, et je me retiens), il nous reste des titres expérimentaux pour la plupart et dans lesquels on ne trouve aucune bouse, imaginez-vous. Et oui, la voilà l'autre caractéristique qui motive la note de cet album: non seulement la proportion de classiques est énorme mais on ne trouve aucun ratage. "Porcelain" est une valse minimaliste lente et envoûtante, "Emit Remmus" un titre chelou rythmiquement et un peu cyclique mais assez recherché, et dont le côté répétitif se voit brisé par un break bienvenu, ce qui est le cas de toutes les rares compos qu'on pourrait suspecter de tourner en rond à un moment donné. La chanson qui apparaît la moins bonne à la première écoute (la faute à une intro trop longue sur un plan peu inspiré), "Savior", présente par la suite un pont mélodique cristallin ainsi qu'une jolie outro. "This Purple Stain" propose un couplet un peu bizarre, mais le pont comme le refrain mettront tout le monde d'accord. Et ne parlons même pas de l'outro instrumentale de fou, les batteurs apprécieront.

Il reste le cas "Californication", chanson que beaucoup ne peuvent plus supporter aujourd'hui du fait de son omniprésence à la radio et à la télé. Je dirais que "Californication", c'est comme Leonardo DiCaprio: ce n'est pas parce qu'on nous a matraqué avec jusqu'au dégoût qu'il faut en oublier qu'il y a du talent à la base. "Californication" reste pour moi une excellente chanson, un "tube" dont la qualité me permet de faire abstraction du fait que j'ai eu l'impression à l'époque que l'on voulait me la faire rentrer dans le cerveau avec un chausse-pied contre ma volonté. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, et il reste une excellente chanson, et un excellent album.


Californication, ce n'est plus les Red Hot tels qu'on les connaissait, d'accord. Le funk-metal de Mother's Milk est à des années-lumières, okay. Mais Californication est dans son genre un album absolument énorme, un recueil de chansons écrites par des compositeurs en état de grâce étant en plus des musiciens d'exception produits par une référence mondiale. Ça s'appelle un carton plein. Je ne sais absolument pas ce qui leur est arrivé ensuite pour qu'ils disjonctent à ce point, la NSA enquête encore dessus à ce qu'il paraît. (CosmicCamelClash-Metal Immortel).



TRACKLIST:

A1Around The World3:58
A2Parallel Universe4:30
A3Scar Tissue3:37
A4Otherside4:16
B1Get On Top3:17
B2Californication5:21
B3Easily3:51
C1Porcelain2:44
C2Emit Remmus4:00
C3I Like Dirt2:38
C4This Velvet Glove3:45
D1Savior4:52
D2Purple Stain4:13
D3Right On Time1:52
D4Road Trippin'3:25







vendredi 11 juillet 2014

The Rolling Stones - Steel Wheels





THE ROLLING STONES - STEEL WHEELS (1989)
Rolling Stones Records
 ‎- CBS 465752-1 - (Netherlands)

Les années 80 furent difficiles pour tout le monde. Bowie en a chié (même s'il a connu un de ses plus gros succès en 1983 avec Let's Dance), Bob Dylan en a chié, Lou Reed en a chié, AC/DC en a chié (surtout que les années 80 ont bien mal commencé pour eux avecla mort de leur charismatique Bon Scott de chanteur), Kiss en a un peu chié, et les Stones, évidemment, en ont chié. De leurs albums des années 80, seul Tattoo You de 1981, constitué de chutes de studio des albums de 1973, 1976, 1978 et 1980, est le meilleur, de très loin. D'au moins 100 kilomètres. Mais après des merdes telles qu'Emotional Rescue,Dirty Work et Undercover (même si ces deux derniers albums sont quand même les écrins de quelques chansons épatantes), le groupe se ressaisit et, en 1989, alors que la décennie 80 se finit, livre un disque quasiment miraculeux au vu des précédentes livraisons : Steel Wheels. Ces roues d'acier (le titre en français), à la pochette en phase avec son époque (on passe du vinyle au CD, ce n'est pas le premier album du groupe sorti directement sur ce format  - c'estDirty Work en 1986 - mais c'est le premier dont la durée est en phase avec ce nouveau support, 53 minutes pour 12 titres), est clairement un excellent opus du groupe, et sera prétexte à une tournée mondiale monstrueuse qui sera immortalisée en 1991 par un live, Flashpoint, lequel, s'il n'est pas le meilleur live du groupe, est quand même un disque auquel je tiens énormément : ce fut mon premier Stones, acheté - enfin, offert - en K7 au moment de sa sortie, j'avais 9 ans. Mais revenons à Steel Wheels. Le disque est le premier du groupe en trois ans. Le groupe allait alors mal, était pour ainsi dire fini. Jagger et Keith ne s'entendent plus du tout, ils se lancent en solo tous deux... En 1989, la hache de guerre est enterrée, et selon les dires de Keith, si jamais Jagger et lui ne seront aussi potes qu'avant, ils restent tout de même en de très très bons termes. Le groupe se resolidarise, pour ce disque coproduit par les Glimmer Twins et Chris Kimsey, et dont la production est assez dans son époque (assez métallique, pas la meilleure pour un disque des Stones).
53 minutes, donc, pour ce disque de 1989. On y trouve une ou deux chansons un peu moyennes (Blinded By Love et son ambiance countrysante à la Willie Nelson/Gram Parsons n'est pas extraordinaire, même si elle se laisse écouter, et Hold On To Your Hat, bien speedée, est un peu banale), mais surtout une moisson de chansons franchement surpuissantes. C'est bien simple, ce disque est leur meilleur depuis Tattoo You. Que dire face à ce Continental Drift aux accents world, chanson en hommage à Brian Jones, 20 an après sa mort ? Une partie de ce morceau (le passage world étrange qui va en accéléré) servira d'intro à Flashpoint, et probablement même aux concerts du groupe de la tournée Urban Jungle World Tour (nom de la tournée de l'album) ? Face àSad Sad Sad, un rock tenace en intro ? A Terrifying, chanson tenant aussi bien de la pop que de la musique dansante ? Rock And A Hard Place, que j'adore, chanson certes basique, mais efficace. Can't Be Seen, chantée par Keith, est géniale, Mixed Emotions est une bien bonne chanson qui sortira en single et marchera assez bien, Slipping Away, aussi de Keith, est le sommet de l'album, une conclusion épatante, touchante... Et Almost Hear You Sigh, méconnue, sublimissime, avec un Jagger en forme olympique. On a aussi deux rocks smplistes et efficaces, Break The Spell et Hearts For Sale (un riff bien efficace), deux chansons pas géniales, mais quand même hautement sympathiques, et le tour est joué. Ce disque est franchement une excellente livraison de la part d'un groupe ressoudé et prenant, on le sent, un grand plaisir à rejouer ensemble.
Comme on le voit, absolument rien, sur ce disque, ne permet de qualifier Steel Wheels de ratage, de le classer parmi les pires opus du groupe. Ayant réussi à surmonter leurs problèmes d'égo, Keith et Mick se ressaisissent, se refont confiance, resolidarisent le groupe et accouchent d'un album franchement excellent, pas parfait, il est vrai, mais largement plus réussi que les deux précédents opus. Rien que Slipping Away, Continental Drift, Sad Sad Sad et Almost Hear You Sigh font de ce disque une belle petite réussite de pur rock. Et je rajoute, très subjectivement, que comme le live Flashpoint m'a énormément accompagné durant le début de mon adolescence, et qu'on y trouve trois des chansons de l'album, je ne peux m'empêcher d'avoir une tendresse particulière pour l'ensemble de Steel Wheels, même si je l'ai découvert bien plus tard que le live ! Clairement un de mes préférés des Rolling Stones. (Clash Doherty).


TRACKLIST:
A1Sad Sad Sad3:34
A2Mixed Emotions4:24
A3Terrifying4:42
A4Hold On To Your Hat3:32
A5Hearts For Sale4:38
A6Blinded By Love4:37
B1Rock And A Hard Place5:22
B2Can't Be Seen4:06
B3Almost Hear You Sigh4:33
B4Continental Drift5:09
B5Break The Spell3:06
B6Slipping Away4:26




Bauhaus - Press The Eject And Give Me The Tape




BAUHAUS - PRESS THE EJECT AND GIVE ME THE TAPE (1982)
Virgin - 70216 - (France)

Ce premier live officiel de Bauhaus est distribué en 1982 associé à l'album studio The Sky Gone's Out, puis séparément l'année suivante.

Le version vinyle comporte des concerts à Londres et Liverpool entre le 31 octobre 81 et le 24 février 82.

Sur la version CD sont ajoutés 5 morceaux du concert au Rose Bonbon à Paris et un de Manchester – le son laisse à désirer, mais comme dans Bauhaus tout est bon, impossible de faire la fine bouche – de plus que la prise de Manchester est une reprise de Lou Reed "Waiting For the Man" (le drogué en manque qui attend son homme providentiel...), une reprise interprétée (improvisée ?) par la mythique Nico tous deux membres du Velvet Underground fin des années 60. John Cale – autre architecte du Velvet Underground – est aussi honoré par les constructeurs du Bauhaus avec cette merveilleuse reprise de "Rosegarden Funeral Of Sores" qui serait censé être une marche funèbre mais que moi je ressens comme une vieille locomotive à vapeur, une bête humaine.

Musiciens extraordinaires qui vous transportent dans des ambiances particulières où chaque son original forme un tout esthétique et évident.

Ma préférence va pour "The Man With The X-Ray Eyes" version également lancinante d'un morceau studio plus enjoué du LP Mask où la ligne de basse est vraiment géniale, les frères Haskins à la rythmique imperturbable (ils ont du sang de vieux bluesmen, c'est pas possible !!), Daniel Ash avec ses effets de guitare "coups de cape" ou "tuyauterie mal débouchée"... puis bien sûr la belle voix de Peter Murphy, riche et sincère.

Suite de l'album avec le pionnier "Bela Lugosi's Dead" et autre torturé et frénétique "Stigmata Martyr", sans oublier "The Spy In The Cab" avec sa rengaine "petite mélodie japonaise", "Hollow Hills" une complainte affligeante.

Les autres pièces sont plus dansantes d'inspirations punk-rock ou funk, mais toujours la même machine dévastatrice.
(Isidore Devinck-Xsilence).




TRACKLIST:

A1In The Flat Field4:10
A2Rose Garden Funeral Of Sores5:30
A3Dancing2:27
A4The Man With X-Ray Eyes3:41
A5Bela Lugosi Is Dead9:22
B1The Spy In The Cab4:00
B2Kick In The Eye3:25
B3In Fear Of Fear2:47
B4Hollow Hills4:10
B5Stigmata Martyr3:29
B6Dark Entries4:13







dimanche 6 juillet 2014

The Stranglers - Aural Sculpture



THE STRANGLERS - AURAL SCULPTURE
Epic ‎- EPC 26220 – Europe - 1984



A chaque groupe de rock son cassage de gueule, son vilain petit canard, son culot de portée, son horrible petit rejeton. Dans la catégorie des flops ou des mal-aimés, on peut vous en citer des montagnes. Pourtant, tous ne sont pas à jeter pour autant. Certains sont indigestes, pourris ou périmés mais d’autres étincellent toujours autant sous la couche de poussière qui les recouvre. Aural Sculpture, sous sa pop soit disant mièvre, mérite bien plus d’attention que ce qu’il a obtenu.


Vous l’avez compris, Aural Sculpture est un album véritablement sous-estimé. La cause à un son FM très grand public, propice à multiples passages radios (l’album est passé plutôt inaperçu : un comble).  Et alors ? Ça plaît à la plupart des gens, mais est-ce vraiment un mal quand la musique est bonne ? Non. Les fans attendaient autre chose des Stranglers à l’époque.  Après réflexion, on n’écoute pas les premiers albums des Stranglers pour la même chose qu’Aural Sculpture.

Aural Sculpture, c’est comme le champagne. C’est frais, pétillant et rafraichissant. En effet, le groupe, toujours aussi imprévisible, décide de se diriger vers un registre plus pop en pointant les spots vers la basse, les claviers et les cuivres. En résulte un univers et une musique groovy plutôt dépaysant (« Spain », « Uptown »). LesStranglers en mettent plein les oreilles tout du long de la première partie de l’album grâce à des tubes herculéens : « Skin Deep » et son clavier d’enfer (un claviériste qui fait des prouesses !) mettra tout le monde d’accord grâce à cette pop presque dance, inventive, racée et énergique qui ne tombe pourtant pas dans le cliché de la soupe commerciale (Plastic Bertrand, sors de ce corps !). Ca gesticule, c’est festif, une ambiance due en partie à l’ajout de trompettes, trombone et saxophones. Une fantaisie que les Stranglers auraient pu en partie se passer. Cependant, ils ne sont pas pour autant que des bêtes du dancefloor, non non. Les Stranglersfrappent fort avec les sensibles, posés et touchant « Laughing » et « North Winds Blowing ». Malheureusement, la fausse note n’est jamais loin, les deux derniers titres laissent de marbre et d’une indifférence la plus totale.

Reconversion réussie pour les Stranglers qui s’éloignent toujours plus de l’image punk que la presse lui avait attribuée. Leur pop controversée n’aura pas fait l’unanimité. Pourtant, le talent est toujours là, palpable et concret. Mais pas de souci pour les Stranglers, la roue tourne …
(Finalcrystal).





TRACKLIST:

A1. Ice Queen
A2. Skin Deep
A3. Let Me Down Easy
A4. No Mercy
A5. North Winds

B1. Up Town
B2. Punch And Judy
B3. Spain
B4. Laughing
B5. Souls
B6. Mad Hatter





Blur - The Great Escape




BLUR - THE GREAT ESCAPE (1995)
Parlophone ‎- 7243 8 35235 1 1 - (United Kingdom)


En 1995, en pleine rivalité musicale et commerciale avec Oasis, des fissures apparaissent entre les membres du groupe. Celui-ci manque de peu de se séparer, mais finit par produire un album respectable. 

Le single "Country House" fait un carton dans le monde, mais la sortie de (What's the Story) Morning Glory? de Oasis et ses tubes interplanétaires ( "Wonderwall" et " Don't Look Back In Anger" entre autres) occultent un peu Blur sur la scène Brit Pop. 
Pourtant, The Great Escape est tout aussi bon que (What's the Story) Morning Glory?, voire meilleur, car avec des titres plus variés et plus diversifiés. Il comporte de très bon morceaux comme "Charmless Man" très tonique, "Stereotypes", " Mr. Robinson's Quango", "It Could Be You" à la limite du rock n' roll. 
Blur concocte une Brit Pop aux antipodes de Oasis, avec des sons plus variés, une prise de risques plus marquée et une musique plus audible. Je ne retire en rien les qualités de Oasis, mais je leurs reproche de toujours utiliser les mêmes formules.

Bref, Blur réalise là un très bon album dans la lignée des précédents, une musique accessible à tous, agréable et de bonne qualité. 
J'ajouterais que Blur a su changer de virage par la suite et se renouveler d'excellente façon, avec Think Tank et l'autre groupe de Damon Albarn, Gorillaz. (Interluder/Xsilece).



TRACKLIST:


A1Stereotypes
A2Counntry House
A3Best Days
A4Charmless Man
A5Fade Away
A6Top Man
A7The Universal
B1Mr. Robinson's Quango
B2He Thought Of Cars
B3It Could Be You
B4Ernold Same
B5Globe Alone
B6Dan Abnormal
B7Entertain Me
B8Yuko & Hiro







mercredi 2 juillet 2014

The Chameleons - Script Of The Bridge



THE CHAMELEONS - SCRIPT OF THE BRIDGE (1983)
Virgin - 205 597 - 320 (Europe)

On ressort de Script Of The Bridge chamboulé et sans repères, comme si on venait de visiter un rêve.
Et c'est d'ailleurs un peu ça, tant la texture fantasmagorique de cet album dessine un voile onirique qui bouleverse les sens. Le ton, particulièrement crépusculaire, composé essentiellement de guitares acérées et transformées en créatures mécaniques, créé une impression d'abîme. Une sorte de chute dans l'iréel, les chimères et les cauchemars.
Véritable déclaration sans affectation des tourments intérieurs, ce sommet absolu de la cold-wave anglaise ressemble à un rendez-vous morbide. La batterie impose une cadence métrominique, tandis que les guitares, très claires, tailladent de façon chirurgicale, transformant l'atmosphère en chambre froide. Les formidables chansons sont géniales de dynamisme robotique, nous entrainant vite vers des vertiges céleste. Cette impression de voyage intérieur est d'autant renforcé par la magie des mélodies et les ambiances raffinées des claviers, vaporeuses et légèrement angoissantes.

Ce chef-d'oeuvre est fascinant à plusieurs titres, par sa maîtrise, son impact sur les consciences, traumatisantes, et sa visée symbolique. Véritable exposé cru et dénué de remords du côté osbcur de l'être, Script Of The Bridge, avec ses détours labyrinthiques et ses montées graduelles dans la violence, explore les pulsions refoulées, les angoisses et la fascination masochiste pour les tabous. Les textes sont particulièrement malsains : "There's No Eden Anyway" ou encore " I'm Less Than Human In God's Eyes", particulièrement désespéré. Les tempos tantôt soutenus, tantôt ralentis et éthérés, concourent à nous plonger dans l'hébétude la plus totale. On est d'autant plus dérouté que la voix de zombie de Mark Burgess, déclamatoire, grave et majestueusement ténébreuse, semble indiquer que rien ne sort du coeur mais d'un corps malade, voire cadavérique.
Et ce n'est pas l'ambiance générale de l'album, minutieusement composée, riche en orfévrerie et délicieusement empoisonnée, qui va contredire cette impression tenace d'avoir à faire à un monde dévasté et sans lueurs.
Une contrée céleste mais sans attache avec la réalité, à l'image de la pochette, sorte de dessin à la Salvadore Dali, bizarre, absurde et tout en symbolisme. Un peu comme les représentations des rêves que les psychiatres demandent parfois d'exécuter, cette image fascine par son côté suréaliste et par ses indices : une route sans horizons, un désert, un arbre creux, sans substance vitale, une âme déchiquetée et une opposition entre le bleu et le rouge, symbôle de la mélancolie et de la contradiction.

The Chameleons savaient dépeindre par leur musique séminale et fantastique, les folies qui les habitaient, leur fascination pour le morbide, sans complaisance mais avec une mise en scène incroyable, tout en grâce et en decorum gothique.
Indépassable chef-d'oeuvre, hors du temps et touché par la magie, cet album marque à jamais quiconque s'en approche. Marquant le coeur de chacun, la confrontation avec cette vue sur l'autre côté du miroir, est un moment unique, inégalé et grandiose. (Vic - Xsilence).




TRACKLIST:

A1Don't Fall4:03
A2Here Today3:59
A3Monkeyland5:14
A4Second Skin6:51
A5Up The Down Escalator3:56
A6Less Than Human4:10
B1Pleasure And Pain5:06
B2Thursday's Child3:32
B3As High As You Can Go3:33
B4A Person Isn't Safe Anywhere These Days5:40
B5Paper Tigers4:16
B6View From A Hill6:38